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IV- Source du sujet de l'œuvre
Stendhal a tiré de la Gazette des Tribunaux le sujet de son livre. En 1827 et en 1828, un procès criminel, le procès d'Antoine Berthet, fit beaucoup de bruit en Dauphiné.
Berthet, fils d'un maréchal-ferrant de Brangues (Isère), était un jeune homme pâle, mince, délicat, à la physionomie parlante, aux grands yeux noirs, à la mise soignée. Élevé par le curé de son village natal, qui lui enseigna le latin, il avait été précepteur des enfants de Mme M...
Congédié par le mari, il alla faire ses études au séminaire de Belley, puis à celui de Grenoble. Renvoyé de ce dernier établissement sans espoir de retour, banni de la présence de son père, il revient à Brangues chez sa sœur et adresse à Mme M... des lettres pleines de reproches et de menaces. Précepteur au château de C..., il est aimé de Mlle de C..., qui lui déclare sa passion de bouche et par écrit.
Chassé de nouveau, repoussé de tous les séminaires où il se présente, il entre chez un notaire de Morestel. Mais il a résolu de tuer Mme M... Le dimanche 22 juillet 1827, à l'église de Brangues, il tira deux coups de pistolet, l'un sur Mme M..., l'autre sur lui-même. Mme M..., grièvernent blessée, ne mourut pas ; Berthet reçut entre la mâchoire et le cou deux balles dont une seule put être extraite. Le procès du meurtrier commença le 15 décembre suivant à Grenoble. « Deux passions, dit-il au président, m'ont tourmenté pendant quatre ans, l'amour et la jalousie. »
Il ajoutait qu'il avait été l'amant de Mme M..., qu'une servante avait tout appris au mari ; que lorsqu'il partit, Mme M... lui avait juré dans sa chambre à coucher, devant l'image du Christ, qu'elle ne l'oublierait pas et n'aimerait jamais que lui, mais que, lorsqu'il revint, il eut la conviction qu'il était « remplacé de deux manières » par l'étudiant Jacquin.
À vrai dire, deux jours après l'arrêt, il fit appeler dans son cachot le président des assises et lui remit une rétractation autographe : il affirmait que Mme M... n'était pas coupable, et il priait sa victime « de pardonner à un jeune homme qu'avaient égaré des sentiments qu'elle n'avait jamais partagés. » Quoi qu'il en soit, il fut condamné à mort, et, le 23 février 1828, à onze heures du matin, exécuté sur la place d'armes de Grenoble, au milieu d'une foule immense composée surtout de femmes.
Cette cause célèbre avait d'autant plus ému le dauphinois Beyle, que Mme M... était parente éloignée d'un de ses amis d'enfance, M... conseiller à la cour de Grenoble, récemment élu député de l'Isère. Elle lui fournit la donnée et les principaux personnages de son roman.

V- Composition de l'œuvre
Stendhal met la scène en Franche-Comté, il ne veut pas, dit-il, toucher à la vie privée ; il invente donc la petite ville de Verrières, et il place à Besançon, où il n'est jamais allé, l'évêque, le jury et la cour d'assises dont il a besoin. Mais les réminiscences de Grenoble abondent en son œuvre.
On a prétendu que Julien était le portrait du romancier, et lorsque Latouche l'interrogea sur ce point : « Julien, c'est moi », répondit Stendhal.
Mais il plaisantait. Colomb s'inscrit en faux contre cette opinion, et, dans une lettre de 1531, Stendhal protesta vivement, que s'il était « Julien » qui désire parvenir coûte que coûte, il aurait fait quatre visites par mois au Journal le Globe et fréquenté régulièrement certains salons, « Chez moi, ajoutait-il, le plaisir actuel l'emporte surtout. » On lit dans une note inédite de Colomb, « que M. Michel, Dauphinois, ancien capitaine dans la garde impériale, devenu directeur du dépôt de mendicité à Saint-Robert près de Grenoble est le type du personnage de Valenod... Le Napolitain di Fiore, ami de Stendhal, « grand et beau, semblable au Jupiter Mansuetus « condamné à mort en 1799, est l' « Altamira » du roman. » (A. Chuquet, Stendhal-Beyle. Plon, 1902.)
Le Rouge et le Noir commencé sous la Restauration, ne fut achevé que quatre mois après la Révolution de Juillet 1830. Cela a pu nuire à son succès, car l'ouragan populaire avait renversé des choses et des idées que l'auteur bat en brèche. (Colomb)
Les Lettres inédiles à Mounier publiées par Corréard, les Souvenirs d'Égotisme, publiés par C. Stryienski, et l'ouvrage d'Auguste Cordier : Comment a vécu Stendhal ont révélé plusieurs épisodes de la vie de Stendhal, qu'il a fait revivre dans son roman. (A.P.)
Le volume (dont le manuscrit devait, par traité, être remis au libraire Levavasseur à la fin d'avril) parut réellement dans les dernières semaines de 1830 ; il est annoncé dans la Bibliographie de la France au 13 novembre, et Stendhal écrit à Madarne Ancelot, le 13 janvier 1831, « qu'il n'a su qu'il y a huit jours l'apparition du Rouge. » (Corréard, II, p.111, et A. Cordier, Comment a vécu Stendhal, p. 189.) - (A. Chuquet)
Le Rouge et le Noir a paru chez Levavasseur, en novembre 1830, daté de 1831. (C. Stryienski, Lettres inédites de Stendhal publiées à la suite des Souvenirs d'Égotisme, Charpentier, 1892, p. 296.)

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