III- Gallicismes dans l'association singulière des mots
En changeant tout à fait le sens des termes, produisent souvent des gallicismes.
Ainsi le même adjectif, mis avant ou après son substantif, exprime des idées différentes ; il y a loin d'un bon homme à un homme bon ; d'un galant homme à un homme galant ; d'un brave homme à un homme brave ; d'une sage femme à une femme sage ; d'une certaine nouvelle à une nouvelle certaine.
Le mot « autre » perd sa signification étant joint à « nous » ou à « vous » : vous autres, nous autres.

IV- Les gallicismes de figures
Ils sont très nombreux, quoiqu'on ne doive y comprendre que les expressions figurées, employées dans l'usage commun de la langue, et non celles qui pourraient être autorisées seulement par des exemples particuliers. C'est une figure bien hardie, et particulière à notre idiome, que celle qu'on emploie tous les jours, en disant : comment vous portez-vous ? il se porte mal, pour dire comment est votre santé ? sa santé est mauvaise.
Les expressions figurées qui forment des gallicismes sont tirées plus généralement d'anciens usages qui nous étaient vraisemblablement plus familiers qu'aux autres nations, comme les tournois, la chasse, le jeu de la paume, etc. Ainsi, on dit rompre en visière à quelqu'un, pour dire l'attaquer, le contredire avec aigreur et avec emportement sur ses opinions, ses prétentions, etc. ; parce qu'il n'était pas permis, dans les joutes ni dans les tournois, de frapper à la visière de son adversaire.
Être à bout , à bout de voie, sont des termes de chasse. Servir sur les deux toits, donner dans le travers, friser la corde, sont des termes de la paume.
Il y a des figures, même très hardies, dont l'emploi dans la langue commune ne peut s'expliquer. Nous en avons surtout tiré un grand nombre des verbes qui sont d'un usage plus ordinaire; tels que être, avoir, faire, aller, venir, entrer, sortir, perdre, gagner, etc.
Nous ne citerons que les expressions suivantes : être au fait des usages, d'une aventure ; faire la barbe ; faire les ongles ; sortir d'une maladie ; perdre un objet de vue ; gagner une maladie ; se mettre à rire, à dormir ; etc.

V- Les gallicismes de construction
Ils sont aisés à reconnaître, parce qu'ils sont tous, dans certaines constructions, contraires aux règles ordinaires de la syntaxe ; d'autres sont des ellipses ; quelques-uns ne peuvent être attribués qu'aux inexplicables bizarreries de l'usage.
Il y a, pour dire, il est, il existe, est un gallicisme qui se reproduit dans beaucoup de phrases : il y avait autrefois un roi, il y a deux ans que je ne l'ai pas vu, etc.
Il n'est rien moins que généreux, pour dire, il n'est point généreux; vous avez beau dire, sont encore des gallicismes.

VI- L'emploi des gallicismes
On doit distinguer, relativement au style, trois sorte de gallicismes.
La première est celle des gallicisme que le registre soutenu et littéraire admet, parce qu'ils communiquent au style de l'énergie, de la grâce et de la variété.
La deuxième est celle des gallicismes qui ne conviennent qu'au style léger, familier et badin.
La troisième enfin est celle de ces gallicismes qu'on ne trouve employés que dans le style burlesque , bas et populaire. De ce genre sont une infinité d'expressions proverbiales.
L'emploi des gallicismes est moins fréquent à mesure que le registre de langue est plus élevé ; on n'en trouve q'un très petit nombre dans le poème épique, dans la tragédie et dans le discours sur de grands objets. Mais on les trouve en abondance dans les comédies , dans les poèmes sur des sujets plaisants.

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