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L’argumentation :
Les modes de raisonnement

Le dilemme

Définition et présentation

Le dilemme (du bas latin dilemma, ou du grec dilêmma) est un argument qui consiste à poser comme données deux propositions ou prémisses contradictoires, lesquelles doivent cependant conduire à la même conclusion opposée à l’adversaire réel ou imaginaire.

Exemple : Voici l’argument contre le mariage, si souvent cité : « La femme que l’on prend est belle ou elle ne l’est pas. Si elle est belle, elle se donne à tout le monde, et l’on est jaloux et malheureux. Si elle ne l’est pas, on ne peut pas la souffrir, et l’on est encore malheureux : donc il ne faut pas se marier. » On voit que cet argument est un double syllogisme, ou plutôt un double enthymème, puisque le principe général est presque toujours supprimé.

Plus largement, un dilemme est une nécessité dans laquelle se trouve une personne de devoir choisir entre deux termes ou propositions contradictoires et également insatisfaisants d’une alternative.

Finalement, on parle de dilemme cornélien (aussi désigné par l’expression choix cornélien) quand une situation est caractérisée par un conflit entre le sentiment et le devoir ou une autre valeur supérieure. Ce conflit entre l’ambition, ou l’honneur, le devoir, et l’amour crée chez les personnages des tragédies – surtout celles de Pierre Corneille – une véritable crise intérieure qui correspond au dilemme cornélien où quel que soit le choix, le résultat est toujours douloureux.

Exemple tiré du Cid : Rodrigue : « Il faut venger un père, et perdre une maîtresse, / […] Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme, / Ou de vivre en infâme, / Des deux côtés mon mal est infini. / Ô Dieu ! L’étrange peine ! » (v. 305, 307-10).

Avant d’aller plus loin…
  • Un enthymème est un syllogisme abrégé dans lequel on sous-entend l’une des deux prémisses ou la conclusion.
  • Une prémisse est chacune des deux propositions placées normalement au début d’un raisonnement et dont on tire la conclusion. Les deux premières prémisses s’appellent la majeure et la mineure.
  • Un argument disjonctif est un argument qui se fait par l’intermédiaire d’une particule ou d’une conjonction disjonctive (ou, soit que, tantôt… tantôt), qui isole deux éléments logiques.

Composition

Dans un dilemme dont l’expression est complète, il y a quatre propositions :

  • celle qui énonce la division du sujet ;
  • les deux propositions ou prémisses, dans lesquelles on énonce les conclusions partielles, relatives aux deux membres de l’alternative disjonctive ;
  • enfin la conclusion générale relative au tout.

Caractéristiques

Les rapports que le dilemme présente avec l’argument disjonctif  (qui se fait par ou, soit que, tantôt… tantôt) l’ont souvent fait confondre avec lui. Il s’en distingue cependant par les caractères suivants :

  • Le dilemme pose deux propositions ou prémisses contradictoires entre lesquelles il n’y a pas de choix possible, en ce sens que, quelle que soit celle que l’on choisisse, la conclusion sera la même. L’argument disjonctif présente bien aussi des propositions opposées, mais pour en choisir une à l’exclusion de l’autre ou des autres, et non pour montrer qu’elles conduisent toutes à une seule et même conclusion.
  • Dans le dilemme, les propositions contradictoires constituent la mineure ou l’expression des données. Dans l’argument disjonctif, au contraire, c’est la majeure qui est la proposition disjonctive, et la mineure est une proposition simple, expression du choix fait ou à faire nécessairement.

Usage et règles

De peu d’usage dans la science, le dilemme est particulièrement employé dans la discussion, où il présente à l’adversaire le choix de deux propositions contradictoires qui doivent conduire toutes deux à une conclusion défavorable pour lui. C’est pourquoi il est nécessaire que les deux propositions soient réellement contradictoires. Si elles ne sont que contraires, l’argument est sans valeur. Lors même que les deux propositions sont contradictoires, l’une d’elles n’est pas toujours l’expression exacte de la vérité. Il faut encore veiller à ce que chaque conclusion soit une conséquence nécessaire des prémisses, ce à quoi ne satisfait pas l’exemple cité. C’est donc moins les propositions que la réalité elle-même qu’il faut considérer, si l’on veut éviter que le dilemme soit retourné contre son auteur, ou, comme on dit, rétorqué.

Bref, pour qu’un dilemme soit exact, deux points sont nécessaires :

  1. Une parfaite énumération des différentes propositions du dilemme. Sinon, le dilemme sera défectueux ;
  2. Que le dilemme ne soit que contre l’adversaire seul et que celui qui le fait ne soit point exposé à le voir rétorquer contre lui.
  3. La majeure disjonctive doit être complète ; autrement l’adversaire réel ou imaginaire pourrait alléguer une autre hypothèse non énoncée et échapper ainsi à la conclusion.
  4. Il faut qu’entre chaque membre de la disjonctive et la conclusion il y ait un lien logique et nécessaire ; chaque membre de la disjonctive est la condition, et la conclusion, le conditionné. Entre la conclusion et le conditionné, il y a un lien logique et nécessaire, relation de cause à effet.

Considérons le dilemme suivant : « Si on s’abandonne à ses passions, c’est un état malheureux , parce qu’il est honteux. Si on les combat, c’est encore un état malheureux, parce qu’il n’y a rien de plus pénible qu’une lutte intérieure contre les passions. L’homme ne peut donc vivre heureux ici‑bas. » Au premier aspect, ce dilemme paraît bon, et pourtant la division sur laquelle il repose est défectueuse. Car entre l’homme qui s’abandonne à ses passions et celui qui leur résiste, il y a place pour le sage, qui, après avoir énergiquement réprimé ses passions, trouve le bonheur dans le souvenir de ses luttes honorables, et dans le sentiment de son repos présent.

Faux dilemme

Le dilemme contient une alternative à deux ou plusieurs termes différents ou contradictoires, menant à une même conclusion. Ce mode de raisonnement s’oppose à un autre qui est fallacieux ou trompeur, qui consiste à présenter deux solutions à un problème donné comme si elles étaient les deux seules possibles, alors qu’en réalité il en existe d’autres. Ce raisonnement fallacieux est un faux dilemme, appelé aussi exclusion du tiers, fausse dichotomie ou énumération incomplète.

Le faux dilemme est très commun en politique. Il est souvent caché dans des questions ou des affirmations trompeuses. Il est une erreur au niveau de la logique, où la personne utilise incorrectement l’argument disjonctif  (qui se fait par ou, soit que, tantôt… tantôt). Enfin, le faux dilemme vise à orienter sournoisement le choix de l’adversaire ou du destinataire (ou interlocuteur) en lui anéantissant toute autre alternative.

Exemples : La France, tu l’aimes ou tu la quittes. – Ceux qui ne seront pas avec nous seront contre nous. – Soit tu poursuis tes études, soit tu peineras toute ta vie.

Méthodes et techniques



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