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Auteurs français

Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais

1732 – 1799

Sa vie et son œuvre
Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais

Paul-Constant Soyer (1823-1903) Portrait de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, d’après Jean-Baptiste Greuze, 1895 (Versailles, Musée du Château).

Pierre-Augustin Caron, né en 1732 d’un père horloger, refuse d’apprendre le métier paternel, puis se ravise, invente même un mécanisme d’horlogerie, devient horloger de la cour, puis maître de harpe des filles de Louis XV ; il prend le nom de Beaumarchais, acquiert une charge à la table du roi, et se transforme en financier.

En 1764, il est à Madrid, y fait d’étonnants projets de commerce mêlés d’intrigues politiques, hérite en partie les biens du financier Pâris Duverney, ce qui l’entraîne dans un procès de huit ans. Il se défend avec acharnement, en utilisant sans scrupule tous les moyens possibles, et en rédigeant contre le conseiller Goezman, son adversaire, des Mémoires aussi brillants que vigoureux.

En 1775, il fait jouer le Barbier de Séville qui, après un premier échec, connaît bientôt le triomphe avec une légère modification de la composition. Sa vie est toujours aussi aventureuse et dispersée. Il vend des armes en Amérique, fonde la Société des Auteurs Dramatiques, se bat contre la censure, et fait jouer en 1784 le Mariage de Figaro qui connaît un très grand succès. Pendant la révolution, il compose un drame moralisateur, part pour l’étranger, revient à Paris, reconstitue sa fortune et meurt en 1799.

Au cours de cette vie irrégulière et romanesque, Beaumarchais réussit à composer plusieurs pièces, en accord avec son Essai sur le genre dramatique sérieux, vertueuses et exemplaires ; mais le Barbier de Séville et le Mariage de Figaro les surclassent toutes. Beaumarchais s’y laisse aller à une hardiesse dans la satire sociale et politique, qui nous rappelle celle de Diderot dans le domaine philosophique et religieux, et celle de Laclos, en ce qui concerne les mœurs mondaines et la vie de société. L’amertume de la satire y est voilée par le torrent de la verve et du rire qui est le mouvement même de la vie.

Gros plan sur Le Barbier de Séville (1775)

Pour écrire Le Barbier de Séville, Beaumarchais s’est inspiré de l’une de ses premières œuvres, Le Sacristain, « intermède imité de l’espagnol », qui mettait aux prises un vieillard, une jeune fille et un galant plein de ruse. Conservant ce trio conventionnel, il transforme la farce initiale en opéra-comique, puis en comédie. Celle-ci comporte quatre actes dans son état definitif et conserve quelques traits de chacune des étapes de sa genèse: elle réintroduit dans le genre de la grande comédie le rire franc de la farce populaire ; elle emprunte à l’art lyrique chansons et ariettes dans le « goût espagnol » ; elle se nourrit d’allusions à l’actualité et à la vie de Beaumarchais (ses démêlés avec la justice) ; elle reprend enfin le schéma classique du barbon amoureux trompé par de jeunes amants, que Molière avait utilisé dans L’École des femmes et que Figaro résume ainsi dans la dernière réplique du Barbier:

« Quand la jeunesse et l’amour sont d’accord pour tromper un vieillard, tout ce qu’il fait pour l’empêcher peut bien s’appeler à bon droit La Précaution inutile ». (acte IV, scène 8).

Ce sous-titre, repris d’une nouvelle de Scarron, justifie la prolifération des intrigues qui vont rendre précisément toutes les précautions du vieux docteur Bartholo inutiles. Celui-ci ne pourra empêcher le jeune comte Almaviva de séduire et d’épouser Rosine, sa pupille, « à la barbe et dans la maison du tuteur ».

Beaumarchais, dans Le Barbier de Séville, enrichit profondément la comédie d’intrigue en en renouvelant les personnages traditionnels.

● Bartholo est « l’obstacle dur » combattu par le comte et son ancien valet Figaro. S’il finit par être ridicule, il n’en est pas moins intelligent et rusé. Au-delà de la vieillesse, il incarne le refus du siècle, c’est-à-dire de toute innovation.
● Rosine, la jeune amoureuse, est elle aussi complexe: lucide malgré son inexpérience, sincère sans refuser le jeu, elle s’impose dans son refus de la tyrannie de Bartholo.
● Le comte Almaviva, jeune seigneur libertin, est sensible au naturel de Rosine et veut être aimé non pour son rang mais pour lui-même. Il entre avec complaisance dans toutes les intrigues imaginées par Figaro.
● Figaro, c’est bien ce dernier qui fait briller le génie créateur de Beaumarchais en donnant à la comédie un mouvement permanent. Figaro ne s’apparente à aucun type, à aucun caractère de la tradition théâtrale. Plus complexe que le valet chez Molière, il déborde sans cesse de son rôle pour devenir le véritable « machiniste » de l’action, le roi de l’imbroglio. Dans sa lutte contre Bartholo et son allié Bazile, éclatent la virtuosité de son jeu et la puissance comique de ses mots d’esprit. À l’origine d’une cascade de péripéties, de feintes, de déguisements, maître dans l’art de l’allusion et de la répartie cinglante, il donne au spectacle sa vivacité, sa fantaisie, son impertinence, son rythme. La comédie se distingue précisément par un tempo particulier fait d’accumulation, d’enchaînements rapides, d’accélérations suivies de chutes. Figaro, metteur en scène, introduit en permanence la comédie dans la comédie, souligne ainsi à travers le mélange des registres et la parodie les conventions du théâtre, et représente dans le même temps le caractère théâtral de la vie sociale, ses jeux, ses masques, ses apparences fugitives, son langage codé.

« Comment communiquer ? » s’interrogent les personnages du Barbier de Séville qui doivent sans cesse feindre et inventer de nouveaux moyens pour exprimer leur désir et venir à bout du pouvoir de Bartholo: le geste, la lettre, la chanson se substituent alors à la parole, moyens détournés pour affirmer l’exigence du bonheur face à la tyrannie. C’est ainsi que Le Barbier de Séville expérimente de nouvelles formes d’échange et s’inscrit dans une double dimension morale et politique qui annonce Le Mariage de Figaro.

Gros plan sur La Mère coupable (1792)

Avec La Mère coupable, drame en cinq actes, Beaumarchais a voulu prolonger « le roman de la famille Almaviva » en une troisième époque, « quand l’âge des passions s’éloigne ».

Le jeu des forces et des désirs qui sous-tendait les deux grandes comédies reçoit ainsi un éclairage nouveau sur le mode du pathétique: la « Mère coupable » est Rosine dont le fils Léon, fruit d’amours anciennes avec Chérubin, est épris de Florestine, la fille naturelle du Comte. Bégearss, un intrigant habile, « autre Tartuffe », s’est introduit dans la famille et, profitant des divisions qu’il suscite en rappelant les fautes passées, tente de s’accaparer la fortune du Comte en épousant Florestine et en éloignant la Comtesse. Figaro réussit à démasquer et à faire chasser le scélérat.

Si les intentions de Beaumarchais, dans ce drame de l’adultère qui aboutit au pardon des fautes, sont essentiellement moralisatrices, quelques-unes des préoccupations majeures de son théâtre réapparaissent avec une certaine force : la recherche d’un langage de l’émotion, la volonté de lever le masque des hypocrites, de maîtriser des situations complexes grâce à la ruse et au sens du secret, enfin et surtout la quête de l’identité et la lutte pour sa reconnaissance.

Bibliographie
  • Lettre sur les horloges
  • Parades : Colin et Colette, les Bottes de sept lieues, Les Deputés de la halle, Léandre marchand d’agnus, Jean Bête à la foire
  • Eugénie
  • Essai sur le genre dramatique sérieux
  • Les deux amis ou le négociant de Lyon
  • Mémoires contre Goëzman
  • Le Barbier de Séville
  • Mémoire contre La Blache
  • Mémoire particulier pour les ministres du Roi et manifeste pour l’Etat
  • Réponse ingénue à la consultation injurieuse que le comte de la Blache a répandu dans Aix
  • Le Voeu de toutes les nations et l’Intérêt de toutes les puissances dans l’abaissement et l’humiliation de la Grande-Bretagne
  • Observations sur le Mémoire justificatif de la cour de Londres
  • Réflexions sur les secours à donner à l’Amérique
  • Le Mariage de Figaro
  • La Galerie des femmes du siècle passé
  • Tarare
  • Mémoire en réponse au Libelle diffamatoire signé Guillaume Kornmann
  • Réponse a tous les libellistes et pamphlétaires passés, présents et futurs
  • Court mémoire en attendant l’autre
  • Troisième Mémoire contre Kornman
  • Requête à messieurs les représentants de la Commune de Paris
  • Le Couronnement de Tarare
  • Idées élémentaires sur le rappel des Parlements
  • La Mère coupable, ou L’autre Tartuffe
  • Pétition à l’Assemblée nationale contre l’usurpation des propriétés des auteurs, par les directeurs de spectacles
  • Rapport fait aux auteurs dramatiques sur le traitement proposé par la Comédie-Française
  • Récit des neufs mois les plus pénibles de ma vie

Citations choisies
  • J’ai pensé, je pense encore, qu’on n’obtient ni grand pathétique, ni profonde moralité, ni bon et vrai comique, au théâtre, sans des situations fortes et qui naissent toujours d’une disconvenance sociale dans le sujet qu’on veut traiter. (Le Mariage de Figaro)
  • Boire sans soif et faire l’amour en tout temps, madame, il n’y a que ça qui nous distingue des autres bêtes. (Le Mariage de Figaro)
  • La calomnie, monsieur ! Vous ne savez guère ce que vous dédaignez; j’ai vu les plus honnêtes gens près d’en être accablés. (Le Barbier de Séville)
  • Tout finit par des chansons. (Le Mariage de Figaro)
  • Il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l’obtint. (Le Mariage de Figaro)
  • Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer. (Le Barbier de Séville)
  • Après le bonheur de commander aux hommes, le plus grand honneur […] n’est-il pas de les juger ? (Lettre modérée sur la chute et la critique du Barbier de Séville)
  • Prouver que j’ai raison serait accorder que je puis avoir tort. (Le Mariage de Figaro)
  • Médiocre et rampant on arrive à tout.
  • On est meilleur quand on se sent pleurer. On se trouve si bon après la compassion ! (La Mère coupable)

 Autres citations de Beaumarchais.

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