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II- Œuvres de Marivaux:
1. Théâtre:
Parce qu'elle montre une éblouissante maîtrise des dialogues, tout en subtilités et légèreté, et parce qu'elle s'attache principalement à décrire sur un ton parfois badin les tourments de l'amour naissant, l'œuvre théâtrale de Marivaux a été hâtivement qualifiée de « précieuse ». Le terme de « marivaudage », par lequel on désigne désormais toute expression mièvre, raffinée ou affectée du sentiment, s'avère être un abus de langage si l'on reconnaît le désir et non pas le sentiment comme la motion première de la dramaturgie amoureuse de Marivaux. Cette équivoque du propos, ce jeu sur le double sens des mots, à partir desquels on définit généralement la manière de Marivaux, témoigne du désir en tant que manifestation corporelle irrépressible, qui toujours cherche à advenir dans la réalité de l'échange. Tout dans cette économie libidinale, y compris le langage, doit se présenter sous les agréments d'un voile ou d'un déguisement.
La plupart des quarante comédies que l'on doit à Marivaux, parmi lesquelles la Surprise de l'amour (1722), la Double Inconstance (1723), le Prince travesti (1724), la Fausse Suivante (1724), le Jeu de l'amour et du hasard (1730), le Triomphe de l'amour (1732), l'Heureux Stratagème (1733) et les Fausses Confidences (1737), exploitent le thème du masque et du déguisement: grande dame déguisée en suivante, prince travesti amoureux d'une servante qui n'en est pas une. Les intrigues multiplient les effets de miroir, les symétries et les renversements entre le monde des maîtres et le monde des serviteurs.
L'essentiel de la dramaturgie de Marivaux tourne autour d'une interrogation sur les jeux de l'être et du paraître, les pièges de la sincérité et ceux du mensonge. Les ruses du langage, de l'amour et de l'amour-propre, les subtiles dissertations sentimentales des personnages sont la matière même de l'intrigue . Par l'emploi éminemment théâtral qu'il fait des thèmes du déguisement et du masque, Marivaux se place dans le droit fil de la tradition italienne de la commedia dell'arte et de la tradition espagnole du romanesque baroque, à ceci près que le masque joue dans son théâtre le rôle de révélateur et qu'il est préoccupé, à travers le jeu même, par la recherche de la vérité.
Le théâtre de Marivaux n'est pourtant pas celui d'un moraliste uniquement soucieux de dévoiler les moyens tactiques et stratégiques du désir amoureux; il prolonge également une réflexion, déjà engagée dans son œuvre romanesque, sur des problèmes sociaux tels que la hiérarchie des conditions (l'Île des Esclaves, 1725), l'égalité des hommes et des femmes (la Colonie, 1750) ou la distance sociale réelle ou fictive entre deux amants (la Dispute, 1744).

2. Romans:
L'œuvre romanesque de Marivaux comprend deux récits inachevés dans lesquels les protagonistes narrent rétrospectivement leur existence, la Vie de Marianne (1731-1741) et le Paysan parvenu (1734-1735).
Le Paysan parvenu se rattache à la veine picaresque, dont procédait aussi le Télémaque travesti (récit parodique écrit en 1714, publié en 1735). La Vie de Marianne, en revanche, s'apparente au roman sentimental: l'héroïne, orpheline noble réduite à une condition inférieure à celle qui aurait dû être la sienne, connaît de multiples épreuves. Mais la légèreté et la spontanéité du ton, comparables à celles des œuvres dramatiques, mettent à distance le pathétique propre au romanesque sentimental du XVIIIe siècle: l'actualité de ce récit de Marivaux réside précisément dans sa virtuosité verbale.

Marivaux
Mon coeur est fait comme celui de tout le monde. De quoi le vôtre s'avise-t-il de n'être fait comme celui de personne? (Le jeu de l'amour et du hasard)
Va, dans ce monde, il faut être un peu trop bon pour l'être assez. (le Jeu de l'Amour et du Hasard)
On ne doit pas avoir faim quand on est affligé. (Le Paysan parvenu)
Chez certains gens, un habit neuf, c'est presque un beau visage.
Quand l'amour parle, il est le maître. (Les Fausses Confidences)
Rien ne rend si aimable que de se croire aimé. (Le Paysan Parvenu)
Avant notre connaissance, votre dot valait mieux que vous; à présent, vous valez mieux que votre dot. (Le Jeu de l'Amour et du Hasard)
On ne met rien dans son coeur; on y prend ce qu'on y trouve. (Le Dénouement Imprévu)
C'est un vilain amant qu'un homme qui vous désire plus qu'il ne vous aime. (La Vie de Marianne)
L'usage le plus digne qu'on puisse faire de son bonheur, c'est de s'en servir à l'avantage des autres. (L'Ile de la Raison)
Cueillez la grappe pendant qu'elle pend, on ne fait pas toujours vendange. (Le Prince Travesti)
Nous marier? Des gens qui s'aiment! (Le Petit Maître Corrigé)
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