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Les genres de textes

Le burlesque

💡 Le burlesque (de l’italien burla, « moquerie ») est une forme de comique caractérisée par une exagération du ridicule.

Qu’est-ce que le burlesque ?

Le burlesque est, dans les œuvres littéraires, ce qui provoque le rire par le contraste de la bassesse du style avec la dignité des personnages et la gravité des situations. Suivant Nicolas Eugène Géruzez, le burlesque consiste dans la « transformation des caractères et des sentiments nobles en figures et en passions vulgaires, opérée de telle sorte que la ressemblance subsiste sous le travestissement, et que le rapport soit sensible dans le contraste. »

Cette définition, qui n’est pas assez large, marque du moins l’intime relation du burlesque avec la parodie, forme d’ouvrage dont il est l’élément essentiel. Il a aussi beaucoup de rapport avec le genre héroï-comique, qui, par un caprice contraire, prête le langage et les allures des héros à des personnages vulgaires, et qui fait plaisamment contraster la grandeur du style et la petitesse des actes. Dans l’un et l’autre cadre, le burlesque forme une antithèse continuelle entre le rang et les paroles des héros. Il se rapproche du bouffon, sans s’identifier avec lui ; car le bouffon, par une signification plus générale, désigne toute invention plaisante et triviale, en dehors du travestissement des caractères.

Le genre burlesque, au sens vrai de ce mot, est de création moderne. II paraît avoir pris naissance en Italie, où le mot burlesco trouve son origine dans le mot burla (plaisanterie, farce), sans recourir au nom propre du barbier de Venise Burchiello.

Que dit le dictionnaire ?

En France, aux environs des années 1640-1660, le burlesque est, en poésie, une parodie généralement en vers dont le propos était de travestir de manière comique :

  • soit le plus souvent une œuvre de style, noble, en prêtant aux héros des actions et des propos vulgaires et bas : Scarron a mis l’Énéide en vers burlesques (Besch. 1845) ;
  • soit, inversement et plus rarement, un sujet peu élevé en prêtant aux personnages des actions et des propos élevés et nobles (le terme exact est dans ce cas héroï-comique).

Sous le règne de Louis XIII, nous retrouvons ce qu’on appelle le « ballet burlesque ». C’est un petit ballet de style bouffon dont le comique était dû principalement au costume des danseurs.

En parlant de l’aspect physique, burlesque désigne la personne ou le costume dont l’aspect fantaisiste et souvent ridicule contraste avec la condition ou l’environnement social de l’individu. L’adjectif peut désigner également le langage ou le comportement, dont la bouffonnerie assez grossière porte au rire ou à la moquerie.

Aux États-Unis, « burlesque » est un nom emprunté au français pour désigner un cabaret ou un music-hall. Cet emprunt a pu se faire par le détour de la Grande-Bretagne qui introduit le mot au XIXe siècle pour désigner une pantomime fort comique jouée par des clowns extravagants, genre dont se saisit par la suite le cinéma américain.

⚠️ Remarques ⚠️
Les dictionnaires ont distingué burlesque, héroï-comique et parodie. Selon eux, le burlesque traite un sujet noble, héroïque avec des personnages vulgaires et un style bas ; l’héroï-comique, au contraire, prête à des personnages de petite condition des manières recherchées sur le ton de l’épopée ; la parodie « change la condition des personnages dans les œuvres qu’elle travestit. […] Le burlesque, la parodie, le poème héroï-comique sont des espèces du genre bouffon » (Littré).
Le genre burlesque, fort décrié, dès les origines, est presque unanimement défini au XIXe siècle : « [genre] qui est d’un comique bas et outré ». La critique moderne est plus nuancée : « la trivialité du ton n’est pas bassesse et platitude, elle est recherche de langage ».

Divisions du burlesque

En parlant d’une œuvre, d’un style, d’une manière de parler, le burlesque est ce qui développe des idées extravagantes à l’aide d’expressions bouffonnes, voire triviales, en vue de divertir.

Comme la satire, le burlesque apparaît sous deux formes : l’épique railleur, qui consiste à traiter un sujet trivial avec grandiloquence (comme dans les Contes de Canterbury) et le travestissement, où un sujet sérieux est traité sur un ton frivole (comme dans Don Quichotte).

On confond souvent le burlesque et deux autres formes de satire, la parodie et la farce. La parodie est une imitation moqueuse d’une œuvre ou d’un auteur particulier ; la farce est une pièce écrite uniquement pour faire rire.

→ À lire : La satire. – La farce. – La parodie.

Usage et évolution du burlesque

L’un des premiers usages du burlesque en littérature date du poème épique railleur de l’Antiquité grecque, la Lutte des grenouilles et des souris. Le burlesque apparaît pour la première fois au théâtre chez les auteurs grecs Aristophane et Euripide, et chez l’auteur romain Plaute.

En Angleterre, le burlesque se développe vers le début de la Renaissance ; son principal représentant est Geoffrey Chaucer. Les œuvres de Chaucer, celles de l’Espagnol Cervantès ou du Français Alain René Lesage ridiculisent le roman médiéval courtois, contribuant à créer et à entretenir la tradition picaresque.

Deux auteurs comiques, Molière et l’Anglais John Gay, s’illustrent dans le théâtre burlesque, à mi-chemin entre la commedia dell’arte et l’opéra bouffe. Et l’Anglais Samuel Butler offre un prolongement à cette veine dans son poème épique comique Hudibras.

Parmi les œuvres modernes, les Nouvelles insensées (1911), du Canadien Stephen Leacock, sont l’un des plus beaux exemples de burlesque léger. On trouve un brillant avatar du travestissement dans les opérettes françaises de Jacques Offenbach et dans les opérettes anglaises de sir William Gilbert et de sir Arthur Sullivan.

Aux États-Unis, le terme de burlesque s’applique à une certaine forme de spectacle de variétés, particulièrement populaire entre les deux guerres mondiales. Le burlesque américain se présente comme un mélange d’acrobaties et de vaudeville, lorsqu’il est introduit en 1868 par une compagnie de danseuses anglaises. Il se compose habituellement de trois parties : dans la première, une série de chansons et de sketches vulgairement drôles ; dans la seconde, un bouquet de numéros de variétés et, dans la troisième, des chœurs et des saynètes satiriques. Le final consiste habituellement en une représentation de danse exotique, sinon un match de boxe ou de catch.

Au début du XXe siècle, le genre évolue vers la comédie grivoise. Mais à mesure que le cinéma et la radio deviennent de plus en plus populaires – et le public plus exigeant -, l’intérêt pour le burlesque décline ; les spectacles sont victimes de la censure ou de pressions puritaines. Après avoir révélé des acteurs comme Fanny Brice ou Red Skelton, le burlesque va dès lors revenir à ses sources, pour devenir la principale source d’inspiration des grands comiques du cinéma muet américain (formés pour la plupart à l’école de Mack Sennett), mais aussi de cinéastes français comme René Clair et Jacques Tati.

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