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III- Distinguer les mots où le « h » est aspiré de ceux où il est muet ?
Il serait à souhaiter que l'on eût quelques règles générales pour distinguer les mots où l'on aspire la lettre « h » de ceux où elle est muette.
Vaugelas2 et Restaut3 pensent que, dans tous les mots qui commencent par un « h », et qui sont dérivés du grec ou du latin, le « h » ne s'aspire point, et que c'est précisément le contraire dans tous les mots dont l'origine est barbare ; mais, comme cette règle n'est rien qu'infaillible et générale ; comme d'ailleurs il doit paraître singulier qu'il faille étudier à fond le grec ou le latin, pour savoir comment il faut prononcer un mot de la langue française.
En tout cas, voici la règle exacte donnée par l'Académie française :
« Le « h » n'a aucun son, et ne s'aspire point dans la plupart des mots qui viennent du latin et qui ont un « h » initial comme hablie, habitude, etc. Il faut excepter de cette règle plusieurs mots tels que haleter, hennir, etc. Il n'a pareillement aucun son dans certains mots français qui ont un « h » initial, quoiqu'il n'y en ait pas dans le latin d'où ils viennent comme huile, huître, etc. Il s'aspire au commencement des autres mots français qui viennent des mots latins sans « h » comme hache, haut, etc., ainsi que dans tous les mots qui ne sont pas tirés du latin. »
Mais ces règles sont, et difficiles à saisir, et sujettes à beaucoup d'exceptions. « Il est plus court, dit l'abbé d'Olivet4, et plus sûr de rapporter une liste des mots qui s'aspirent au commencement, au milieu, ou à la fin. »

IV- Liste des mots les plus usités dans lesquels le « h » est aspiré :
Ha !
Hâbler (et ses dérivés)
Hache
Hacher
Hachette
Hachis
Hachisch, hachich, hashich
Hachoir
Hachure
Hagard
Haie
Haillon
Haine (et ses dérivés)
Haïr
Haire
Halage
Halbran
Halbrener
Hâle (et ses dérivés)
Halener
Haletant, haleter
Haleur
Hall
Hallage
Hallali
Halle
Hallebarde
Hallier
Halo
Hâloir
Halot
Halotechnie
Halte
Hamadryade
Hameau
Hampe
Han
Hanche
Hand-ball
Handicap, handicaper
Hangar
Hanneton
Hanse
Hanter
Hantise |
Happe
Happelourde
Happer
Haquenée
Haquet
Haquetier
Hara-kiri
Harangue (et ses dérivés)
Haras
Harasser
Harceler
Harde
Harder (se)
Hardes
Hardi (et ses dérivés)
Harem
Hareng
Harengère
Harengerie
Hargneux, se hargner
Haricot
Haridelle
Harnachement
Harnacher
Harnais, harnois
Haro
Harpagon
Harpe (et ses dérivés)
Harpeau
Harper
Harpie
Harpon
Harponner
Harponneur
Hart
Hasard (et ses dérivés)
Hase
Hâte (et ses dérivés)
Hâtereau
Hâtier
Hâtille
Hâtive
Hauban
Haubaner
Haubert |
Hausse (et ses dérivés)
Hausse-col
Haut (et ses dérivés)
hautain (et ses dérivés)
Hautbois
Haut-de-chausse(s)
Haute-contre
Haute-cour
Haute-futaie
Haut-fond
Haut fourneau
Haut-la-main
Haut-le-cœur
Haut-le-corps
Haute lice
Haut mal
Haute paye
Haut-parleur
Hautesse
Hauturier, hauturière
Hâve
Havane
Havir
Havre
Havre-sac (ou havresac)
Hé !
Heaume
Héler
Hem !
Hennir
Hennissement
Henri
Henriade
Héraut
Hère
Hérisser
Hérisson
Herniaire
Hernie
Hernieux
Héron
Héros
Herse (et ses dérivés)
Hêtraie
Hêtre |
Heurter (et ses dérivés)
Heurtoir
Hi, hi !
Hibou
Hic
Hideur
Hideusement
Hideux
Hiérarchie (et ses dérivés)
Hie
High-life
Hile
Hisser
Ho !
Hobereau
Hoc
Hoche
Hochement (et ses dérivés)
Hochepot
Hochequeue
Hocher
Hochet
Holà !
Hold-up
Hollandais
Hollande
Homard
Hongre
Hongrois
Honte (et ses dérivés)
Hoquet
Hoqueton
Horde
Horion
Hors
Hors-bord
Hors-d'œuvre
Hors-jeu
Hors-la-loi
Hors-série
Hotte
Hottée
Hottentot
Houblon (et ses dérivés)
Houe |
Houille (et ses dérivés)
Houle
Houlette
Houleux
Houppe
Houppelande
Hourdage
Hourder
Houri
Hourra
Hourvari
Houseaux
Houspiller
Houssage
Houssaie
Housse (et ses dérivés)
Houssine
Houssoir
Houx
Hoyau
Hublot
Huche
Hue !
Huée (et ses dérivés)
Huguenot
Huhau
Huit (et ses dérivés)
Hulotte
Humer
Hune
Hunier
Huppe
Hure
Hurlement
Hurler
Hurluberlu
Hussard
Hutte
Hutter (se)
Hyacinthe
Hyalin |

V- Observations et remarques :
Le « h » conserve l'aspiration dans tous les mots qui sont composés de ceux nomenclaturés ci-dessus, tels que déharnacher, enhardi et ses dérivés, enharnacher, aheurtement, etc. Cette lettre fait alors l'effet du tréma, et sert à annoncer que la voyelle qui la suit ne s'unit pas en diphtongue à la voyelle qui la précède. On en excepte exhausser, exhaussement, qui sont sans aspiration, quoique former de hausser, haussement, où le « h » est aspiré. (L'Académie française, Restaut3, Wailly5, Domergue6)
On ne doit excepter aussi que les dérivés de héros, qui sont tous sans aspiration. Ce sont : héroïde, héroïne, héroïque, héroïquement, héroïsme.
La lettre « h » est ordinairement aspirée lorsqu'elle se trouve au milieu d'un mot entre deux voyelles comme dans cohue, aheurter, ahan. (Le Dictionnaire de l'Académie française)
À la fin des mots, il n'y a aspiration que dans ces trois interjections : ah ! eh ! oh !
« H » ne change rien à la prononcitation du « t ».
La lettre « h » est presque toujours aspirée dans les noms de pays et de villes : le Hainaut, la Hongrie, la Hollande, Hambourg, etc. Cependant le « h » n'est point aspiré dans les phrases suivantes : toile d'Hollande, fromage d'Hollande, eau de la reine d'Hongrie, où un usage fréquent a effacé l'aspiration. (Restaut3, Wailly5, Chapsal7, Gattel8 et Catineau9)
« Toutefois, comme le dit Jean-Charles Nodier10, cet usage est celui des blanchisseuses et de l'office, et il ne devrait pas faire loi au salon. »
Onze, oui, quoique ne commençant point par un « h », se prononcent avec aspiration : de onze enfants qu'ils étaient, il n'en est resté que six ; de vingt, il n'en est resté que onze - le oui et le non. (L'Académie française)
Dumarsais11 croit que si l'on écrit et l'on prononce le onze, c'est pour ne pas confondre l'onze avec l'once ; que si l' « e » ne s'élide pas devant le oui, c'est pour éviter l'équivoque de l'ouïe et de Louis, et aussi pour mettre une symétrie entre le non et le oui.
L'« o » n'est pas toujours aspiré dans onzième ; on dit le onzième et l'onzième. L'Académie française, Féraud12, Gattel8, Wailly5, et les écrivains ont formellement admis les deux prononciations. Vaugelas2 condamne le onzième. Aujourd'hui, on dit plus souvent le onzième que l'onzième.
Les consonnes après lesquelles on emploie la lettre « h » sont c, l, p, r, t.
On aspire Henri dans le discours soutenu, mais on ne peut pas l'aspirer dans la conversation.
Bien des personnes n'aspirent pas le « h » dans huguenot, mais c'est une faute ; l'Académie française y marque l'aspiration.
Autrefois on prononçait hésiter avec aspiration. D'après l'usage actuel, il n'y a plus d'aspiration.
Quelques Grammairiens ne veulent point qu'il y ait une vraie aspiration dans huit ; mais c'est sans fondement, puisqu'on écrit et on prononce, sans élision1 ni liaison13 : le huit, les huit volumes, le ou la huitième, du ou de la huitième, à la huitième ; l'Académie française ne laisse aucun doute sur l'aspiration de ce mot et de ses dérivés. Cependant dix-huit, vingt-huit se prononcent di-zuit, vingt-huit.
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Notes
1. L'élision : Elle consiste en l'effacement d'une voyelle en fin de mot devant la voyelle débutant le mot suivant.
2. Claude Favre, seigneur de Vaugelas : Traducteur, linguiste et grammairien français (1585-1650) qui contribua par ses travaux à « régler » la langue.
3. Pierre Restaut (1696-1764) est un grammairien français. Principes généraux et raisonnés de la Grammaire française (1730) fit sa réputation. Restaut revit la quatrième édition du Traité de l'orthographe française en forme de dictionnaire, connu sous le nom de Dictionnaire de Poitiers.
4. Pierre-Joseph Thoulier d'Olivet, dit l'abbé d'Olivet, né à Salins le 1er avril 1682 et mort à Paris le 8 octobre 1768, est un homme d'Église, grammairien et traducteur français. Il édita les œuvres d'un certain nombre d'auteurs français. Il connut Boileau et compta Voltaire parmi ses élèves. Il collabora au Dictionnaire de l'Académie française. 
5. Noël-François De Wailly est un grammairien et lexicographe français né à Amiens le 31 juillet 1724 et mort à Paris le 7 avril (ou le 18 avril) 1801. Il publia les Principes généraux et particuliers de la langue française (1754) qui révolutionnèrent en France l'enseignement de la grammaire. Parmi ses ouvrages, on trouve L'Orthographe des dames (1782) et le Nouveau Vocabulaire français, ou abrégé du dictionnaire de l'Académie (1801). Il collabora activement au dictionnaire de l'Académie publié en 1798. 
6. François-Urbain Domergue, né à Aubagne le 24 mars 1745 et mort à Paris le 29 mai 1810, est un grammairien et journaliste français. Il est élu membre de l'Académie française en 1803 et participe à la commission du Dictionnaire de l'Académie. De ses ouvrages, on trouve Grammaire françoise simplifiée, ou Traité d'orthographe, avec des notes sur la prononciation et la syntaxe, des observations critiques et un nouvel essai de prosodie (1778), Grammaire générale analytique (1798-99), Exercices orthographiques, où les faits précèdent les règles (1810).
7. Charles-Pierre Chapsal, né à Paris en 1787 et mort en 1858, est un grammairien français, ancien maire de Joinville-le-Pont. Son ouvrage principal est une Nouvelle Grammaire française avec Exercices, en collaboration avec François Noël, ouvrage plus complet et plus logique que la Grammaire de Charles François Lhomond, et qui eut un rapide et légitime succès. 
8. Claude-Marie Gattel, auteur du Dictionnaire universel de la langue française : avec prononciation figurée, Lugné et Cellard, 1827. 
9. Pierre-Marie-Sébastien Catineau-Laroche, né à Saint-Brieux le 25 mars 1772 et mort en 1828, fut imprimeur à Paris de 1799 à 1804, inspecteur des Douanes en Illyrie en 1810. Auteur du Nouveau dictionnaire de poche de la langue française, avec la prononciation, composée sur le système orthographique de Voltaire (1802). 
10. Charles Nodier, né Jean-Charles-Emmanuel Nodier à Besançon le 29 avril 1780 et mort le 27 janvier 1844 à Paris, est un académicien et écrivain romancier français à qui l'on attribue une grande importance dans la naissance du mouvement romantique. 
11. César Chesneau, sieur Dumarsais ou Du Marsais, né à Marseille le 17 juillet 1676 et mort à Paris le 11 juin 1756, est un grammairien et philosophe français. De ses ouvrages, on trouve Traité des Tropes (1730), Méthode raisonnée pour apprendre la langue latine (1722), Principes de grammaire (1769). 
12. Charles Nodier, né Jean-Charles-Emmanuel Nodier à Besançon le 29 avril 1780 et mort le 27 janvier 1844 à Paris, est un académicien et écrivain romancier français à qui l'on attribue une grande importance dans la naissance du mouvement romantique. 
13. La liaison : il s'agit du fait qu'on prononce une consonne finale, normalement muette dans un mot pris isolément, si le mot suivant commence par une voyelle. 
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