I- Premier axe de lecture méthodique: L'expression de la diversité:
1. Les indications temporelles:
Le texte fait apparaître une grande variété d'adverbes répétés par groupes de deux: tantôt/tantôt, ores/ores, maintenant/maintenant, ou/ou, à cette heure/à cette heure. On peut associer à ce schéma la particule démonstrative à valeur temporelle me voilà/me voilà (l. 4-5). D'autres parallélismes
enfin s'ajoutent à cette structure binaire: à cette heure/une autre fois, à cette heure/quelquefois.
2. Une image du temps:
Tous ces couples de mots ont pour point commun d'exprimer le temps. Mais quel temps? Un temps stable et durable? L'observation précise de ces formes amène à constater qu'elles traduisent la succession, le balancement, le va-et-vient d'un état à l'autre. À travers ces répétitions et ces parallélismes
, s'expriment l'instabilité, le caractère fugitif, insaisissable d'un état ou d'un sentiment.
3. Une image de l'homme:
Ces repérages permettent alors de proposer une interprétation fondée: à l'aide de ses expériences les plus personnelles, Montaigne donne ici une certaine image de l'homme: il le peint en perpétuel changement; il souligne le mouvement qui l'anime. L'Homme est multiple et divers. En présentant cette image, le texte met en œuvre la fonction que Montaigne attribuait lui-même à son écriture: Je ne peins pas l'être. Je peins le passage: non un passage d'âge en autre [...] mais de jour en jour, de minute en minute (Essais, III, 2).

II- Deuxième axe de lecture méthodique: L'expression de la contradiction:
1. Le lexique:
L'observation du vocabulaire permet de distinguer de très nombreux termes antithétiques. On peut facilement classer ces oppositions selon qu'elles désignent:
une situation (à jeun/après le repas, tout faire/rien faire);
une attitude morale (honnête homme/renfrogné, mal plaisant, inaccessible);
une appréciation (rude/aisé, plus court/plus long, plaisir/peine);
un état psychologique (mélancolipue/colérique, chagrin/allégresse).
Toutes mettent en évidence une succession d'états contradictoires.
2. La fragilité de l'homme:
De ces termes antinomiques, se dégage la ligne de force du projet de Montaigne: donner l'image d'un homme multiple, jouet de tendances diverses et contraires. On peut alors interpréter le sens profond de ce passage. L'homme y est présenté comme un être incohérent, dont on ne peut rien savoir avec certitude. Une telle vision exprime la fragilité de l'homme et répond au scepticisme
de Montaigne.

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