L'Express.fr - Par François Busnel

Ce qui frappe, avant tout, ce sont ses yeux. Pétillants. Rieurs. Oui, les yeux de Jean d'Ormesson sont une formidable machine à voir le monde et la vie. Qu'ont-ils donc vu, ces yeux, qui fixèrent bien des puissants (Giscard, Mitterrand, Sadate, Obama...), qui caressèrent les femmes autant que les rêves? Ah, ces yeux! Ne demandez pas d'où vient qu'ils brillent autant: c'est au contact des textes qu'ils se sont ouverts! Chateaubriand (bien sûr), Ronsard, Toulet, Aragon et des centaines d'autres dont "Jean d'O" récite les vers par coeur, ponctuant chaque soupir d'un regard d'enfant. En rassemblant ses "chroniques du temps qui passe", étalées sur plus de soixante ans (1948-2009) et évoquant autant les écrivains que le cours de la vie ou le destin de la planète, le plus mutin des académiciens montre que journalisme et littérature ne font pas toujours si mauvais ménage. Sans doute Jean d'Ormesson est-il un bon romancier. Assurément, il est un grand journaliste. Saveur du temps, qui fait suite à son admirable Odeur du temps, est à l'oeuvre de ce grand érudit hédoniste ce que le Bloc-notes de Mauriac est à la cathédrale du grand écrivain catholique. Il était temps de confesser la "nouvelle idole des jeunes".

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