L'Orient-Le Jour - Par Lucie HENNEQUIN

Ce week-end, une fête patriotique de taille s'est déroulée au Marché de Saïfi, dans le centre-ville : la confection du plus grand hommos jamais cuisiné, ainsi que du plus grand taboulé. Une entrée dans le « Guinness » au goût de revanche : la performance a détrôné celle d'une association israélienne, détentrice du record depuis 2006.


La vengeance est un plat qui se mange aillé. Et ce week-end, les grands moyens ont été employés pour battre le record du plus grand hommos jamais cuisiné : 1 350 litres de purée de pois chiches, 400 kilos de tahina, 400 litres de jus de citron, 26 kilos de sel, 13 kilos d'ail écrasé, 160 kilos d'huile d'olive...

Sur place, plus de 250 marmitons en uniforme blanc, apprentis de l'école al-Kafa'at s'activent. Ils sont les chaînons indispensables de la manœuvre. « Cela fait deux semaines que l'on travaille pour ce week-end, raconte Maria, 17 ans. On a appris la recette, on l'a testée, et goûtée ! » Pour elle comme pour nombre de ses camarades, l'enjeu est avant tout de montrer au monde que le hommos, c'est « 100 % libanais ».
Un refrain qui résonne dans toutes les bouches, à commencer par celle du grand chef qui dirige les opérations, Ramzi Choueiri, pour qui « c'est un enjeu national de taille ». Sous sa supervision, les cuves de hommos préparées par les petits cuistots sont peu à peu transvasées dans un plat, qui ressemble à celui de toutes les maisons libanaises, mais géant lui aussi.
Autour du réceptacle, objet lui aussi d'un record, une nuée de journalistes et de visiteurs se pressent pour voir le spectacle. La manifestation ressemble à une foire, un brouhaha joyeux où le mot « hommos » retentit à intervalles qui s'accélèrent à mesure que le verdict se rapproche.
Deux individus, vêtus de façon élégante, se promènent sur le tapis vert qui recouvre le sol. Ce sont les juges du Guinness des records. C'est le rôle de Beatriz Fernandez, chargée de certifier le poids et la qualité du plat. « Il faut que le hommos soit mangeable, que les ingrédients soient ajoutés en de bonnes proportions, affirme-t-elle. Et surtout, que sa masse batte le record existant de 362 kilos, détenu par une association israélienne aux États-Unis. »

2 056 kilos
Car c'est bien là que le bât blesse. Financée par l'Association des industriels libanais, la confection de ce hommos n'est pas anodine. « Cet événement marque le début d'un long parcours qui vise à protéger hommos et taboulé, leur procurant le statut de « marques déposées » », rappelle son président Fadi Abboud. Concurrencé par les fabricants de hommos israéliens, où le plat traditionnel libanais est peu à peu devenu une institution, le manque à gagner est important pour l'économie du pays du Cèdre.
Retransmis sur des écrans plats, le poids du hommos s'affiche enfin : 2 056 kilos. Une clameur envahit alors l'assistance, et les flashs crépitent. Le présentateur Michel Azzi est le maître de cérémonie de ce week-end patriotique. « Cet événement redonne à notre pays ce qui lui appartient ! » s'exclame-t-il au micro. Le pari, symbolique, n'est pas encore gagné. Chiche de faire mieux ?

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