L’enseignement explicite
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L’enseignement explicite
– Comprendre, apprendre et devenir autonome –
Présentation
L’école a pour mission de transmettre des connaissances, de développer des compétences et de permettre à chaque élève de progresser. Pourtant, apprendre ne va pas toujours de soi. Une consigne qui paraît simple à un adulte peut sembler obscure à un enfant. Une méthode que l’enseignant maîtrise depuis longtemps peut demander à l’élève un effort considérable. Et une activité réussie avec l’aide du professeur ne garantit pas que l’enfant saura la réaliser seul.
C’est pour mieux répondre à ces difficultés que l’enseignement explicite occupe une place importante dans les réflexions pédagogiques actuelles. Cette démarche invite l’enseignant à rendre les apprentissages plus lisibles, à montrer comment procéder, à guider les élèves dans leurs premiers essais, puis à les conduire progressivement vers l’autonomie.
Soutenu par de nombreux travaux de recherche, l’enseignement explicite contribue notamment à la réflexion sur l’apprentissage des savoirs fondamentaux. Il trouve un écho particulier dans les programmes français de français et de mathématiques, qui précisent davantage les connaissances attendues et les étapes de leur acquisition.
Mais que recouvre exactement cette notion ? Comment se traduit-elle en classe ? Et en quoi peut-elle aider les élèves à mieux apprendre ?
Qu’est-ce que l’enseignement explicite ?
L’enseignement explicite est une démarche pédagogique structurée qui consiste à rendre clairement accessibles les objectifs d’apprentissage, les connaissances à acquérir et les procédures permettant de réussir une tâche.
L’enseignant ne se contente pas de proposer une activité et d’en attendre un résultat. Il explique ce qui doit être appris, montre comment s’y prendre, accompagne les premiers essais et vérifie que les élèves comprennent avant de leur demander de travailler seuls.
Le principe est simple. Ce qui est évident pour un adulte expérimenté ne l’est pas nécessairement pour un enfant qui découvre une notion. Il faut donc rendre visibles les connaissances, les raisonnements et les méthodes que l’élève doit progressivement s’approprier.
Prenons un exemple en français. Demander à un élève de CE2 de repérer le sujet d’un verbe suppose qu’il connaisse déjà certaines notions et sache comment les utiliser. Si ces acquis sont fragiles, une simple consigne ne suffit pas toujours. L’enseignant peut alors montrer comment identifier le verbe, rechercher qui accomplit l’action ou de qui l’on parle, puis vérifier la réponse en manipulant la phrase. Il verbalise sa démarche, propose des exemples et guide les élèves dans leurs premiers essais.
L’élève découvre ainsi non seulement la réponse attendue, mais aussi la manière de la trouver.
L’enseignement explicite ne consiste donc pas à simplifier excessivement les savoirs ni à donner toutes les réponses. Il vise à organiser les conditions qui permettent aux élèves de comprendre, de s’exercer et de réussir par eux-mêmes.
Pourquoi cette démarche suscite-t-elle un intérêt croissant ?
Les difficultés scolaires ne résultent pas toujours d’un manque d’effort ou de motivation. Elles peuvent aussi provenir d’objectifs mal compris, de connaissances préalables insuffisantes ou de procédures que l’élève n’a jamais réellement apprises.
Un enfant peut, par exemple, échouer dans un problème de mathématiques parce qu’il ne sait pas choisir l’opération adaptée. Un autre peut produire un texte pauvre parce qu’il ne dispose pas de stratégies pour organiser ses idées. Un troisième peut sembler inattentif alors qu’il ne comprend plus les explications et ne sait pas comment retrouver le fil de la leçon.
Dans ces situations, demander à l’élève de faire davantage d’efforts ne suffit pas. Il faut déterminer ce qui lui manque et lui enseigner les moyens de surmonter l’obstacle.
L’enseignement explicite répond à cette exigence en accordant une attention particulière à la clarté des objectifs, à la progressivité des apprentissages, à la pratique guidée et à la vérification régulière de la compréhension.
Le rôle des sciences cognitives
Les sciences cognitives étudient notamment les mécanismes de l’attention, de la mémoire et de l’apprentissage. Leurs apports permettent de mieux comprendre certaines difficultés rencontrées en classe.
Lorsqu’un élève découvre une notion nouvelle, il doit traiter plusieurs informations à la fois. Il lui faut comprendre la consigne, mobiliser ses connaissances, suivre une procédure et surveiller son résultat. Si la tâche est trop complexe ou si les informations sont mal organisées, sa mémoire de travail peut être rapidement sollicitée au-delà de ses capacités.
Une présentation claire, des étapes bien ordonnées et des exemples commentés peuvent alors faciliter la compréhension. Ils permettent de concentrer l’attention sur les éléments essentiels, sans obliger l’élève à deviner les étapes intermédiaires.
La répétition joue également un rôle important. S’exercer plusieurs fois, recevoir des retours précis et réactiver les connaissances au fil du temps favorisent leur consolidation en mémoire. À mesure que certaines procédures deviennent plus familières, l’élève peut consacrer davantage de ressources à des tâches plus complexes.
Ces principes ne signifient pas que tous les élèves apprennent de la même manière ni que toute difficulté peut être résolue par une explication supplémentaire. Ils invitent plutôt à concevoir des situations d’apprentissage qui tiennent compte des exigences cognitives des tâches proposées.
Les grandes étapes de l’enseignement explicite
L’enseignement explicite suit généralement une progression qui va de la présentation des objectifs à la pratique autonome. Le modèle souvent résumé par les formules « Je fais », « Nous faisons » et « Tu fais » permet d’en comprendre la logique.
Cette progression n’est pas un scénario rigide. La durée de chaque étape varie selon la notion, l’âge des élèves et leur degré de maîtrise. L’enseignant peut revenir en arrière, proposer un nouvel exemple ou renforcer l’accompagnement dès qu’une difficulté apparaît.
⬆️ Carte mentale illustrant les étapes clés de la démarche de l’enseignement explicite.
1. Clarifier l’objectif d’apprentissage
Au début de la séance, l’enseignant annonce ce que les élèves vont apprendre. L’objectif doit être précis et compréhensible.
Il convient de distinguer l’activité réalisée de l’apprentissage visé. « Faire une fiche d’exercices sur les verbes » décrit une activité. « Apprendre à identifier le verbe conjugué dans une phrase » indique plus clairement ce que l’élève doit savoir faire.
Cette distinction aide l’enseignant à choisir des exercices pertinents et à vérifier les acquis en fin de séance. Elle permet aussi à l’élève de comprendre ce qu’il cherche à maîtriser.
L’enseignant peut relier le nouvel apprentissage à ce qui a déjà été étudié, rappeler une connaissance utile et expliquer brièvement l’intérêt de la notion. Cette mise en relation donne du sens au travail et facilite la mobilisation des acquis.
2. Le modelage : « Je fais »
Le modelage est une étape centrale de l’enseignement explicite. L’enseignant réalise une tâche devant les élèves tout en expliquant son raisonnement.
Il ne montre pas seulement le résultat final. Il rend visibles les choix, les étapes et les vérifications qui permettent d’y parvenir.
En mathématiques, pour poser une addition avec retenue, il peut expliquer comment aligner les chiffres, commencer par les unités, effectuer le calcul et reporter la retenue. En compréhension de lecture, il peut montrer comment s’appuyer sur plusieurs indices du texte pour déduire une information qui n’est pas directement formulée.
Cette verbalisation est parfois décrite comme le fait de « penser à voix haute ». Elle donne accès à des opérations mentales que l’élève ne peut pas observer directement.
Le modelage doit rester ciblé. L’enseignant sélectionne les étapes utiles et emploie un langage adapté au niveau de la classe. Il peut aussi présenter une erreur fréquente et expliquer comment la repérer et la corriger.
L’objectif n’est pas de montrer que l’enseignant réussit facilement, mais de faire comprendre comment on peut réussir.
3. La pratique guidée : « Nous faisons »
Après la démonstration vient le temps de la pratique guidée. Les élèves réalisent des tâches proches de celles qui viennent d’être présentées, avec l’aide de l’enseignant.
Celui-ci pose des questions, sollicite les réponses, demande des justifications et observe les démarches. Il corrige les erreurs dès qu’elles apparaissent et précise les points qui restent difficiles.
Les élèves peuvent répondre oralement, écrire sur une ardoise, compléter un exemple au tableau ou travailler brièvement en binôme. L’essentiel est que l’enseignant puisse vérifier leur compréhension réelle, et pas seulement celle de quelques volontaires.
Imaginons une séance consacrée à l’accord entre le sujet et le verbe. Après avoir montré comment repérer le sujet et identifier le verbe, l’enseignant propose une nouvelle phrase. Les élèves recherchent le sujet, indiquent le verbe et choisissent la terminaison adaptée. Il leur demande ensuite d’expliquer leur choix.
Si plusieurs élèves commettent la même erreur, il reprend la démarche et propose un nouvel exemple. Il ne poursuit pas simplement la leçon au motif que l’explication a déjà été donnée.
La pratique guidée constitue ainsi un moment essentiel de régulation. Elle permet de consolider les acquis avant de réduire l’aide apportée.
4. La pratique autonome : « Tu fais »
Lorsque les élèves montrent une compréhension suffisante, ils réalisent des exercices sans guidage direct.
Cette phase leur permet de mobiliser seuls les connaissances et les procédures travaillées. Elle aide l’enseignant à déterminer si l’apprentissage est réellement acquis ou si la réussite dépendait encore de son accompagnement.
Les exercices doivent être suffisamment nombreux et variés pour consolider la méthode, tout en restant adaptés aux capacités des élèves. Une difficulté trop importante peut conduire à des erreurs répétées. Une tâche trop facile ne permet pas toujours de vérifier la maîtrise attendue.
L’autonomie ne signifie toutefois pas que l’enseignant se désintéresse du travail. Il observe, circule dans la classe, apporte une aide ciblée et repère les élèves qui ont besoin d’une nouvelle explication.
Il est également important de ne pas confondre la réussite ponctuelle avec une maîtrise durable. Certaines connaissances demandent des entraînements réguliers et des rappels espacés pour être retenues et mobilisées dans d’autres situations.
5. Faire le bilan et préparer la suite
La séance peut se terminer par une synthèse qui rappelle ce qui a été appris et les étapes essentielles de la démarche.
L’enseignant peut demander aux élèves de reformuler la règle, d’expliquer une procédure ou de citer un exemple. Ces échanges permettent de vérifier ce qu’ils ont retenu et de fixer les repères importants.
Ce bilan peut aussi faire apparaître les difficultés qui devront être reprises lors d’une séance ultérieure. Les apprentissages ne sont pas toujours achevés en une seule leçon : ils s’inscrivent dans une progression qui prévoit des révisions, des entraînements et des réinvestissements.
Un exemple concret : enseigner la résolution d’un problème de mathématiques
Pour comprendre comment cette démarche se traduit en classe, prenons un problème adapté au CE2.
« Une bibliothèque possède 125 livres. Elle reçoit 38 nouveaux livres. Combien de livres possède-t-elle maintenant ? »
L’objectif est d’apprendre à reconnaître une situation d’ajout, à choisir l’opération adaptée et à calculer le résultat.
Première étape : annoncer l’objectif
L’enseignant explique aux élèves qu’ils vont apprendre à identifier ce qui change dans un problème pour déterminer l’opération nécessaire.
Deuxième étape : montrer la démarche
Il lit l’énoncé et verbalise son raisonnement : « La bibliothèque possède déjà 125 livres. Elle en reçoit 38 de plus. Le nombre de livres augmente. Je dois donc chercher le total après cet ajout. Une addition convient à cette situation. »
Il pose ensuite le calcul et explique comment le réaliser.
Troisième étape : résoudre ensemble un nouveau problème
L’enseignant propose une situation comparable. Les élèves identifient les données, expliquent ce qui se passe et choisissent l’opération. Il leur demande de justifier leur réponse plutôt que de se fier uniquement à un mot de l’énoncé.
Quatrième étape : s’entraîner seul
Les élèves résolvent plusieurs problèmes, dont certains présentent une formulation différente. L’enseignant observe leurs démarches et repère les erreurs de compréhension, de choix d’opération ou de calcul.
Cet exemple montre que l’enseignement explicite ne se réduit pas à enseigner une recette. Il aide les élèves à comprendre les raisons qui justifient une démarche et à reconnaître les situations dans lesquelles ils peuvent la réutiliser.
Il convient toutefois de varier les problèmes et les contextes. Si les élèves associent mécaniquement le mot « plus » à l’addition, ils risquent de se tromper dès que la situation est formulée autrement. La compréhension doit donc rester au cœur de l’apprentissage.
L’enseignement explicite dans les différentes disciplines
L’enseignement explicite ne concerne pas uniquement le français et les mathématiques. Il peut être mobilisé dans de nombreux domaines, dès lors qu’il s’agit de rendre accessibles des connaissances ou des procédures.
En lecture et en compréhension
L’enseignant peut montrer comment déchiffrer un mot inconnu, repérer les informations importantes d’un texte ou établir des liens entre plusieurs phrases. Il peut également expliquer comment formuler une inférence, c’est-à-dire comprendre une information qui n’est pas directement écrite.
La compréhension en lecture ne se limite pas à répondre à des questions. Elle suppose d’apprendre à mobiliser des stratégies, à les adapter au texte et à vérifier que l’on comprend ce que l’on lit.
En écriture
Écrire un texte exige de nombreuses opérations : trouver des idées, les organiser, choisir ses mots, construire des phrases, respecter les règles de la langue et relire sa production.
L’enseignant peut modéliser certaines de ces opérations. Il montre, par exemple, comment construire un paragraphe à partir d’une idée principale, comment relier deux phrases ou comment relire un texte pour vérifier les accords.
L’objectif n’est pas de produire tous les textes selon un modèle identique. Il s’agit de donner aux élèves des outils qu’ils pourront ensuite utiliser de façon souple et personnelle.
En sciences
Lors d’une démarche scientifique, l’enseignant peut expliquer comment formuler une hypothèse, distinguer une observation d’une interprétation, organiser des résultats ou tirer une conclusion à partir de données.
Les élèves réalisent ensuite leurs propres observations et expériences. Ils apprennent ainsi à respecter les étapes du raisonnement scientifique tout en développant leur capacité à questionner et à interpréter le monde.
En histoire et en géographie
L’enseignant peut montrer comment lire une frise chronologique, identifier les informations utiles sur une carte ou analyser un document historique. Il explicite les indices à repérer et les connaissances nécessaires pour interpréter correctement les informations.
Les élèves s’exercent ensuite à utiliser ces démarches sur d’autres documents et dans des contextes variés.
Dans toutes ces disciplines, le but reste le même : rendre les savoirs et les démarches accessibles, puis donner aux élèves les moyens de les mobiliser sans aide.
Quels sont les bénéfices de l’enseignement explicite ?
Les recherches synthétisées par le Conseil scientifique de l’éducation nationale (CSEN) indiquent que l’enseignement explicite est particulièrement utile pour l’acquisition de nouvelles connaissances et de nouvelles procédures. Ses effets ont été étudiés auprès de publics variés et dans plusieurs domaines d’apprentissage. Plusieurs bénéfices peuvent être soulignés :
Des objectifs plus lisibles
Lorsque les élèves savent ce qu’ils doivent apprendre, ils peuvent mieux orienter leur attention et comprendre ce qui est attendu. L’enseignant dispose également de repères plus précis pour organiser sa séance et évaluer les acquis.
Une réduction des obstacles inutiles
La démonstration et le découpage d’une tâche complexe en étapes accessibles peuvent éviter aux élèves de chercher seuls une procédure qu’ils ne connaissent pas encore. Ils peuvent ainsi consacrer davantage d’efforts à la compréhension de l’apprentissage visé.
Une meilleure prise en compte des difficultés
La pratique guidée et les vérifications fréquentes permettent de repérer les erreurs avant qu’elles ne s’installent. L’enseignant peut alors reprendre un point précis, proposer un autre exemple ou adapter le niveau d’aide.
Des chances accrues de réussite pour les élèves fragiles
Les élèves qui disposent de moins de connaissances préalables ou qui peinent à identifier les attentes scolaires peuvent bénéficier particulièrement d’un enseignement clair et structuré.
En rendant visibles les démarches attendues, l’enseignant réduit la part d’implicite que certains élèves parviennent à comprendre seuls, mais que d’autres maîtrisent moins facilement.
Cela ne signifie pas que l’enseignement explicite suffit à résoudre toutes les difficultés scolaires. Les besoins des élèves sont variés et peuvent exiger d’autres formes d’accompagnement.
Une autonomie mieux construite
L’autonomie ne consiste pas à laisser l’élève se débrouiller seul dès le début. Elle se construit progressivement, grâce à l’acquisition de connaissances, à l’entraînement et à la capacité de choisir les bonnes stratégies.
L’enseignement explicite vise précisément cette progression. L’aide du professeur diminue à mesure que l’élève devient capable d’agir par lui-même.
L’enseignement explicite est-il une pédagogie traditionnelle ?
L’enseignement explicite est parfois assimilé à une pédagogie dans laquelle le professeur expose un savoir et demande aux élèves de le mémoriser. Cette représentation est réductrice.
Certes, l’enseignant y occupe une place importante. Il organise les contenus, explique, démontre et guide. Mais les élèves ne sont pas de simples spectateurs. Ils répondent aux questions, s’exercent, justifient leurs choix, corrigent leurs erreurs et réinvestissent leurs connaissances.
L’enseignement explicite ne s’oppose donc pas à toute activité des élèves. Il cherche plutôt à faire en sorte que cette activité conduise effectivement à un apprentissage.
Il ne s’oppose pas non plus au travail en groupe, aux échanges oraux, à la manipulation ou aux projets. Ces modalités peuvent parfaitement trouver leur place dans une démarche explicite, à condition que les objectifs soient clairs et que les connaissances nécessaires soient enseignées.
La distinction essentielle ne porte pas sur la forme de l’activité, mais sur la manière dont l’apprentissage est préparé et accompagné.
Une activité de recherche peut être pertinente lorsque les élèves possèdent déjà les connaissances nécessaires pour explorer une situation. En revanche, demander à des débutants de découvrir seuls une procédure complexe risque de les placer en difficulté si aucun guidage adapté ne leur est proposé.
L’enseignement explicite invite donc à choisir les modalités pédagogiques en fonction des objectifs poursuivis et des besoins réels des élèves.
Enseignement explicite et pédagogie de la découverte : faut-il choisir ?
La pédagogie de la découverte accorde une place importante à l’exploration, aux questions, à la recherche et à la construction des connaissances par les élèves. L’enseignement explicite insiste davantage sur la transmission structurée des savoirs et sur la démonstration des démarches.
Ces approches ne doivent pas être opposées de manière absolue.
La découverte peut susciter la curiosité, faire émerger des représentations initiales et donner du sens à un problème. Elle peut également permettre aux élèves de formuler des hypothèses et de confronter leurs idées.
Toutefois, l’exploration ne garantit pas à elle seule que les connaissances visées seront acquises. Certains élèves peuvent découvrir une solution sans comprendre la règle générale ; d’autres peuvent s’engager dans une démarche qui ne les rapproche pas de l’objectif.
L’enseignement explicite apporte alors un cadre qui aide à structurer les apprentissages. Il permet de nommer les connaissances, de corriger les conceptions erronées et de montrer comment généraliser une procédure.
Inversement, une explication ne dispense pas les élèves de chercher, de manipuler, de s’interroger et de mettre leurs connaissances à l’épreuve.
Une pratique pédagogique réfléchie peut ainsi associer plusieurs démarches. L’enseignant peut commencer par une situation-problème, expliciter ensuite la méthode pertinente, guider les premiers essais et proposer enfin des tâches de réinvestissement.
Le choix dépend notamment de la nature du savoir, de sa complexité et du niveau de maîtrise des élèves.
Les limites et les conditions de réussite
L’efficacité de l’enseignement explicite ne signifie pas qu’il suffit d’appliquer une succession d’étapes pour garantir la réussite de tous les élèves. La qualité de la démarche dépend de sa mise en œuvre.
Éviter les explications trop longues
Une explication claire n’est pas nécessairement une explication abondante. Un discours trop dense peut surcharger l’attention des élèves, surtout lorsqu’ils découvrent une notion difficile.
Il est souvent préférable de présenter une étape, de l’illustrer, puis de vérifier la compréhension avant de poursuivre.
Ne pas confondre réussite immédiate et apprentissage durable
Un élève peut réussir un exercice parce qu’il vient d’observer un exemple très proche. Cela ne signifie pas forcément qu’il saura réutiliser la méthode quelques jours plus tard ou dans une situation différente.
Il est donc nécessaire de prévoir des rappels, des entraînements espacés et des exercices de transfert.
Adapter l’aide aux besoins des élèves
Tous les élèves ne progressent pas au même rythme. Certains comprennent rapidement la démarche et peuvent passer à des exercices plus complexes. D’autres ont besoin de manipulations supplémentaires, d’exemples plus simples ou d’un accompagnement individualisé.
L’enseignement explicite ne doit pas conduire à imposer le même degré de guidage à tous, quelle que soit leur maîtrise.
Préserver la réflexion et l’initiative
Tout ne peut pas être enseigné sous la forme d’une procédure détaillée. Certaines situations demandent de comparer plusieurs solutions, de formuler des hypothèses, de prendre des décisions ou de produire une réponse originale.
L’enseignant doit alors aider les élèves à développer des stratégies de réflexion sans supprimer les choix qui font partie intégrante de la tâche.
Tenir compte de la nature des apprentissages
Les savoirs fondamentaux, les procédures techniques, les stratégies de compréhension et les démarches de création ne s’enseignent pas exactement de la même manière.
L’enseignement explicite constitue un ensemble de pratiques utiles, et non une recette universelle. Il gagne à être associé à d’autres approches lorsque celles-ci répondent mieux aux objectifs poursuivis.
Le rôle de l’enseignant : guider, observer et ajuster
L’enseignement explicite renforce le rôle de l’enseignant dans la conception et la régulation des apprentissages.
Avant la séance, il doit déterminer précisément ce que les élèves doivent apprendre, repérer les connaissances préalables nécessaires et anticiper les difficultés possibles. Il lui faut également choisir des exemples pertinents, organiser une progression et prévoir comment vérifier la compréhension.
Pendant la séance, il observe les réponses et les démarches des élèves. Il ne se contente pas de demander si tout le monde a compris. Il recueille des indices concrets de compréhension.
Une réponse correcte ne suffit d’ailleurs pas toujours. Un élève peut donner la bonne réponse par hasard ou en reproduisant une procédure sans la comprendre. L’enseignant peut donc lui demander d’expliquer son choix, de justifier une étape ou de résoudre un autre exemple.
Après la séance, les erreurs observées et les résultats obtenus permettent de décider de la suite : poursuivre la progression, reprendre une notion, proposer des exercices supplémentaires ou approfondir un apprentissage déjà maîtrisé.
Cette démarche repose sur une idée essentielle. Enseigner ne consiste pas seulement à présenter un contenu, mais aussi à vérifier les effets de son enseignement sur les apprentissages.
Que changent les nouveaux programmes de l’Éducation nationale en France ?
Les programmes français récents accordent une attention renforcée à la progressivité des apprentissages, à la clarification des objectifs et à la maîtrise des connaissances fondamentales.
Les programmes de français et de mathématiques des cycles 1 et 2, publiés en octobre 2024, sont entrés en application à la rentrée scolaire 2025. Ils précisent les connaissances et les compétences attendues aux différents niveaux. Les textes et ressources d’accompagnement mettent en avant une organisation plus lisible des apprentissages, ainsi que des repères destinés à guider le travail des enseignants.
Cette orientation rejoint plusieurs principes de l’enseignement explicite : définir des objectifs précis, organiser les apprentissages dans un ordre cohérent, enseigner les procédures nécessaires et vérifier progressivement leur maîtrise.
En mathématiques, par exemple, l’acquisition des techniques de calcul, la connaissance des faits numériques et l’apprentissage des démarches de résolution de problèmes demandent une progression structurée. En français, l’étude de la langue, l’apprentissage de la lecture et le développement de l’écriture nécessitent également des enseignements organisés et des entraînements réguliers.
Il convient néanmoins de distinguer deux choses. Un programme d’enseignement fixe les connaissances et les compétences à acquérir ; une démarche pédagogique indique comment l’enseignant peut organiser leur apprentissage. Les programmes ne se confondent donc pas avec une méthode unique applicable à toutes les séances.
L’enseignement explicite constitue une démarche cohérente avec les orientations actuelles et avec les recommandations du Conseil scientifique de l’éducation nationale. Il appartient toutefois aux enseignants de choisir et d’adapter leurs pratiques en fonction des contenus, des élèves et des situations.
L’enseignement explicite, un moyen de rendre l’école plus accessible
L’un des enjeux majeurs de l’enseignement explicite est de réduire les obstacles qui peuvent empêcher certains élèves d’accéder aux apprentissages.
À l’école, les attentes ne sont pas toujours évidentes pour tous. Certains enfants comprennent spontanément ce qu’il faut faire, comment organiser leur travail ou quelle stratégie employer. D’autres ont besoin que ces attentes soient clairement formulées et que les démarches leur soient enseignées.
Rendre les apprentissages explicites permet de limiter cette part d’implicite. L’enseignant ne suppose plus que l’élève sait déjà comment apprendre, mais il l’aide à acquérir les connaissances et les stratégies nécessaires.
Cette démarche peut ainsi contribuer à une école plus équitable, dans laquelle les élèves disposent de repères communs et de moyens concrets pour progresser. Elle ne supprime ni les différences de rythme ni la nécessité d’un accompagnement adapté, mais elle rend plus visibles les conditions de la réussite.
Les familles peuvent également y trouver des repères utiles. Comprendre ce que l’enfant apprend, connaître les démarches travaillées en classe et distinguer une difficulté ponctuelle d’une notion encore fragile favorisent un dialogue plus constructif avec l’école.
Conclusion : expliciter pour mieux transmettre et mieux apprendre
L’enseignement explicite repose sur une conviction forte : les apprentissages gagnent à être organisés, expliqués et accompagnés. Pour apprendre, l’élève a besoin de comprendre ce qu’il doit maîtriser, de voir comment procéder, de s’exercer avec une aide adaptée et de pouvoir ensuite agir de manière autonome.
Cette démarche ne réduit pas l’enseignement à une succession de consignes et d’exercices. Elle demande au contraire une réflexion approfondie sur les savoirs à transmettre, les difficultés possibles, les exemples à choisir et les moyens de vérifier la compréhension.
Elle ne s’oppose ni à la curiosité ni à la créativité. Elle cherche à donner aux élèves les connaissances et les outils dont ils ont besoin pour explorer, raisonner, créer et résoudre des problèmes avec davantage d’assurance.
L’enjeu n’est donc pas de choisir entre un enseignant qui explique et un élève qui cherche. Il est de construire un enseignement dans lequel les explications, la réflexion, la pratique et l’autonomie se complètent.
Rendre les apprentissages explicites, c’est donner à chaque élève davantage de moyens de comprendre ce qu’il apprend, de savoir comment progresser et de réussir sans dépendre durablement de l’aide du professeur.
Pour aller plus loin
▪️ Conseil scientifique de l’éducation nationale (CSEN) – L’enseignement explicite : de quoi s’agit-il, pourquoi ça marche et dans quelles conditions ? – une synthèse des recherches, des bénéfices et des limites de cette démarche.
▪️ Ministère de l’Éducation nationale – De nouveaux programmes de français et de mathématiques pour les élèves de la maternelle au CE2: présentation des programmes entrés en vigueur à la rentrée 2025.
▪️ Éduscol – Ressources d’accompagnement du programme de mathématiques au cycle 2: des ressources institutionnelles pour approfondir la mise en œuvre des apprentissages.
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