| |
III- Manifestations de l'esprit philosophique :
Caracterisé par une entière confiance dans la raison humaine chargée de résoudre tous les problèmes et par une foi optimiste dans le progrès, l'esprit philosophique est un nouvel humanisme. Alors que la philosophie traditionnelle est avant tout orientée vers la théorie et l'abstraction, la philosophie, au XVIIIe siècle, s'intéresse essentiellement aux problèmes d'ordre politique, social et religieux. Prenant pour seul guide la raison, le philosophe considère que le droit de regard s'étend à tous les domaines, en vue de construire un monde éclairé. Ainsi, dans les sciences, la méthode expérimentale devient le critère de toute pensée juste. En politique, la monarchie absolue est remise en question au profit de systèmes politiques démocratiques. Les privilèges de la noblesse et du clergé sont contestés et les principes de liberté et d'égalité sont hautement proclamés. En religion, la plupart des philosophes croient en l'existence d'un Dieu créateur et moteur de l'univers mais ils rejettent les dogmes religieux qu'on ne peut prouver rationnellement et dénoncent toutes les formes de l'intolérance.
L'action des philosophes prend l'aspect d'un combat pour faire aboutir de grandes revendications humaines. Toute personne a droit à être reconnue au-delà des différences superficielles de pays et de race. Dans le Livre XV de L'Esprit des Lois, Montesquieu fait le procès de l'esclavage. Voltaire montrera, lui aussi, dans Candide toutes les misères liées à la condition des esclaves. La liberté de croyance et d'expression doit être reconnue et codifiée dans la constitution. Les philosophes dénoncent, par ailleurs, tous les procédés qui sont un défi à la raison, et donc une négation de la civilisation, en particulier, la guerre et la torture.

IV- Projets de société et littérature engagée :
À partir de 1734, Montesquieu considère qu'il a accumulé une expérience et une documentation suffisantes pour réaliser dans toute son ampleur, son ambition de penseur politique: il se consacre à l'œuvre de sa vie. L'Esprit des Lois (1748), où il établit un modèle de système politique fondé sur l'équilibre, la modération et la séparation des pouvoirs. S'il garde généralement la sérénité du savant, l'auteur ne cache pas ses préférences, au contraire, il marque constamment son mépris pour le despotisme et dénonce avec vigueur tous les abus.
Quant à Voltaire, il s'illustre quasiment dans tous les genres littéraires et son œuvre monumentale porte le sceau de son engagement. Dans les Contes, le Traité sur la Tolérance et le Dictionnaire philosophique, notamment, il dénonce les maux majeurs qui entravent la marche du progrès et le bonheur des hommes. Pour lui, l'adversaire des philosophes le plus dangereux et le plus détesté, c'est le fanatique, qu'il appelle également « l'Infâme ».
D'autres philosophes ont exercé une influence considérable sur leurs contemporains. C'est le cas de Rousseau qui fait le procès de la civilisation dans les deux Discours préférant à celle-ci l'état de nature. Dans son ouvrage, Du Contrat social, il examine les conditions d'un nouveau pacte social fondé sur le respect des droits naturels à l'égalité et à la justice.
L'esprit philosophique trouve son expression la plus achevée dans L'Encyclopédie (Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers), grande œuvre collective destinée à diffuser les Lumières. La direction de l'entreprise est confiée à Diderot qui lui consacre, pendant vingt ans, une grande partie de son activité. Diderot, aidé de toute une équipe de collaborateurs, parmi lesquels on trouve le mathématicien D'Alembert, Montesquieu, Voltaire et Rousseau, conçoit pour cette œuvre un dessein vaste et original ; d'abord dresser un tableau des connaissances scientifiques et techniques, et ensuite faire de l'ouvrage une arme de la lutte philosophique. Le retentissement des dix-sept volumes de l'Encyclopédie fut considérable et les derniers volumes, parus en 1772, s'achèvent sur un acte de foi dans l'avenir de l'humanité.
Ainsi, ce tourbillon des idées a affecté les différents genres littéraires. Il a même favorisé l'éclosion de nouveaux genres tels le discours, le dictionnaire, le conte philosophique. Vers 1780, la comédie avec Beaumarchais s'inscrit dans ce mouvement de contestation. Dans le Barbier de Séville (1775) et le Mariage de Figaro (1784) le mouvement et la verve du dialogue vont de pair avec la violence de la satire des mœurs et les allusions hardies à l'actualité.

V- Conclusion :
Certes, le XVIIIe siècle est marqué vers 1750 par l'émergence de la sensibilité préromantique, mais c'est le rationalisme critique qui va inspirer la Révolution de 1789. Des bouleversements définitifs ont été longuement préparés par les philosophes et l'on comprend que les révolutionnaires aient tenu, dans un hommage suprême, à placer les cendres de Voltaire et de Rousseau au Panthéon, temple des bienfaiteurs de la patrie.

|
|