II- Comment un mouvement se fait-il connaître ?
1. Par une communauté d'écrivains et d'artistes :
La dimension collective du mouvement littéraire se manifeste à travers :
des ouvrages communs (comme l'Encydopédie pour les « philosophes » du XVIIIe siècle) ;
des revues (comme La Révolution surréaliste dans les années 1920) ;
des cénacles (cercles d'écrivains à l'époque romantique) ou des réunions régulières (comme à Médan, autour de Zola, à l'époque du naturalisme).

2. Par des textes fondateurs :
Un mouvement s'affirme par des textes qui définissent sa spécificité - préfaces
, manifestes, essais, œuvres majeures. On peut citer par exemple Défense et illustration de la langue francaise de Du Bellay (1549), qui présente les idées nouvelles du groupe de la Pléiade; Le Roman expérimental de Zola (1880), qui expose les thèses du Naturalisme ; ou encore les Manifestes du surréalisme d'André Breton (1924 et 1929).
Hugo définit l'esthétique romantique dans ses préfaces (des Odes et ballades en 1826; de Cromwell en 1827) ; il la fait connaître aussi par son théâtre (la représentation d'Hernani, en 1830, tourne à la « bataille » contre les partisans de la tradition); et il proclame dans ses poèmes l'idéal romantique du poète « mage » et « prophète ».

3. Par des formes dominantes :
Chaque mouvement cultive un genre littéraire privilégié :
le Classicisme porte à la perfection l'art de la tragédie (Corneille, Racine) ;
les Lumières explorent toutes les possibilités de la prose argumentative : essais, dialogues, contes philosophiques (Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Diderot) ;
le romantisme s'épanouit dans la poésie lyrique, et imagine dans le drame un dépassement de l'opposition entre tragédie et comédie
;
le Réalisme et le Naturalisme donnent tout leur essor aux genres narratifs (Balzac, Zola, Maupassant), tandis que le symbolisme au contraire, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, entend remettre la poésie au premier plan (Mallarmé).

4. Par son nom :
Un mouvement littéraire reçoit rarement dès son époque le nom que lui donnera la postérite. Le mot « classicisme » apparaît vers 1820 chez les adversaires du Romantisme, longtemps après l'époque, le XVIIe siècle, dont ils se veulent les héritiers. Le mot « réalisme » naît pour désigner un projet littéraire, vers 1850, au moment où meurt Balzac.
À l'inverse, les naturalistes et les surréalistes ont revendiqué et précisé eux-mêmes l'étiquette par laquelle on les désigne.
Ces appellations ont pris aujourd'hui un sens plus large, au-delà d'une période délimitée, pour caractériser un style, un tempérament : baroque peut s'applique à une œuvre caractérisée par le désordre et la démesure ; classique, au contraire, peut qualifier un texte sobre et clair, ou encore tout chef-d'œuvre consacré par la tradition; romantique se dit de l'exaltation lyrique de la nature, de la soif d'absolu...

III- Les mouvements dans l'Histoire :
1. La succession des mouvements :
Les grands mouvements littéraires et culturels se succèdent dans le temps, selon des périodes que l'on peut dater: l'Humanisme au milieu du XVIe siècle (1530-1570) ; le Baroque vers 1570-1650 ; le Classicisme de 1650 à 1700 ; les Lumières de 1720 à 1770 ; le Romantisme de 1820 à 1850 (pour la France) ; le Réalisme et le Naturalisme de 1830 à 1890 ; le Surréalisme vers 1920-1940, à la suite du mouvement Dada né en 1916.
Le Naturalisme, qui prolonge le Réalisme dans les années 1870-1890, succède effectivement au romantisme : Zola conteste à Hugo le droit d'incarner le siècle après la fin du Romantisme. L'école naturaliste, vers 1880, ne règne pas seule sur le monde des lettres: chaque époque, plusieurs sensibilités, plusieurs tendances coexistent.

2. L'opposition des mouvements :
L'histoire des mouvements littéraires est faite de conflits, de querelles parfois vives: chaque nouvelle esthétique, pour se faire reconnaître, doit souligner sa différence.
Le Classicisme s'affirme comme école du bon goût et du naturel, opposés aux excès et aux artifices du Baroque.
Le Romantisme oppose la liberté et l'imagination aux principes classique: de l'imitation, qui ont encore leurs partisans au début du XIXe siècle.
Le Réalisme, dans le roman, entend montrer la société réelle, sans les embellissements idéalistes du Romantisme ; mais les romanciers considérés comme fondateurs du réalisme, Stendhal et Balzac, sont aussi représentatifs de la génération romantique de 1830.
Le courant de l'Art pour l'Art, qui voit le jour avec les poètes parnassiens vers 1850, rejette par son formalisme l'idée romantique d'une fonction sociale de la littérature, mais aussi une certaine vulgarisation de la pratique littéraire chez les réalistes.
Il ne faut donc pas réduire une grande œuvre au mouvement dont elle serait l'illustration: un auteur peut évoluer d'un mouvement à l'autre, ou échapper à toute école. Mais les groupes d'écrivains jouent un rôle important dans le débat qui anime la vie culturelle autant que dans la relecture et l'interprétation des mouvements du passé

IV- Gros plan sur les mouvements littératures :

:: Coup de cœur
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