| |
II- Paul et Virginie ou l'essor d'une littérature de l'exotisme:
C'est dans le quatrième tome de cet ouvrage que se trouve son célèbre roman Paul et Virginie, destiné à illustrer la bienfaisance de la nature. L'intrigue de ce récit est simple. Deux enfants européens, Paul et Virginie, grandissent sur l'île de France. Leur amour mutuel, dans une nature luxuriante, s'affirme de jour en jour. Mais à la fin de l'adolescence, Virginie, de noble extraction, est envoyée en Europe par sa mère pour compléter son éducation. Malheureuse, incapable de se soumettre à l'hypocrisie de la société européenne, Virginie revient dans l'île de son enfance. Prise dans un naufrage, elle refuse, par pudeur, de se déshabiller et de se laisser sauver par un marin; elle meurt noyée sous les yeux de Paul. Cette fin pathétique a contribué au succès du roman . L'œuvre appartient à un genre un peu oublié au XVIIIe siècle, la pastorale. Par ailleurs, elle est fortement influencée par les entretiens sur la nature qu'eut Bernardin de Saint-Pierre avec Rousseau (on y trouve presque à chaque page des accents de la Nouvelle Héloïse). De manière plus originale, elle ouvre la voie, par ses descriptions des paysages maritimes et insulaires, à une littérature de l'exotisme.

III- Consécration et postérité:
Auteur consacré par le public, Bernardin de Saint-Pierre reçoit bientôt des honneurs. En 1792, il est nommé intendant du Jardin des Plantes et du Cabinet d'histoire naturelle. En 1802, il se rallie à Bonaparte, puis obtient les faveurs de l'Empire, qui le pensionne et le décore de la Légion d'honneur (1806). Entré à l'Académie française en 1803, il en devient le président en 1807.
Peu de romans du XVIIIe siècle ont joui d'une célébrité aussi considérable que cette idylle pastorale. L'enthousiasme du public se prolonge jusqu'à l'époque de la Révolution. Chateaubriand déclare connaître Paul et Virginie presque par cœur. Toutefois, une réaction s'amorce après 1850. Ainsi, dans Madame Bovary (1857), de Flaubert, ce récit élégiaque figure parmi les lectures corruptrices de l'esprit d'Emma.


|
|