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II- Philosophie de l'absurde:
Les romans , les essais et les pièces de théâtre de Camus sont marqués par sa réflexion philosophique et politique.
L'Etranger (1942), l'un de ses premiers ouvrages, se caractérise par un style extrêmement neutre - une écriture « blanche » - et méthodiquement descriptif. Le héros et narrateur , Meursault, un employé de bureau, y semble « étranger » à lui-même; dépourvu de sentiments vis-à-vis des êtres et des situations, il donne l'impression d'agir de manière machinale. La lumière, le soleil, la chaleur semblent être la cause d'une soudaine précipitation des événements: sur une plage, à la suite d'une bagarre, il tue un homme de cinq coups de revolver, sans pouvoir fournir de véritable raison à son acte. C'est précisément dans ce décalage entre l'individu et le monde que se situe la dimension absurde de la condition humaine.
L'absurde comme réalité inhérente à la condition humaine est le thème central de la philosophie que Camus développe dans un premier temps. Le Mythe de Sisyphe, essai sur l'absurde , publié la même année que l'Etranger, aborde cette même idée d'un point de vue théorique: comme Sisyphe, condamné à pousser éternellement son rocher, l'Homme est voué à subir un enchaînement automatique d'expériences absurdes. Mais c'est paradoxalement dans la prise de conscience de cette situation qu'il se libère car, délivré de toute illusion, il peut alors chercher le bonheur en profitant du temps présent. Ainsi, à la fin de l'Etranger, dans sa cellule, la nuit précédant son exécution, Meursault, devenu conscient et libre, profite intensément des derniers instants de sa vie.

III- L'homme révolté:
Même si le monde n'a pas de sens, l'Homme ne saurait se passer d'une éthique ni renoncer à l'action. C'est donc l'engagement que Camus explore dans un second temps, en particulier dans son roman la Peste (1947). À Oran, dans les années quarante, des rats porteurs de la peste sont découverts et, dès la mort des premières victimes, les habitants placés en quarantaine et confrontés à leur sort présentent différentes formes de réaction: panique, indifférence, mysticisme ou résignation. Le docteur Rieux, bientôt rejoint par d'autres volontaires, décide de résister; son petit groupe s'organise alors pour soulager la souffrance et combattre le fléau. Dans ce récit symbolique, la peste est naturellement un emblème du mal sous toutes ses formes; mais elle agit aussi comme un révélateur qui met l'Homme face à lui-même, l'incitant au renoncement ou à la révolte.
La réflexion sur le thème de la révolte, commencée dans la Peste, est développée dans l'essai l'Homme révolté (1951). Camus y explique que la révolte naît spontanément dès que quelque chose d'humain est nié, opprimé; elle s'élève, par exemple, contre la tyrannie et la servitude. Parce que la révolte n'est pas un principe abstrait, mais l'action nécessairement limitée d'un individu, elle représente, pour Camus, la seule « valeur médiatrice » permettant de dépasser - provisoirement - l'absurde .


Albert Camus
Ce n'est pas la souffrance de l'enfant qui est révoltante en elle-même, mais le fait que cette souffrance ne soit pas justifiée.
Ce qui vient après la mort est futile.
Trois ans pour faire un livre, cinq lignes pour le ridiculiser et des citations fausses.
En maintenant la beauté, nous préparerons ce jour de renaissance où la civilisation mettra au centre de sa réflexion, loin des principes formels et des valeurs vivante qui fonde la commune dignité du monde et de l'homme. (l'Homme révolté)
Trois ans pour faire un livre, cinq lignes pour le ridiculiser et des citations fausses. (Carnets)
Car les mythes sont à la religion ce que la poésie est à la vérité, des masques ridicules posés sur la passion de vivre. (Noces)
L'absurde, c'est la raison lucide qui constate ses limites. (Le Mythe de Sisyphe, Le suicide philosophique)
Le grand courage, c'est encore de tenir les yeux ouverts sur la lumière comme sur la mort.
C'est finalement au plus fort de l'hiver, que j'ai compris qu'il existait en moi un invincible printemps.
L'absurdité est surtout le divorce de l'homme et du monde.
Il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser.
Ce qui est naturel, c'est le microbe. Le reste, la santé, l'intégrité, la pureté, si vous voulez, c'est un effet de la volonté et d'une volonté qui ne doit jamais s'arrêter. L'honnête homme, celui qui n'infecte presque personne, c'est celui qui a le moins de distraction possible. (La peste)
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