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II- De l'adolescence chahuteuse aux années de guerre:
À l'issue de ces années d'apprentissage, Bernanos entreprend parallèlement des études de lettres et de droit. Étudiant tapageur, passionnément acquis aux idées monarchistes et nationalistes, il prend part aux manifestations organisées par l'Action française et passe cinq jours à la prison de la Santé pour avoir molesté un professeur de la Sorbonne à qui il reprochait ses cours d'histoire sur Jeanne d'Arc, jugés irrévérencieux. C'est alors qu'il commence à écrire ses premiers articles, que L'Action française s'empresse aussitôt de citer.
En 1913, il se voit confier la direction de l'hebdomadaire monarchiste de Rouen , L'Avant-garde de Normandie, où chaque semaine il déploie son talent de polémiste et de pamphlétaire. La guerre arrive et, bien qu'il soit réformé pour raison de santé, il parvient à s'engager au 6e dragons des 1914 et connaît, quatre ans durant, les tranchées, la boue, l'interminable attente, cette « immobilité du néant », au milieu de laquelle, écrit-il, « c'est presqu'en vain que l'âme s'efforce de prendre conscience d'elle-même ». Pourtant, c'est au cours de ces années difficiles que s'affirmeront en lui, à travers la dure réalité de la guerre, mais aussi grâce à la lecture de Léon Bloy dont il admire la spiritualité enflammée et le sens du surnaturel, sa vocation d'écrivain et les thèmes essentiels qui la nourrissent: l'amour de la pauvreté et la critique du monde moderne, jugé matérialiste et autodestructeur. C'est aussi au cours de ces années de tranchées qu'il épouse, en 1917, Jeanne Talbert d'Arc, descendante directe d'un des frères de Jeanne d'Arc.

III- Les débuts de la carrière d'écrivain:
La paix revenue, astreint de faire vivre sa famille, il abandonne le journalisme et devient inspecteur d'assurances. Toujours en déplacement, toujours entre deux trains, il prend l'habitude d'écrire au hasard des salles de café, au milieu de la foule, au dur contact de cette réalité humaine et émouvante qui le préserve, dit-il, des pièges et des illusions de l'imagination. En 1919, il fait la connaissance de Robert Vallery-Radot, jeune rédacteur en chef de L'Univers, qui l'encourage dans sa vocation d'écrivain et le pousse à publier sa première nouvelle, Madame Dargent (1922). Mais le succès ne viendra qu'avec le premier roman, publié en 1926, Sous le soleil de Satan, unanimement salué par la critique. Il quitte alors sa compagnie d'assurances et fait paraître successivement, L'Imposture (1927), La Joie 1429), La Grande Peur des bien-pensants (1931). Dès novembre 1931, il devient alors responsable de la page littéraire du Figaro et entreprend une polémique qui l'amènera en 1932 à rompre avec l'Action française, Daudet et Charles Maurras, ses anciens maîtres à penser: « À Dieu Maurras! A la douce pitié de Dieu! ».

IV- Les Baléares:
Poussé par les difficultés financières, il part avec sa famille pour les Baléares, où la vie est moins chère: commence alors la période la plus féconde pour Bernanos, qui écrit au cours de ces années Un crime (1935), Un mauvais rêve (achevé en 1935 et publié en 1950, après sa mort), le Journal d'un curé de campagne (1936) pour lequel il obtient le Grand Prix du Roman de l'Académie française, Nouvelle Histoire de Mouchette (1937), et travaille à la rédaction de Monsieur Ouine (qui sera publié en 1943). Mais la guerre civile espagnole et plus particulièrement les atrocités commises par l'armée franquiste en juillet 1936 interrompent violemment cette inspiration romanesque et placent l'écrivain devant l'urgente et nécessaire obligation de se consacrer désormais aux écrits de combat: c'est ainsi qu'il entreprend la rédaction des Grands Cimetières sous la lune, qui suscitera de la part du public des réactions violentes et passionnées, enthousiastes ou indignées, selon les clivages politiques. Il rentre en France en mars 1937.

V- L'exil brézilien:
En juillet 1938, deux mois avant Munich, indigné par la lâche impuissance de l'Europe face à la montée du nazisme en Allemagne, Bernanos quitte la France pour le Paraguay, où il restera onze jours, puis pour le Brésil où il s'installe. Là, il acquiert une hacienda et se consacre à l'élevage. Il reprend néanmoins ses écrits de combat et rédige Nous autres Français (1939), Les Enfants humiliés, qui ne paraîtra qu'en 1949, et La France contre les robots (1944). En juin 1940, il répond à l'appel du général de Gaulle et celui que l'on considère depuis comme l'« inspirateur spirituel » de la Résistance, collabore, depuis Rio, à La Marseillaise de Londres, puis à celle d'Alger ainsi qu'aux Bulletins de la France libre.

VI- Les dernières années:
Ce n'est que sur l'invitation expresse du général de Gaulle (« Votre place est parmi nous ») que Bernanos se décide à quitter le Brésil en juillet 1945. De retour en France , il rédige encore le Dialogue des carmélites, ultime méditation sur la mort, et le jour même qu'il en achève la rédaction tombe gravement malade. Hospitalisé à l'hôpital américain de Neuilly , celui qui avait tant redouté la mort, s'éteint dans la paix et la sérénité après avoir prononcé ces ultimes paroles: « Voici que je suis pris dans la Sainte Agonie. »


Georges Bernanos
Ce que la voix peut cacher, le regard le livre; c'est dans le regard, non dans la voix, que se trahit la crainte.
Vous avez la vocation de l'amitié, observait un jour mon vieux maître le chanoine Durieux. Prenez garde qu'elle ne tourne à la passion. De toutes, c'est la seule dont on ne soit jamais guéri.
L'enfer, madame, c'est de ne plus aimer.
Les jours passent, passent [...] Qu'ils sont vides! [...] Il me semble que ma vie, toutes les forces de ma vie vont se perdre dans le sable.
La force et la faiblesse des dictateurs est d'avoir fait un pacte avec le désespoir des peuples.
Les plus irréparables sottises sont celles que l'on commet au nom des principes. Les plus dangereuses erreurs, celles ou la proportion de vérité reste assez forte pour qu'elles trouvent un chemin jusqu'au cœur de l'homme.
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