Granma International.

Les hautes colonnades des édifices français de Cienfuegos, ou encore un José Marti récitant au hasard de ses flâneries dans la ville des textes du poète Victor Hugo, au verbe libre, fraternel et universel tels pourraient être les signes de la présence culturelle française à Cuba. Mais en aucun cas ce ne serait les seuls !

L"influence française dans la plus grande des Antilles a un long passé derrière elle et s"inscrit dans des dimensions multiples : l"art, la politique, la vie sociale, tout y passe.

L"Alliance française de Cuba est aujourd"hui une institution florissante qui a pour mission de diffuser la connaissance de la langue et de la culture de la France et de tout le monde francophone.

Dans le cadre de la dernière Semaine de la francophonie à La Havane, le délégué général de cette institution, André de Ubeda, a tenu à exprimer à Granma international sa profonde admiration pour l"ouverture d"esprit des Cubains, l"engouement avec lequel ils découvrent cet univers francophone.

Il a évoqué les liens historiques entre les deux pays, et la première tentative de création d"une Alliance française à Cuba, qui remonte à l"époque de la colonie. « Il a été question d"ouvrir une Alliance dans l"île en 1892, neuf ans seulement après que cette association se soit constituée à Paris. Mais l"intention n"est devenue réalité qu"en 1952. De nombreux Français ont en effet laissé leur empreinte dans ce pays, tout comme des Cubains ont fait sentir leur présence dans la nation française. Il existe des ponts entre les deux pays qui s"appellent culture, éducation et fraternité. »

Au triomphe de la Révolution, en 1959, lorsque toutes les écoles privées ont été fermées, le gouvernement révolutionnaire a tenu à faire une exception : ce centre de la plus haute importance pour la diffusion de la culture francophone a continué de fonctionner à La Havane. Depuis lors, l"institution a grandi, et ces progrès sont le fruit d"une étroite coopération entre les deux gouvernements. Il y a dix ans, le centre ne comptait que 2 000 étudiants : ils sont aujourd"hui plus de 6 000 à La Havane et 1 000 à Santiago de Cuba, le deuxième siège de l"institution, ouvert en 1992.

L"infrastructure matérielle et le personnel pédagogique sont fournis par le ministère cubain de l"Education. « L"Alliance est reconnue par l"Etat et les institutions de la nation cubaine », nous dit André. Au plan pédagogique, les résultats sont spectaculaires. Quand Jack Lang est venu, tout récemment, en qualité d"envoyé spécial du président Nicolas Sarkozy, il s"est étonné tout à la fois du niveau de langue des étudiants et de la qualité des professeurs. »

Si la principale mission de l"Alliance est d"enseigner la langue à tous les niveaux, elle participe aussi activement à la vie culturelle cubaine : la Semaine de la francophonie, le Concours de la chanson française, le Festival du film français figurent parmi les plus importantes des manifestations qu"elle organise, « mais il y aurait encore beaucoup plus à faire au niveau des échanges. La raison d"être de l"Alliance n"est pas seulement de faire connaître la culture française mais de créer des ponts entre les cultures des deux pays, de les confronter pour qu"elles s"enrichissent réciproquement ».

LES MEILLEURS ETUDIANTS
L"immense majorité des professeurs de français sont cubains. Selon André, « ceci est très particulier à Cuba, parce que les Alliances des autres pays comptent beaucoup moins de professeurs « locaux ». Mais je le dis à la fois avec fierté et sérénité : ils sont d"une grande qualité. Beaucoup ont fait des études dans les universités nationales et les écoles de langues. Ce sont parfois d"anciens élèves de l"Alliance que nous avons formés au professorat : cette formation est reconnue par le ministère cubain de l"Education. Nous avons 75 enseignants à La Havane et 13 à Santiago de Cuba. Nos étudiants sont ceux qui obtiennent les meilleurs résultats du monde aux examens internationaux conçus dans le Cadre européen commun de référence».

Le professeur Carlos Sanchez travaille depuis cinq ans à l"Alliance, et il estime que l"essentiel de sa réussite professionnelle tient justement au fait que la plupart de ses étudiants ont réussi ces examens internationaux. « Pour un professeur et pour l"Alliance, c"est un motif de satisfaction de constater que plus de 90% de ses étudiants passent ces épreuves avec succès », assure-t-il.

Les cours de langues s"adressent fondamentalement aux adultes : il faut avoir seize ans pour s"y inscrire. Selon Jacqueline Machado, secrétaire pédagogique, le public est plutôt jeune : ils ont pour la plupart moins de quarante ans, avec bien sûr quelques exceptions. « Il existe à Cuba un intérêt marqué pour le français : c"est la deuxième langue étrangère étudiée, après l"anglais. C"est la langue qui attire, mais aussi la culture. »

Les professeurs cubains se livrent aussi à un travail de recherche : ils ont mis au point trois méthodes d"enseignement utilisées aujourd"hui dans plusieurs pays : deux destinées aux personnels médicaux et une autre pour les personnels du tourisme. Mais pour continuer d"améliorer tous ces résultats, il faut davantage de ressources matérielles, signale André, et cette préoccupation est partagée par les deux pays. Si le projet de coopération est excellent, il n"en est pas moins vrai que nous manquons d"espaces, de salles de classe et de professeurs pour accueillir tous ceux qui voudraient apprendre le français chez nous : chaque année, nous devons rejeter deux mille candidatures. Cependant, l"Alliance est bien équipée : des magnétophones, des lecteurs de DVD et des téléviseurs ont été installés dans toutes les classes.

Enfin, il faut aussi parler de la médiathèque de l"Alliance, qui met à la disposition de tous les inscrits de l"Alliance et du public en général plus de 11 500 documents en français et en espagnol.

Les motivations des étudiants varient : elles vont d"une sensibilité particulière à la culture française à l"espoir d"accéder à de meilleurs emplois. En tout état de cause, les élèves sont nombreux à manifester le désir de mieux connaître la culture française et ses apports au développement de l"humanité.

Pour Idalgel Marquetti, étudiant de première année à l"Institut supérieur d"art, la connaissance de langues étrangères est importante pour élargir son profil professionnel.

L"Alliance française de Cuba est donc une antenne de la culture francophone en milieu latino-américain. Sa mission est double : contribuer à l"enrichissement de l"esprit dans toutes ses manifestations et promouvoir les échanges entre les peuples.