27/03: Les devoirs à la maison : bouc-émissaire d'un mode d'apprentissage inefficace
Le Nouvel Observateur - Par Philippe Szykulla
LE PLUS. Et si faire ses devoirs, ce n'était plus automatique ? La FCPE, première fédération des parents d'élèves, vient de lancer un appel pour mettre fin aux devoirs à la maison. Pour Philippe Szykulla, enseignant, les devoirs sont le symbole d'un mode d'apprentissage qui a très largement montré ses limites.
Pour commencer, un petit exercice d'arithmétique :
Sachant qu'un élève de primaire a 24 heures de cours par semaine, un collégien 27 (à minima) et un lycéen 32 (à minima également) et que l'année scolaire compte 36 semaines, le petit français passe 10.764 heures sur les bancs de l'école entre le cours préparatoire et le baccalauréat.
Si l'on compte 1/2 heure de devoirs par journée d'école primaire, soit 270 heures, une heure par jour pour le collège et deux heures par jour pour le lycée (samedi et dimanche compris), comme partie basse de la fourchette, les devoirs du second degré comptent donc pour 1.620 heures. Soit au total de la scolarité 2.590 heures, soit environ 1/4 des heures passées devant le professeur.
Si on fait le constat d'élèves pas suffisamment performants à l'entrée dans le supérieur dans tout les domaines, on peut se demander à quoi ont bien pu servir ces quelques 13.000 heures d'abnégation de nos chères têtes blondes.
Il suffit de voir les notes au ras des pà querettes en classes préparatoires aux grandes écoles, le taux d'échec considérable à l'université, la qualité de pratique des langues, le peu de résultats en compétitions internationales et l'inculture générale de la France moyenne pour s'interroger.
Cela est-il du à un manque de devoirs à la maison ?
On peut remarquer que les enfants réussissent tout d'abord pour deux raisons extrêmes, pas vraiment cumulatives :
- Soit les parents sont des accros de la réussite de leurs enfants et mettent en priorité toute leur énergie à les booster afin d'avoir la satisfaction du bulletin exceptionnel en fin de trimestre : travail à la maison maximum, même et surtout pendant les vacances. Taux de réussite important, en général. Ce type de comportement familial est fortement favorisé par le milieu social et les cours supplémentaires.
- Soit l'élève a cette particularité qu'il comprend la logique du fonctionnement de l'école et met en place une efficacité redoutable pour réussir. Un jeune ingénieur travaillant chez Airbus me racontait qu'il avait, pendant toute sa scolarité, compris qu'il devait être hyper concentré en cours, et qu'il n'avait jamais travaillé à la maison, préférant faire de la musique ou des maquettes. Il avait acquis, sans le savoir vraiment, les fondamentaux de l'apprentissage et les priorités de l'énergie qu'il avait à investir. Taux d'épanouissement exceptionnel. Ce type de parcours est extrêmement rare parce qu'il correspond à un don peu répandu et surtout pas cultivé : un sens de l'organisation aigu.
Les limites du "remplissage de crà ne"
Entre les deux, une multitude de cas qui vont du profil a-scolaire au respect bête et méchant du rythme de l'école. Ces destinées mènent les élèves à la médiocrité organisée, cette médiocrité qu'on relève dans les premières années du parcours supérieur.
On peut à ce stade de la démonstration souligner que le point de rencontre de tous les élèves, qu'ils réussissent ou non, est la classe et son enseignant. Rappelons-le 10.764 heures minimum sur douze ans de scolarité (hors devoirs à la maison).
Redécoupons ce total : deux heures par jour d'école les deux premières années pour apprendre à lire, une les trois suivantes et c'est acquis : 1.008 heures. Il faut alors s'imaginer que les parents vont donner le goût des belles lectures à leurs enfants, mais là ce n'est pas gagné !
Cet apprentissage fondamental conforté généreusement du triple pour la maîtrise de l'orthographe et de la grammaire nous amènent, par exemple à un total d'environ 4.000 heures en fin de troisième pour espérer une bonne connaissance de sa langue maternelle. Le socle commun et les évaluations des compétences vont dans ce sens et garantit un confortable minimum à l'arrivée en seconde.
Si nos calculs sont corrects, il sont tout au moins généreux, il reste plus de 6.000 heures sur douze ans pour que le futur citoyen ait de solides connaissances en mathématiques et en sciences, une culture générale, un corps sain et une sensibilité culturelle aboutis. Regardons tous derrière nous et mesurons ce que sont ces 6.000 heures pour faire un homme, une femme instruite : c'est énorme ! Et la montagne accouche d'une souris.
Alors, ajouter un quart de contraintes supplémentaires à un apprentissage inefficace sous forme de devoirs à la maison demande beaucoup plus qu'une affirmation de son utilité. Il faut d'abord les positionner au regard de ce que veut l'école pour les élèves, collégiens et lycéens. Se demander si la méthode ne devrait pas prendre le pas sur le stakhanovisme de remplissage de crà ne. Les devoirs à la maison, pourquoi pas, mais pour quoi faire ?
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/512599-les-devoirs-a-la-maison-bouc-emissaire-d-un-mode-d-apprentissage-inefficace.html © 2012 Le Nouvel Observateur. Tous droits réservés.
LE PLUS. Et si faire ses devoirs, ce n'était plus automatique ? La FCPE, première fédération des parents d'élèves, vient de lancer un appel pour mettre fin aux devoirs à la maison. Pour Philippe Szykulla, enseignant, les devoirs sont le symbole d'un mode d'apprentissage qui a très largement montré ses limites.
Pour commencer, un petit exercice d'arithmétique :
Sachant qu'un élève de primaire a 24 heures de cours par semaine, un collégien 27 (à minima) et un lycéen 32 (à minima également) et que l'année scolaire compte 36 semaines, le petit français passe 10.764 heures sur les bancs de l'école entre le cours préparatoire et le baccalauréat.
Si l'on compte 1/2 heure de devoirs par journée d'école primaire, soit 270 heures, une heure par jour pour le collège et deux heures par jour pour le lycée (samedi et dimanche compris), comme partie basse de la fourchette, les devoirs du second degré comptent donc pour 1.620 heures. Soit au total de la scolarité 2.590 heures, soit environ 1/4 des heures passées devant le professeur.
Si on fait le constat d'élèves pas suffisamment performants à l'entrée dans le supérieur dans tout les domaines, on peut se demander à quoi ont bien pu servir ces quelques 13.000 heures d'abnégation de nos chères têtes blondes.
Il suffit de voir les notes au ras des pà querettes en classes préparatoires aux grandes écoles, le taux d'échec considérable à l'université, la qualité de pratique des langues, le peu de résultats en compétitions internationales et l'inculture générale de la France moyenne pour s'interroger.
Cela est-il du à un manque de devoirs à la maison ?
On peut remarquer que les enfants réussissent tout d'abord pour deux raisons extrêmes, pas vraiment cumulatives :
- Soit les parents sont des accros de la réussite de leurs enfants et mettent en priorité toute leur énergie à les booster afin d'avoir la satisfaction du bulletin exceptionnel en fin de trimestre : travail à la maison maximum, même et surtout pendant les vacances. Taux de réussite important, en général. Ce type de comportement familial est fortement favorisé par le milieu social et les cours supplémentaires.
- Soit l'élève a cette particularité qu'il comprend la logique du fonctionnement de l'école et met en place une efficacité redoutable pour réussir. Un jeune ingénieur travaillant chez Airbus me racontait qu'il avait, pendant toute sa scolarité, compris qu'il devait être hyper concentré en cours, et qu'il n'avait jamais travaillé à la maison, préférant faire de la musique ou des maquettes. Il avait acquis, sans le savoir vraiment, les fondamentaux de l'apprentissage et les priorités de l'énergie qu'il avait à investir. Taux d'épanouissement exceptionnel. Ce type de parcours est extrêmement rare parce qu'il correspond à un don peu répandu et surtout pas cultivé : un sens de l'organisation aigu.
Les limites du "remplissage de crà ne"
Entre les deux, une multitude de cas qui vont du profil a-scolaire au respect bête et méchant du rythme de l'école. Ces destinées mènent les élèves à la médiocrité organisée, cette médiocrité qu'on relève dans les premières années du parcours supérieur.
On peut à ce stade de la démonstration souligner que le point de rencontre de tous les élèves, qu'ils réussissent ou non, est la classe et son enseignant. Rappelons-le 10.764 heures minimum sur douze ans de scolarité (hors devoirs à la maison).
Redécoupons ce total : deux heures par jour d'école les deux premières années pour apprendre à lire, une les trois suivantes et c'est acquis : 1.008 heures. Il faut alors s'imaginer que les parents vont donner le goût des belles lectures à leurs enfants, mais là ce n'est pas gagné !
Cet apprentissage fondamental conforté généreusement du triple pour la maîtrise de l'orthographe et de la grammaire nous amènent, par exemple à un total d'environ 4.000 heures en fin de troisième pour espérer une bonne connaissance de sa langue maternelle. Le socle commun et les évaluations des compétences vont dans ce sens et garantit un confortable minimum à l'arrivée en seconde.
Si nos calculs sont corrects, il sont tout au moins généreux, il reste plus de 6.000 heures sur douze ans pour que le futur citoyen ait de solides connaissances en mathématiques et en sciences, une culture générale, un corps sain et une sensibilité culturelle aboutis. Regardons tous derrière nous et mesurons ce que sont ces 6.000 heures pour faire un homme, une femme instruite : c'est énorme ! Et la montagne accouche d'une souris.
Alors, ajouter un quart de contraintes supplémentaires à un apprentissage inefficace sous forme de devoirs à la maison demande beaucoup plus qu'une affirmation de son utilité. Il faut d'abord les positionner au regard de ce que veut l'école pour les élèves, collégiens et lycéens. Se demander si la méthode ne devrait pas prendre le pas sur le stakhanovisme de remplissage de crà ne. Les devoirs à la maison, pourquoi pas, mais pour quoi faire ?
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/512599-les-devoirs-a-la-maison-bouc-emissaire-d-un-mode-d-apprentissage-inefficace.html © 2012 Le Nouvel Observateur. Tous droits réservés.




Al a écrit :
D'une part, votre pseudo-démonstration arithmétique ne prouve rien. Si l'on vous suit, 25% de travail supplémentaire seraient une quantité négligeable. Comment pouvez-vous prétendre cela ? Demandez aux épargnants s'ils souhaiteraient que leur livret rapporte 25% par an...
D'autre part, vous n'avancez aucune proposition concrète. Vous vous contentez de compter les heures. Vous posez une question légitime, sans jamais tenter d'y répondre.
La prochaine fois, avant de publier, faites vos devoirs...