| |
III- L'Olive et la Veine Pétrarquiste:
Du Bellay met en application ses théories dans l'ensemble de son œuvre poétique. En 1549, en même temps que le texte de la Défense, il publie l'Olive, un recueil de sonnets amoureux dédié à Marguerite de France, et dont l'inspiratrice, s'il en est une, reste à ce jour mystérieuse. Dans sa première édition, l'ouvrage regroupe cinquante poèmes, mais il est étoffé de soixante-quinze sonnets en 1550, dans le recueil de l'Olive augmentée. Le succès du sonnet en France doit sans doute beaucoup à cet ouvrage qui mêle sonnets originaux et sonnets imités du Canzoniere de Pétrarque.

IV- Les Regrets et les Antiquités de Rome:
De 1555 à 1557, Du Bellay vit à Rome, pour y remplir la fonction de secrétaire auprès de son oncle le cardinal Jean Du Bellay. Ce séjour au pays d'Horace et de Pétrarque le séduit d'abord, puis le déprime profondément. D'une santé fragile, isolé par la surdité dont il est atteint, et surtout nostalgique de son Anjou natal, il ne peut apprécier la beauté de Rome sans amertume: le spectacle des ruines qui le plonge dans une sombre méditation sur le déclin de toute chose, lui inspire le recueil les Antiquités de Rome, publié à son retour en France, en 1558. Ce recueil de trente-deux sonnets, suivi d'un Songe de quinze sonnets, d'une tonalité grave et presque solennelle, reprend un motif traditionnel de la poésie consacrée à Rome, puisqu'il chante la gloire passée de la Rome antique, contrastant violemment, aux yeux du poète, avec la Rome dans laquelle il évolue, celle des papes, où il ne voit que luxure, bassesse et compromission. Du Bellay renouvelle pourtant ce thème, en élargissant l'objet de sa déploration à la disparition fatale de toute chose créée, ce qui donne lieu à une méditation sincère et émouvante sur le temps destructeur et sur la vanité de l'existence. À Rome, il compose aussi son célèbre recueil les Regrets, publié à Paris la même année que les Antiquités de Rome. Ce recueil de cent quatre-vingt onze sonnets, à la fois lyrique et satirique, se présente comme le tableau intime des états de l'âme naturellement insatisfaite du poète, en particulier de sa nostalgie profonde de la France et de la campagne angevine. Comparé aux Antiquités de Rome, les Regrets est, aux yeux de son auteur, un projet poétique plus modeste, car plus personnel: ce n'est plus Rome qui occupe ici le devant de la scène, mais la mélancolie et les « regrets » de l'auteur, saisis au jour le jour et composés dans une langue simple délaissant les artifices de la rhétorique et le style élevé.

V- Derniers textes:
À son retour en France, Du Bellay publie aussi d'autres recueils de tonalité plus légère, tels les Divers Jeux rustiques (1558), les Poemata en latin (1558), ou le satirique Poète courtisan (1559), tout en se consacrant à des travaux de traduction (comme la traduction de deux livres de l'Enéide de Virgile ou du Sympose de Platon en 1559), d'imitation des Antiques (Recueil de poésie revu et augmenté par l'auteur, en 1560) et à la poésie officielle ou de louange (Louange de la France, en 1560, ou Sonnets à la Royne de Navarre, publiés à titre posthume en 1561), qui font de lui l'un des plus éminents spécialistes de son temps.
Revenu d'Italie en mauvaise santé et épuisé par la maladie, Du Bellay meurt à Paris à l'âge de trente-sept ans.

Joachim Du Bellay
Plus l'homme est grand, plus il a de soucis.
France, mère des arts, des armes et des lois. (les Regrets)
Et ne vaut-il pas mieux quelque orage endurer,
Que d'avoir toujours peur de la mer importune?
Par la bonne fortune on se trouve abusé,
Par la fortune adverse on devient plus rusé. (les Regrets)
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage. (les Regrets)
|
Retrouver d'autres citations de Joachim Du Bellay dans l'Espace des Citations. Ajoutez des citations.

|
|