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Les genres de textes

La préface

Je n’aime ni les avant-propos, ni les préfaces et, autant que possible, je m’abstiens de faire devancer mes livres par d’inutiles phrases.

(Joris-Karl Huysmans, En route, t.1, 1895, p. ix)

La préface selon le dictionnaire…
  • La préface est un texte placé en tête d’un ouvrage pour le présenter et le recommander au lecteur, en préciser éventuellement les intentions ou développer des idées plus générales.
  • La préface est un petit discours d’introduction, entrée en matière que l’on fait ou écrit à quelqu’un pour l’informer de ses intentions ou pour le disposer favorablement à l’égard d’une personne ou d’un événement.
  • En liturgie, la préface est la partie initiale du canon de la messe (chantée ou récitée) qui sert de préambule à la consécration et qui varie avec les temps liturgiques ou les fêtes, telles que Noël, l’Épiphanie, etc. La préface peut être lue à certaines occasions (funérailles, mariage…).
  • Un préfacier est un auteur de préface(s) ou un présentateur de préfaces.
  • Préfacer signifie écrire un texte d’introduction à une œuvre personnelle ou plus généralement à celle d’un auteur dont on veut recommander l’ouvrage. Il peut être employé au sens figuré pour dire « annoncer, préfigurer »

Qu’est-ce que la préface ?

La préface (du latin præ, avant, et fari, parler) est un discours placé en tête d’un livre, pour en faire connaître les vues ou le plan, prévenir des objections ou répondre à des critiques.

Rarement un écrivain résiste au plaisir d’y faire son apologie, et quelquefois il se peint mieux, à son insu, en une page ou deux, que par le livre tout entier.

Les lecteurs « superficiels » ne lisent pas d’ordinaire les préfaces, mais les gens sérieux s’y arrêtent et prennent acte des engagements de l’auteur. Les critiques pressés les lisent aussi ou même ne lisent qu’elles, et souvent les comptes rendus bibliographiques des journaux ne sont que des variations du programme ou de l’apologie placés au frontispice de l’ouvrage. C’est une chose si délicate et parfois si périlleuse de se présenter soi-même au public, que plusieurs font écrire ou signer leur préface par un écrivain sympathique et faisant autorité. Voltaire, après avoir parlé des dédicaces, ajoute :

Les préfaces sont un autre écueil. Le moi est haïssable, disait Pascal. Parlez de vous le moins que vous pourrez, car vous devez savoir que l’amour-propre du lecteur est aussi grand que le vôtre. Il ne vous pardonnera jamais de vouloir le condamner à vous estimer. C’est à votre livre à parler pour lui.

Beaucoup d’auteurs, croyant masquer le moi, prodiguaient le pluriel de majesté nous, ou l’indéterminé on, dans des phrases où éclatait le sentiment personnel ; il y aurait souvent plus de vraie modestie dans l’emploi simple et naturel de la première personne.

Les Italiens appellent la préface la salsa del libro, c’est-à-dire la sauce du livre. De Marville dit que, si elle est bien assaisonnée, elle sert à donner de l’appétit, et qu’elle dispose à dévorer l’ouvrage. Les Anciens mettaient des préfaces en tête de leurs livres. Les Grecs les faisaient simples et courtes, comme on peut en juger par celles d’Hérodote et de Thucydide. Les Latins composaient volontiers d’avance des préfaces pouvant s’adapter indifféremment, à n’importe quel ouvrage. Les premiers chapitres de la Conjuration de Catalina et de la Guerre de Jugurtha, par Salluste, sont des morceaux de ce genre. Cicéron paraît avoir souvent suivi cette méthode. Les Préfaces casquées (prologi galeati), pour employer l’expression de saint Jérôme, ont été de tout temps fort communes dans les livres de controverse, où la moitié du travail de l’auteur consiste à répliquer à ses adversaires ou à prévenir leurs attaques. On cite des préfaces bizarres, comme celle de Georges de Scudéry, écrite pour les poésies de Théophile de Viau et à la fin de laquelle il appelle en duel ceux qui ne seront pas contents des vers de son ami. Celles qui forment le début même de l’ouvrage prennent le nom de préambules.

Les préfaces les plus intéressantes sont sans contredit celles des pièces de théâtre, par la raison que leurs auteurs y ont la liberté de s’expliquer sur des points dont leur œuvre ne comporte pas le développement. Les préfaces de Pierre Corneille, toutes celles de Jean Racine et particulièrement celles de Britannicus et d’Iphigénie, celle placée par Molière en tête du Tartuffe, celles de l’Œdipe et de la Mérope de Voltaire, celles de Beaumarchais, de nos jours les préfaces de Cromwell de Victor Hugo, de Marino Faliero de Gaetano Donizetti sur un livret d’Emanuele Bidèra, des Lionnes pauvres d’Émile Augier, de Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier, celles enfin ajoutées récemment à son Théâtre par Alexandre Dumas fils, donnent la mesure de ce que la préface peut offrir de commodité à un auteur dramatique pour entrer en communication d’idées avec le public.

On cite comme des préfaces achevées le Discours préliminaire de l’Encyclopédie par D’Alembert, et la préface de la 5e édition du Dictionnaire de l’Académie (1835) par Villemain. Il en est une, celle de Dix ans d’études historiques d’Augustin Thierry, où le retour de l’auteur sur lui-même produit la plus émouvante éloquence.

Extrait de la préface de Cromwell

Le drame qu’on va lire n’a rien qui le recommande à l’attention ou à la bienveillance du public. Il n’a point, pour attirer sur lui l’intérêt des opinions politiques, l’avantage du veto de la censure administrative, ni même, pour lui concilier tout d’abord la sympathie littéraire des hommes de goût, l’honneur d’avoir été officiellement rejeté par un comité de lecture infaillible.

Il s’offre donc aux regards, seul, pauvre et nu, comme l’infirme de l’évangile, solus, pauper, nudus.

Ce n’est pas du reste sans quelque hésitation que l’auteur de ce drame s’est déterminé à le charger de notes et d’avant-propos. Ces choses sont d’ordinaire fort indifférentes aux lecteurs. Ils s’informent plutôt du talent d’un écrivain que de ses façons de voir ; et, qu’un ouvrage soit bon ou mauvais, peu leur importe sur quelles idées il est assis, dans quel esprit il a germé. On ne visite guère les caves d’un édifice dont on a parcouru les salles, et quand on mange le fruit de l’arbre, on se soucie peu de la racine.

D’un autre côté, notes et préfaces sont quelquefois un moyen commode d’augmenter le poids d’un livre et d’accroître, en apparence du moins, l’importance d’un travail ; c’est une tactique semblable à celle de ces généraux d’armée, qui, pour rendre plus imposant leur front de bataille, mettent en ligne jusqu’à leurs bagages. Puis, tandis que les critiques s’acharnent sur la préface et les érudits sur les notes, il peut arriver que l’ouvrage lui-même leur échappe et passe intact à travers leurs feux croisés, comme une armée qui se tire d’un mauvais pas entre deux combats d’avant-postes et d’arrière-garde.

Ces motifs, si considérables qu’ils soient, ne sont pas ceux qui ont décidé l’auteur. Ce volume n’avait pas besoin d’être enflé, il n’est déjà que trop gros. Ensuite, et l’auteur ne sait comment cela se fait, ses préfaces, franches et naïves, ont toujours servi près des critiques plutôt à le compromettre qu’à le protéger. Loin de lui être de bons et fidèles boucliers, elles lui ont joué le mauvais tour de ces costumes étranges qui, signalant dans la bataille le soldat qui les porte, lui attirent tous les coups et ne sont à l’épreuve d’aucun.

Victor Hugo, Œuvres complètes : Cromwell, Hernani, Librairie Ollendorff, 1912, [Volume 23] – Théâtre, tome I, p. 7-8.

Extrait de la préface de Mademoiselle de Maupin

Rien de ce qui est beau n’est indispensable à la vie. — On supprimerait les fleurs, le monde n’en souffrirait pas matériellement ; qui voudrait cependant qu’il n’y eût plus de fleurs ? Je renoncerais plutôt aux pommes de terre qu’aux roses, et je crois qu’il n’y a qu’un utilitaire au monde capable d’arracher une plate-bande de tulipes pour y planter des choux.

À quoi sert la beauté des femmes ? Pourvu qu’une femme soit médicalement bien conformée, en état de faire des enfants, elle sera toujours assez bonne pour des économistes.

À quoi bon la musique ? à quoi bon la peinture ? Qui aurait la folie de préférer Mozart à M. Carrel, et Michel-Ange à l’inventeur de la moutarde blanche ?

Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid, car c’est l’expression de quelque besoin, et ceux de l’homme sont ignobles et dégoûtants, comme sa pauvre et infirme nature. — L’endroit le plus utile d’une maison, ce sont les latrines.

Théophile Gautier, Mademoiselle de Maupin (1834), G. Charpentier, 1880, p. 22.

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