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Genres littéraires

Jean de La Fontaine et la fable


Définition

La Fontaine ne renie pas ses sources antiques. Au contraire, il les revendique. Mais d’emblée, il précise que son « imitation n’est point un esclavage ». Il puise chez les modèles anciens la matière première de son œuvre mais apporte au récit et à la moralité des modifications qui rendent son original. Le fabuliste conserve au genre sa finalité traditionnelle d’efficacité pédagogique et didactique, affirmant : « Je me sers d’animaux pour instruire les hommes ». Cependant, et c’est là une transformation essentielle, il utilise au service de ses fables toutes les ressources de la poésie.

Au départ récit plutôt sec, l’apologue est désormais paré de toutes les subtilités de la langue et de la prosodie françaises. Le but premier de La Fontaine est, en effet, de « plaire toujours » pour mieux instruire.

Le récit et la moralité

La fable traditionnelle comprend deux parties que La Fontaine, dans la « Préface » de son recueil, présente ainsi : « L’apologue est composé de deux parties, dont on peut appeler l’une le corps, l’autre l’âme. Le corps est la fable, l’âme la moralité ».
Mais les combinaisons de ces parties sont très variées dans les Fables. L’ordre le plus fréquent place le récit au début et la morale à la fin. Cependant, la disposition inverse est très largement représentée. Il en est ainsi par exemple dans « Le Loup et l’Agneau ».

Parfois la morale est citée au début et reprise à la fin; il arrive enfin que celle-ci soit implicite, exprimée d’une manière voilée par l’un des personnages.

Les personnages

On peut les classer selon qu’ils appartiennent au monde animal, humain, végétal ou mythologique.

  • Le « bestiaire » des Fables est particulièrement riche de « modèles » représentant les travers et les vices des humains. En vertu d’un symbolisme animalier, en partie hérité de la tradition et réactivé par le génie de La Fontaine, ces « héros », lion, renards, singes, rats, chiens, loups, etc., apparaissent tour à tour comme des bourreaux ou des victimes, reconstituant toute une société en miniature.
  • Les « humains », eux, appartiennent à des classes, des métiers et des âges divers : savetier, financier, grand seigneur arrogant, astrologue ou maître d’école. Le personnage du Roi, directement nommé ou masqué par son double, le Lion, apparaît plus de trente fois dans les Fables, révélant ainsi l’intérêt de La Fontaine pour les problèmes politiques de son époque.
  • Les « végétaux » (chêne, roseau, gland, etc.), les « objets » (cierge, pot de fer ou pot au lait) participent à l’action et, parfois, prennent la parole.
  • Les « personnages mythologiques » ont aussi une place de choix dans les Fables et rappellent que ce mot désigne également les récits mythiques.

Conception et structure de la fable

La Fontaine définit son œuvre comme :

« Une ample comédie à cent actes divers
Et dont la scène est l’univers. »

La fable peut donc être considérée comme un mini-drame, à la structure théâtrale fortement marquée: le décor, campé en quelques vers ou en quelques mots, l’intrigue exposée rapidement et progressant suivant des « actes » vers le dénouement, conformément à la psychologie des personnages. À titre d’exemple, la fable  « Les Animaux malades de la Peste » est structurée comme une pièce dramatique.

Les thèmes

Certaines fables de La Fontaine visent directement la société du XVIIe siècle dont on trouve une image presque complète. Le Lion représente le Roi. Il jouit d’une autorité quasi divine et il aime étaler sa puissance dans de pompeuses cérémonies. La cour est présentée comme un pays de parasites ou règnent la servilité et l’hypocrisie. Le courtisan, par excellence, est le Renard qui flatte le Roi et prend toujours son parti.

Les Fables évoquent aussi la noblesse de province qui exploite sans vergogne les paysans. Les mœurs de la ville sont montrées à travers des personnages et des modes de vie hauts en couleur. La Fontaine est un des écrivains qui ont le plus puisé dans l’actualité et laisse des tableaux de mœurs représentatifs de leur temps.
Par ailleurs cet auteur s’est également illustré dans la fable philosophique. C’est a Ésope et à ses prédécesseurs qu’il a commencé par emprunter les préceptes étroits de la sagesse des peuples. Mais par la suite, n’écoutant que son tempérament, c’est sa propre sagesse qu’il exprime. Elle est toute d’équilibre et de modération dans les désirs. La Fontaine accepte les décrets de la Providence et cherche le bonheur dans la simplicité et le repos.

Certaines fables du Second recueil reflètent des préoccupations philosophiques, sans qu’on puisse pour autant, parler d’un système dogmatique. La Fontaine réfléchit sur la vie et sur les lois qui la régissent et médite surtout sur la mort.

L’art de La Fontaine

La transformation de l’apologue en poème ou en petit drame versifié se fait grâce aux nombreuses innovations que La Fontaine apporte à la langue et à la prosodie.

La langue

Le fabuliste utilise dans ses fables toutes les ressources de la langue au double niveau du lexique et du style.

Le lexique
La Fontaine puise dans tous les registres lexicaux: langue populaire, vocabulaire technique et juridique. Il remet également à la mode certains termes archaïques, comme le mot « noise » ou la formule vieillie « J’ai souvenance ».
Enfin, il arrive que le fabuliste crée des néologismes dans un but humoristique: la cité des rats est appelée « Ratopolis » et la race canine est élevée à la dignité de la « gent chienne ».

La diversité des styles
La richesse lexicale sous-tend des styles très diversifiés, depuis le style réaliste, sans fioritures, en passant par l’éloquence oratoire, le style burlesque… et arrivant parfois au lyrisme. Le fabuliste pratique aussi la parodie du style épique dans une intention satirique.
Certaines fables s’élèvent véritablement à la grandeur épique, comme dans le « Paysan du Danube », ou à la grâce émouvante du lyrisme, comme dans « Les Deux Amis » ou « Les Deux Pigeons », La Fontaine fait entendre en sourdine à la fin de cette fable la musique de la nostalgie :

« Ne sentirai-je plus de charme qui m’arrête?
Ai-je passe le temps d’aimer? ».

La prosodie

La Fontaine pratique largement une versification libérée des contraintes classiques. Il utilise une variété de mètres, l’alexandrin et l’octosyllabe aussi bien que les vers très courts, les faisant alterner dans la même fable . Cette « liberté » donne aux fables une grande souplesse et permet de souligner les effets de surprise ou les « pointes ». Dans « Les Animaux malades de la Peste », le Lion escamote l’horreur de son « crime », en rejetant dans un vers de trois syllabes le nom de sa victime, « Le berger ».
Le jeu des assonances et des allitérations contribue à la fluidité des vers et, par l’harmonie imitative, le fabuliste accorde une « voix » au animaux.

En guise de conclusion

Si on s’est accordé à admirer sans réserve l’art de La Fontaine, en revanche, on lui a reproché de prôner une morale de la « médiocrité », mise à la portée de l’homme moyen. Cependant, cette sagesse de bon ton nous rappelle que, s’il est vain de chercher à éradiquer le vice, on devrait du moins travailler à acquérir une conscience plus lucide. La « mesure » et l’ « équilibre » promettent des plaisirs délicats, éloignés de tout excès.

Le fabuliste enseigne aussi la liberté de l’esprit, le plus grand des bonheurs, « sans qui les autres ne sont rien », comme il l’affirme lui-même. Credo que l’homme moderne pourrait faire sien.

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