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Babouchka française:
Le premier, La Fille d'un héros de l'Union soviétique, est finalement publié en 1990 chez Robert Laffont. Le deuxième, La Confession d'un porte-drapeau, est refusé plusieurs fois, et accepté chez Belfond en 1992, mais au prix d'une épreuve. En effet, l'éditeur lui demande d'apporter la version initiale pour peaufiner quelques « formulations mal traduites ». Makine tente une échappatoire: il vient avec un texte écrit en cyrillique, et fait mine de se reporter scrupuleusement, page après page, aux phrases russes correspondant aux incertitudes de l’éditeur. Il croit être sorti d'affaire... quand la maison lui fait savoir qu'elle souhaiterait faire revoir la traduction à I'extérieur. Alors, Makine traduit intégralement son roman du français en russe. Une véritable torture, car il lui manque des correspondances, des mots français qui n'ont pas d'équivalents en russe. Et au bout de trois semaines, il revient décavé et hagard chez Belfond porter le soi-disant manuscrit original. Dans les librairies parisiennes, Andreï Makine constate d'ailleurs que ses deux romans sont classés au rayon « Europe de l'Est », entre Lermontov et Pasternak. Il décide de signer ouvertement en français. Suivent Au temps du fleuve amour (éd. du Félin, 1994) et Le Testament français, roman très autobiographique, hymne à la civilisation française et évocation d'un passé chargé d'émotions, dont le triomphe sera vécu comme une victoire posthume de son éditrice, Simone Gallimard, morte peu de jours avant le vote des Goncourt, et qui avait énormément cru à ce texte. Le Testament français évoque la vie de sa babouchka, Charlotte Lemonnier, née à Paris au début du siècle, qui se retrouve égarée dans la steppe russe, extraterrestre en Sibérie, mariée à un juge du peuple dans l'empire de Staline. Cette femme enchanteresse se laisse parfois conduire au bord des larmes: lorsque son petit-fils la pousse à remonter le fil de sa mémoire. Ses souvenirs d’en France sont pour le gamin une mine de trésors fous. Ce qu'elle raconte est inimaginable pour un familier des mornes rives de la Volga: cailles de vigne à la Lucullus, dandys et princesses de la Chaussée-d'Antin, Marcel Proust jouant au tennis sur le boulevard Bineau! Les merveilles de cette Atlantide tricolore sont hélas altérées, au fil des ans; par d'autres révélations: blessures familiales, secrets maternels, cauchemars légués par Béria, la satrape de Staline au harem de femmes violées. Russe ou français, à quel héritage faut-il rester fidèle? s'interroge le narrateur qui, on l'a vu, a choisi la langue « d'étonnement », de délices et de tourments qui le berça dès son enfance.
Une isba dans les Landes:
Couronné du Goncourt, Andreï Makine devient évidemment la proie des médias qui découvrent un homme pauvre, vivant dans une minuscule chambre de la butte Montmartre, un barbu qui confie qu'il était en train de scier du bois lorsque Simone Gallimard l'a appelé pour lui annoncer qu'elle voulait le publier: il s'est construit dans les Landes une isba, loin des bruits germanopratins. II a publié depuis Le Crime d'Olga Arbélina (Mercure de France, 1998), récit échevelé ou se mêlent chimères théâtrales, scènes primitives et liens refoulés, au gré de phrases sortilèges, liturgies de réminiscences, flashback cultivant l'envoûtement visuel et le romanesque pâmé. Puis Requiem pour l'Est (Mercure de France, 2000), une fresque d'espionnage, un pamphlet contre tes horreurs de la guerre, courant de la Russie à l'Afrique; et La Musique d'une vie (Seuil, 2001), histoire d'un jeune pianiste russe sous la dictature soviétique.


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