par surfemme » 22 / 03 / 2009 � 10:27 am
ce theme releve de la philosophie plus que de la litterature. plusieurs ecoles avancent leurs theories.
ci-dessous vous trouverez l'article sur l'intelligence de l'encyclopedie Universalis
De tous les concepts que la psychologie a hérités de la tradition philosophique et religieuse, celui d'intelligence est sans doute le plus marqué par ses antécédents culturels. L'intelligence représente la fonction par laquelle l'homme a essayé de se définir dans l'échelle des êtres, c'est-à-dire de se situer par rapport à son inférieur, l'animal, et par rapport à son supérieur, la divinité. Dans la tradition occidentale, l'homme s'est toujours considéré comme un entre-deux participant de deux règnes (l'ange et la bête), mais, comme sa parenté avec le divin est moins manifeste que son appartenance au règne animal, il s'est constamment efforcé de dégager ce qui le distingue de l'animal et ce qui le rapproche de la divinité. C'est dans ce contexte que s'est développée la notion d'intelligence, conçue comme fonction spécifique de l'homme. Il en résulte que, par rapport à l'animal et aux fonctions qui le caractérisent, l'intelligence a été définie par différence, tandis que vis-à-vis de la divinité l'intelligence a été définie par ressemblance.
Distinguée de l'habitude et de l'instinct, puis des opérations des calculateurs, en même temps que référée à l'intuition, l'intelligence ne quittera vraiment le domaine de la métaphysique pour entrer dans celui de la psychologie qu'en se laissant décrire comme une série d'activités dont il est impossible de donner une théorie avant de les avoir délimitées et analysées. On verra peut-être alors disparaître, dans un nouveau champ conceptuel, la notion d'intelligence comme désignant une fonction spécifiquement humaine.
1. L'héritage philosophique
Dans le contexte philosophique où l'on définit l'intelligence à la fois par différence et par ressemblance, on oppose la plasticité de cette fonction à la stéréotypie de l'habitude. Aux circuits courts et rigides que met en œuvre l'instinct pour atteindre ses buts on oppose les circuits longs et modifiables qu'élabore l'intelligence pour parvenir aux siens. À la passivité de la perception subissant le réel qui impose la contrainte de sa présence on oppose la liberté de l'intelligence qui, dans son activité d'abstraction, opère une sélection dans ce qui lui est livré par les sens et isole ce qui est donné sous forme non dissociée dans la perception. À l'immédiateté de la perception qui fournit des images du réel comme par impression (la sensation a souvent été regardée comme un contact) on oppose la capacité qu'a l'intelligence de construire des objets abstraits, qui ne sont pas des copies des objets réels, et de composer ces objets en systèmes qui constituent des univers autres que celui du réel. Ces constructions obéissent à des règles : les mathématiques et la logique en sont les exemples les plus achevés, mais les règles sont présentes dans toutes les constructions abstraites, composition littéraire ou artistique, jeux de toutes sortes dans lesquels s'exerce l'ingéniosité des humains.
Ces différentes caractéristiques attribuées à l'intelligence quand on l'oppose aux fonctions qui appartiennent également à l'animal n'épuisent pas le contenu de l'intelligence tel qu'on l'envisage habituellement. Il y manque l'aspect le plus noble, l'intuition, à savoir la possibilité de rassembler en un acte unique de pensée une longue chaîne de raisonnements. Si l'intuition est conçue comme l'activité la plus noble de l'intelligence, c'est qu'elle rapproche l'homme de la divinité. Dans la mesure où l'intuition permet d'échapper au successif, au fractionnement temporel qui caractérise le discursif, elle se rapproche de l'acte par lequel se définit la divinité, à savoir la saisie et l'engendrement dans un même acte de tout le divers. L'intuition est l'acte dans lequel l'homme éprouve sa parenté avec le divin, aussi comprend-on que ce soit un instant fugitif, un idéal difficile à atteindre réservé à quelques privilégiés, et qui ne peut être que le fruit d'une conquête.
Le rôle central que joue la notion d'intelligence dans la culture occidentale, pour les raisons qu'on vient d'indiquer, explique que le problème de l'intelligence continue aujourd'hui de se poser dans cet horizon. Une seule preuve : la civilisation moderne ayant produit de nouveaux êtres, les ordinateurs, qui sont capables d'activités de raisonnement et de calcul que l'homme croyait posséder en propre, beaucoup d'esprits se sont inquiétés et se sont demandé s'il convenait de qualifier d'intelligentes ces machines, et si, en réalité, l'intelligence n'est pas autre chose, ce quelque chose que ne pourra jamais réaliser une machine. L'homme ne souffre pas d'égal : l'intelligence est ce je-ne-sais-quoi par lequel il exprime sa différence par rapport aux êtres qui l'entourent.
Vue sous cet angle, l'intelligence est objet de métaphysique, non de psychologie. Comme objet de psychologie, l'étude de l'intelligence ne peut consister en autre chose que dans l'analyse d'un certain nombre d'activités. Mais, pas plus qu'aucune autre science, la psychologie ne peut engendrer son point de départ : elle est obligée de partir de quelque chose qui lui est livré, sans aucune justification psychologique. Dans le problème présent, ce dont la psychologie a hérité et ce dont elle est partie, c'est d'un certain champ d'activités que la tradition culturelle rattache à une fonction unique et auxquelles en conséquence elle applique le même qualificatif d'« intelligentes ».
On n'est pas en mesure de donner en psychologie une définition de l'intelligence. Il est possible en effet que les mécanismes qui déterminent les différentes activités que l'on s'accorde à qualifier d'intelligentes constituent des groupes de mécanismes indépendants, et il n'y aurait plus de sens alors à parler de fonction unique. En fait, il y a un certain nombre d'activités entre lesquelles on s'est accordé jusque-là à établir une parenté : on peut alors caractériser le plus précisément possible ces activités pour que l'on sache exactement de quoi on parle. Cela n'est pas une définition de l'intelligence, mais une délimitation du champ des activités auxquelles on accorde actuellement la dénomination d'« intelligentes ». C'est dans cette perspective qu'il faut comprendre la boutade attribuée à Alfred Binet : « L'intelligence, c'est ce que mesure mon test. » Un médecin s'est étonné, il y a quelques années, qu'on puisse prétendre mesurer ce que l'on n'a pas préalablement défini. C'est confondre la définition, qui suppose une théorie et ne peut être donnée que lorsque la science est faite, et la délimitation du champ, laquelle n'appartient pas à la science. On a commencé de guérir avant d'être en mesure de définir ce que sont la santé et la maladie (définition que la médecine n'est pas encore en état de donner).
2. Les courants qui ont marqué l'étude du problème
Depuis le moment où l'intelligence a commencé de faire l'objet d'une étude scientifique, c'est-à-dire en gros depuis la fin du XIXe siècle, un certain nombre d'approches ont eu une influence déterminante sur la façon de poser le problème de l'intelligence.
Le débat sur l'origine des idées
Le débat qui a opposé, à propos de l'origine des idées, l'empirisme et l'idéalisme et qui s'est cristallisé dès l'Antiquité dans l'affrontement de l'aristotélisme et du platonisme se retrouve sous diverses formes dans l'histoire de la philosophie, en particulier dans le conflit entre les doctrines associationnistes qui ont eu l'audience la plus importante dans le monde anglo-saxon, et les doctrines aprioristes (Descartes, Kant) qui ont été dominantes en Europe occidentale. On a cru pouvoir trouver une réponse au niveau expérimental lorsque s'est imposée progressivement, vers la fin du XIXe siècle, l'idée que l'étude des faits de conscience relevait de la méthode scientifique. Le postulat de base était que les démarches de l'intelligence ne pouvaient pas ne pas être transparentes à la conscience - la pensée étant, selon Descartes, ce qui se connaît le plus aisément - et qu'il suffisait d'une introspection contrôlée pour déterminer ce qui est véritablement présent à la conscience dans les opérations de l'intelligence. On a donc imaginé un ensemble de tâches simples : donner le contraire d'un mot, trouver un mot qui ait par rapport à un mot présenté la même relation que deux mots donnés, etc. On demandait au sujet d'indiquer, outre la solution, le processus mental qui lui permettait d'aboutir à cette solution. L'objectif était de déterminer si le contenu de l'acte de penser était composé seulement d'images ou s'il y avait quelque chose d'autre, une attitude, une orientation de pensée (Einstellung). En fait, le débat tourna court, car certains sujets étaient capables de déceler la présence d'images dans l'élaboration de la solution ; d'autres concluaient à la présence d'une attitude de pensée irréductible aux images, et il se révéla impossible de déterminer si l'échec des seconds à déceler des images provenait de l'absence effective d'images ou d'un entraînement insuffisant à l'observation intérieure. Si le résultat de ces recherches fut mince, leur influence fut importante, car l'idée subsista que les activités de l'intelligence relevaient de l'étude expérimentale, et l'on commença alors à s'interroger sur le bien-fondé de la méthode introspective.
La psychologie animale et le behaviorisme
Une impulsion déterminante fut donnée par l'étude de la façon dont l'animal résolvait des problèmes élémentaires tels que trouver le mécanisme permettant d'ouvrir une boîte dans laquelle il se trouvait enfermé (E. L. Thorndike), utiliser un instrument pour atteindre un appât (W. Köhler). Il apparut alors que l'intelligence pouvait être abordée à partir de la seule étude du comportement de solution (nature des différentes tentatives de solution, temps nécessaire à la solution, etc.) et il sembla tout naturel d'appliquer la même méthode à l'étude de l'intelligence humaine. On proposa donc des problèmes analogues à de jeunes enfants, des problèmes plus complexes à des adultes, en s'attachant essentiellement, sinon uniquement, à l'étude des comportements mis en œuvre pour tenter d'aboutir à la solution.
En même temps qu'une méthode, ce mouvement, connu sous le nom de behaviorisme (étude du comportement), apportait une théorie. La découverte de la solution, de plus en plus rapide au fur et à mesure des essais successifs, était attribuée à l'élimination des comportements avérés inutiles et au renforcement des comportements adaptés. Cette théorie, transposition de la loi darwinienne de sélection naturelle, permet de comprendre la genèse d'un comportement finalisé sans faire appel à un plan dirigé par une intention. Elle dispense ainsi de l'explication finaliste classique selon laquelle la solution implique la représentation du but ; ce principe nouveau aura une grande importance dans l'évolution du problème de l'intelligence.
Le développement des tests d'intelligence
L'extension rapide des tests d'intelligence à partir du début du XXe siècle est due sans conteste à des raisons sociales : nécessité d'orienter les enfants vers un enseignement adapté (tâche qui se révèle impérative dans un système de scolarité obligatoire et donc d'enseignement de masse), exigences de sélection et de formation accélérée dans le domaine professionnel. Or les tests ne se situent pas en marge de l'approche théorique de l'intelligence. Tout d'abord, ils n'auraient pu se développer sans s'appuyer au préalable sur les recherches dont on a déjà parlé : A. Binet a écrit son livre L'Étude expérimentale de l'intelligence (1903) avant d'avoir mis au point son test. De plus, l'application d'un grand nombre d'épreuves différentes à de grandes populations de sujets a permis indirectement de comparer ces épreuves et de dégager a posteriori les composantes essentielles de l'intelligence.
Les théories structuralistes
La révolution introduite par les théories structuralistes, notamment en linguistique (Ferdinand de Saussure) et en ethnologie (Claude Lévi-Strauss) a atteint la psychologie précisément à travers le problème de l'intelligence : cela a été l'œuvre de Jean Piaget. Les théories structuralistes considèrent que les conduites observables forment un système et elles se donnent pour tâche de définir les relations et formes d'organisation qui régissent ce système. À la dimension d'adaptation à la situation, privilégiée par la référence à l'apprentissage, s'ajoute la dimension de système d'opérations régies par des lois d'organisation.
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