| |
II- Les rectifications de l'orthographe:
1. Le tréma:
Le tréma interdit qu'on prononce deux lettres en un seul son (exemple: lait mais naïf). Il ne pose pas de problème quand il surmonte une voyelle prononcée (exemple: maïs), mais déroute dans les cas où il surmonte une voyelle muette (exemple: aiguë): il est souhaitable que ces anomalies soient supprimées. De même l'emploi de ce signe doit être étendu aux cas où il permettra d'éviter des prononciations fautives (exemples: gageure, arguer).

2. L'accent grave ou aigu sur le e:
L'accent aigu placé sur la lettre e a pour fonction de marquer la prononciation comme « e fermé », l'accent grave comme « e ouvert ». Il est nécessaire de rappeler ici les deux règles fondamentales qui régissent la quasitotalité des cas:
Première règle:
La lettre e ne reçoit un accent aigu ou grave que si elle est en finale de la syllabe graphique: é/tude mais es/poir, mé/prise mais mer/cure, inté/ressant mais intel/ligent, etc.
Cette règle ne connaît que les exceptions suivantes:
l's final du mot n'empêche pas que l'on accentue la lettre e qui précède: accès, progrès (avec s non prononcé), aloès, herpès (avec s prononcé), etc.;
dans certains composés généralement de formation récente, les deux éléments, indépendamment de la coupe syllabique, continuent à être perçus chacun avec sa signification propre, et le premier porte l'accent aigu.
Exemples: télé/spectateur (contrairement à téles/cope), pré/scolaire (contrairement à pres/crire), dé/stabiliser (contrairement à des/tituer), etc.
Deuxième règle:
La lettre e ne prend l'accent grave que si elle est précédée d'une autre lettre et suivie d'une syllabe qui comporte un e muet. D'où les alternances: aérer, il aère ; collège, collégien ; célèbre, célébrer ; fidèle, fidélité ; règlement, régulier ; oxygène, oxygéner, etc. Dans les mots échelon, élever, etc., la lettre e n'est pas précédée d'une autre lettre.
À cette règle font exception: les mots formés à l'aide des préfixes dé- et pré- (se démener, prévenir, etc.) ; quelques mots, comme médecin, ère et èche.
L'application de ces régularités ne souffre qu'un petit nombre d'anomalies (exemples: un événement, je considérerai, puissé-je, etc.), qu'il convient de réduire.

3. L'accent circonflexe:
L'accent circonflexe représente une importante difficulté de l'orthographe du français, et même l'usage des personnes instruites est loin d'être satisfaisant à cet égard.
L'emploi incohérent et arbitraire de cet accent empêche tout enseignement systématique ou historique. Les justifications étymologiques ou historiques ne s'appliquent pas toujours: par exemple, la disparition d'un s n'empêche pas que l'on écrive votre, notre, mouche, molte, chaque, coteau, moutarde, coutume, mépris, etc., et à l'inverse, dans extrême par exemple, on ne peut lui trouver aucune justification. Il n'est pas constant à l'intérieur d'une même famille: jeûner, déjeuner ; côte, coteau ; grâce, gracieux ; mêler, mélange ; icône, iconoclaste, ni même dans la conjugaison de certains verbes (être, êtes, était, étant). De sorte que des mots dont l'histoire est tout à fait parallèle sont traités différemment: mû, mais su, tu, vu, etc. ; plaît, mais tait.
L'usage du circonflexe pour noter une prononciation est loin d'être cohérent: bateau, château ; noirâtre, pédiatre ; zone, clone, aumône ; atome, monôme. Sur la voyelle e, le circonflexe n'indique pas, dans une élocution normale, une valeur différente de celle de l'accent grave (ou aigu dans quelques cas): comparer il mêle, il harcèle ; même, thème ; chrême, crème ; trêve, grève ; prêt, secret ; vêtir, vétille. Si certains locuteurs ont le sentiment d'une différence phonétique entre a et â, o et ô, è ou é et ê, ces oppositions n'ont pas de réalité sur les voyelles i et u (comparer cime, abîme ; haine, chaîne ; voûte, route, croûte ; huche, bûche ; bout, moût, etc.) L'accent circonflexe, enfin, ne marque le timbre ou la durée des voyelles que dans une minorité des mots où il apparaît, et seulement en syllabe accentuée (tonique) ; les distinctions concernées sont elles-mêmes en voie de disparition rapide.
Certes, le circonflexe paraît à certains inséparable de l'image visuelle de quelques mots et suscite même des investissements affectifs (mais aucun adulte, rappelons-le, ne sera tenu de renoncer à l'utiliser).

|
|