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3. Outre ce fonds primitif né du latin, le français s'est enrichi et s'enrichit chaque jour de mots étrangers.
Au XVIe siècle, les Italiens nous fournissent près de 450 mots, termes de guerre et d'art: arsenal, caporal, fantassin, opéra, soldat, violon.
Une centaine de mots espagnols s'introduisent dans la langue français: castognette, chocolat, cigare, colonel, tomate, vanille.
Les invasions germaniques du Ve siècle avaient introduit un grand nombre de termes de guerre et de féodalité: guerre, échevin, sénéchal; plus tard, à partir du XVIe siècle, prirent place dans notre langue des mots allemands comme bivouac, blocus, choucroute, obus, sabre.
La langue des penseurs, des juristes a emprunté au grec des mots comme anarchie, démocratie, démagogie, despotisme. Parfois même la langue savante et la langue populaire ont juxtaposé un mot grec et un mot et un suffixe latins: sociologie, autobus.
De nos jours, les termes anglais abondent; beaucoup se sont francisés: bifteck, bouledogue, jockey, pamphlet, paquebot, rail, redingote, tramway, verdict, wagon.
Ne serait-il pas possible de franciser les mots suivants, ou de les remplacer par un mot français : interview, flash, gas-oil, pipe-line ?
Ajoutons que certains mots nouveaux sont des mots tronqués ou des groupes d'initiales: une auto, la radio, la T.S.F., la S.N.C.F.
Il apparaît à chaque époque des mots nouveaux. La dernière édition du Dictionnaire de l'Académie a enregistré entre autres, pour la première fois: aboutissement, accrochage, océtylène, acrobatie, activer, actualité, aération, aérodrome, aérodynamique, aéronautique, aéroplane, etc. C'est un procédé littéraire bien connu que d'inventer des mots nouveaux. Tel écrivain lance: « la chair mollette d'une huître »; tel autre écrira: un ravineau pour « un petit ravin ».
(Charles Bruneau et M. Helluy)
4. Ces mots provenant du latin ou empruntés à des langues étrangères ont donné naissance à d'autres mots et créé des familles.
Chaque langue a ses procédés propres de composition; pour le français, c'est la dérivation. « Là où l'allemand dit Apfelbaum = arbre à pommes, le français dira pomm-ier »
Le vocabulaire français s'est enrichi en ajoutant, soit avant, soit après un mot déjà existent, un préfixe ou un suffixe: il a créé des mots nouveaux exprimant des idées nouvelles.
Le mot qui sert à former d'autres mots porte le nom de primitif; le mot nouveau qui est fait d'un mot primitif et d'un suffixe est un dérivé; le mot nouveau qui est fait d'un primitif et d'un préfixe est un composé.
Ainsi arme est un primitif, armée est un dérivé et alarme un composé.
De nombreux mots abstraits — mots désignant des idées — ont été créés par dérivation; voici les réflexions que fait sur ce point Arsène Darmesteter (1846-1888; est un philologue et orientaliste français);
« À y bien réfléchir, rien d'étrange comme la dérivation. Prendre dans un ou plusieurs mots une même terminaison commune, en faire le représentant d'une idée abstraite, l'ajouter à toute une série de mots simples pour leur faire rendre cette même idée; créer ainsi de vrais mots qui ne vivent qu'à la suite des mots simples et qui cependant sont les porteurs d'idées générales: voilà l'étonnant résultat auquel aboutissent les langues quand elles créent des suffixes. »
Ainsi le suffixe age a commencé à former des collectifs: courage (l'ensemble des sentiments du cœur), feuillage (l'ensemble des feuilles), plumage, etc.; sous cette forme, age est une sorte de nom collectif; — bientôt, il exprime le résultat collectif de l'action: lavage, tout ce qui est lavé; enfin, il devient synonyme de l'action de faire; blanchissage, repassage, nettoyage, action de blanchir, de repasser, de nettoyer.
5. Le mot primitif devient le chef de la famille autour duquel se groupent les mots dérivés, composés et ceux qui sont en même temps composés et dérivés.
Voici un tableau de la famille de « arme »
Radical: arm
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Dérivés:
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À la fois dérivés et composés: |
armer, armée, armement, armure, armurier, armet, armoire, armoiries, armateur, armature
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désarmer, désarmement, alarme, alarmer, alarmant, alarmiste, armistice
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Récemment a été créé le verbe alunir, formé comme atterrir: même préfixe, même suffixe. Mais l'Académie française condamne ce mot et conseille de dire « atterrir sur la lune », « terre » dons « atterrir » ayant le sens de « sol ».

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