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Le yoga
Présentation
🧘 Le yoga (du sanskrit yuga, « joug » et « lieu ») est l’un des six systèmes classiques de la philosophie hindoue. Il se distingue des autres systèmes par les méthodes de contrôle du corps et les pouvoirs magiques attribués à ses adeptes avancés.
Le yoga affirme que, par la pratique de certaines techniques, on peut réussir à se libérer des faiblesses de la chair, des illusions des sens et des embûches de la pensée et à atteindre ainsi la communion avec l’objet de la connaissance. Selon cette doctrine, une telle communion constitue le seul véritable mode de connaissance.
Pour la plupart des yogi (personnes qui pratiquent le yoga), l’objet de la connaissance est le Brahman, la « Loi suprême », l’esprit universel. Une minorité de yogi athées recherchent la connaissance parfaite de soi plutôt que celle de Dieu. Dans tous les cas, le but suprême de toute pratique du yoga est la connaissance, et non pas les exploits d’ascétisme et de clairvoyance, ou l’accomplissement de miracles, comme on le suppose communément. En effet, le yoga n’approuve pas l’ascétisme astreignant ; il insiste sur le fait que l’entraînement physique et mental ne doit pas se donner en spectacle, mais servir seulement à des fins spirituelles.
→ À lire : Histoire de la philosophie.

⬆ Art de l’incrustation de pierres (jaratkari) ornant les murs du sanctuaire du Temple d’Or, à Amritsar, représentant un yogi en méditation sur une peau d’animal. Cette œuvre daterait probablement de la première moitié du XIXᵉ siècle.
Les huit étapes
La pratique du yoga se présente comme une échelle menant à la connaissance parfaite.
1. La première étape en est le contrôle de soi (yama) qui implique la franchise, l’abstinence, l’hostilité au vol, le refus des présents et le principe d’éviter des actes préjudiciables aux êtres vivants.
2. La deuxième étape est l’observance religieuse (niyama) qui se traduit par l’austérité, la pauvreté, le contentement, les rites purificatoires, la récitation des hymnes védiques et la confiance dévote dans l’Être suprême.
3. La troisième étape est celle des postures (â sana), fort nombreuses, qui sont tenues pour essentielles à toutes les étapes suivantes.
4. La quatrième étape est celle de la discipline de la respiration (prânâyâma), c’est-à-dire la régulation de son intensité, de sa durée et de son rythme, la respiration par l’une ou l’autre des narines à volonté et sa suspension volontaire pratiquement totale.
5. La cinquième étape est celle de la maîtrise des sens (pratyâhâra), qui demande au yogi de se soustraire aux objets extérieurs pour tourner ensuite l’esprit vers lui-même.
6. La sixième étape est celle de la maîtrise de l’esprit (dhâranâ), qui s’effectue par la concentration mentale sur une certaine partie du corps, comme le nombril, le bout de la langue ou le milieu du sourcil, rendant ainsi le pratiquant insensible à l’animation extérieure.
7. La septième étape est celle de la méditation (dhyâna), lors de laquelle l’esprit se fixe sur l’objet de la connaissance, en particulier Brahmâ, excluant toutes les autres pensées.
8. La huitième étape est celle de la contemplation (samâdhi), lors de laquelle la pensée est totalement absorbée par la connaissance, par son union et son identification avec cet objet. Le samâdhi libère le moi des illusions des sens et des contradictions de la raison. La pensée parvient alors à se dépasser, à franchir ses propres limites — elle arrive à sa fin par sa propre négation. Elle accède à l’illumination intérieure, s’ouvre à l’extase de la vraie connaissance de la réalité.
Délivrance
Selon la doctrine du yoga, l’étape ultime peut rarement être atteinte en une vie. Il est généralement admis que plusieurs naissances sont nécessaires pour s’affranchir d’abord du monde des phénomènes, ensuite des pensées égocentristes et, finalement, de l’enchevêtrement de l’esprit dans la matière. La séparation de l’esprit de la matière est le Kaivalaya, la vraie délivrance.
S’approchant du Kaivalaya, les adeptes du yoga sont présumés acquérir des pouvoirs hors du commun. Ils deviennent insensibles à la chaleur ou au froid, aux blessures, aux plaisirs ou aux douleurs. Ils peuvent accomplir des exploits extraordinaires sur le plan spirituel et physique, ils sont à même d’infléchir les lois de la nature. Ils sont en mesure de distinguer les éléments les plus subtils de la matière et, simultanément, de contempler l’univers dans son ensemble, appréhendant le microcosme et le macrocosme dans la même pensée.
Tels sont les pouvoirs revendiqués ou promis par le yoga. Quant à leur réalité, elle fut rarement, sinon jamais, démontrée à des observateurs impartiaux. Néanmoins, des performances extraordinaires furent rapportées par des témoins. La plus impressionnante d’entre elles est sans doute celle que représente le sommeil yogique durant lequel les fonctions vitales sont considérablement ralenties, ce qui permet au yogi d’être enterré vivant pendant des jours. Certains experts expliquent le sommeil yogique comme une sorte d’état cataleptique provoqué par autohypnose : cet état proche de la catalepsie, qui est le symptôme de certaines maladies mentales, est provoqué volontairement par le yogi lui-même.
Différents systèmes de yoga
Les candidats yogis peuvent choisir les pratiques qui conviennent à leurs possibilités et à leur situation. Nombre de yogis faiseurs de miracles et presque tous les adeptes occidentaux pratiquent le hathayoga (physique), l’ensemble des techniques fondamentales visant à développer le contrôle du corps, qui est à la base de tous les exercices. Les autres systèmes se distinguent par les phases de la pratique du yoga auxquelles ils accordent la priorité.
En Inde, le système le plus populaire est la bhakti (dévotion mystique). Ce système insiste sur l’amour et le dévouement envers une divinité d’élection et, par extension, aux autres. Les autres formes importantes du yoga sont :
– le mantra-yoga, qui se consacre à la récitation du nom de Krishna et à d’autres incantations ;
– le karma-yoga, le sentier du travail et du service ;
– et le dhyâna-yoga, le chemin de l’intellect.
La forme combinée de bhakti, karma et de dhyâna est appelée le râja-yoga (royal).
Histoire
Les doctrines et les pratiques du yoga datent de la période des Upanishad*. La Maitri-Upanisad en particulier esquisse les pratiques essentielles du yoga. Ces pratiques furent élaborées et dotées d’un fondement philosophique dans le Yoga-sûtra de l’érudit indien du IIᵉ siècle av. J.-C., Patañjali, traditionnellement considéré comme le père du yoga. Patañjali tira sa doctrine de la sâmkhya, le système classique le plus ancien de la philosophie hindoue. Pour expliquer l’évolution, il s’écarta du système en greffant le concept de Dieu (Îshvara) sur la vision athée de la sâmkhya. Le concept ne constitue pas une partie intégrante de la doctrine du yoga ; en effet, certains experts considèrent qu’il est en contradiction avec le reste du système. Quoi qu’il en soit, contrairement aux autres systèmes de la philosophie hindoue, le yoga soumet la doctrine à l’épreuve de la pratique. L’étude systématique de la doctrine du yoga connut un déclin pendant les siècles derniers.
En tant que système pratique, le yoga constituait, dès le début, une des formes les plus influentes de l’hindouisme. L’attrait puissant qu’il exerçait sur les hindous s’explique en particulier par les miracles qu’on lui avait attribués et par le fait qu’il permettait de pratiquer l’ascèse, un principe central de la culture hindoue. L’influence du yoga apparaît aussi dans le bouddhisme, qui favorise également l’ascèse ainsi que les exercices et transes spirituels. De plus en plus répandu dans le monde, le yoga a fait des adeptes parmi les Occidentaux. Les plus célèbres d’entre eux sont les auteurs britanniques Francis Yeats-Brown, Aldous Huxley et Christopher Isherwood, l’historien des religions d’origine roumaine Mircea Eliade et le violoniste britannique Yehudi Menuhin. Ces dernières années, les exercices de yoga furent recommandés par certains experts comme un moyen d’éliminer les impuretés du corps, de réduire le poids, de fortifier les nerfs et les muscles et, d’une manière générale, d’améliorer la santé et de prolonger la vie.
💡 À savoir…
* Les Upanishad désignent des textes ésotériques et mystiques indiens, regroupés dans les aranyaka qui font partie des Veda. Les concepts philosophiques contenus dans les Upanishad ont servi de base à l’un des six systèmes orthodoxes de la philosophie hindoue, le Vedanta. Officiellement au nombre de cent huit, on en compte aujourd’hui plus de deux cents. La plupart sont écrits en prose parfois interrompue par des poèmes, mais certains sont entièrement en vers. Leur longueur est variable : le plus court n’a que quelques lignes, le plus long tient sur plus de cinquante pages. Excepté quelques textes très anciens composés entre 700 et 300 av. J.-C., la plupart des Upanishad sont de facture plus récente. Dans l’ensemble, ils présentent en effet un aspect relativement tardif de l’hindouisme védique.
La préoccupation principale des Upanishad est la nature de Brahma, l’âme universelle. La doctrine fondamentale exposée est l’identité entre atman, ou l’âme, et Brahma. Les autres thèmes abordés sont la nature et le but de l’existence, les différentes façons de méditer et de vénérer les dieux, l’eschatologie, le salut et la théorie de la transmigration des âmes.
Le yoga dans le monde contemporain
Au cours des XIXᵉ et XXᵉ siècles, le yoga connaît une diffusion progressive en dehors de l’Inde. Plusieurs maîtres et penseurs indiens contribuent à faire connaître cette tradition en Europe et en Amérique du Nord. Parmi eux, Swami Vivekananda joue un rôle important à partir de la fin du XIXᵉ siècle. Par la suite, différents enseignants participent à son développement et à son adaptation aux sociétés occidentales.
Cette diffusion s’accompagne d’une évolution de la pratique. Alors que le yoga traditionnel s’inscrit dans une démarche philosophique et spirituelle visant notamment la maîtrise de l’esprit et la libération intérieure, de nombreuses formes modernes accordent une place plus importante aux exercices physiques, aux postures (asanas) et aux techniques de respiration (pranayama).
Dans les sociétés contemporaines, le yoga est ainsi souvent pratiqué pour ses effets possibles sur le bien-être physique et mental. Il est notamment associé à l’amélioration de la souplesse, au renforcement musculaire, à la relaxation et à la gestion du stress. Certaines pratiques intègrent également la méditation et des exercices de concentration.
Il existe aujourd’hui de nombreuses formes de yoga, adaptées à des objectifs et à des publics variés. Certaines privilégient les enchaînements dynamiques de postures, tandis que d’autres mettent l’accent sur la respiration, la méditation ou le maintien prolongé des positions.
Cette évolution ne signifie pas que la dimension philosophique et spirituelle du yoga a disparu. Elle demeure présente dans plusieurs traditions et écoles contemporaines. Toutefois, le yoga pratiqué aujourd’hui dans de nombreux centres et établissements de bien-être ne reprend pas nécessairement l’ensemble des principes philosophiques et religieux de ses origines.
Le yoga contemporain témoigne ainsi de la capacité d’une tradition ancienne à évoluer et à s’adapter à différents contextes culturels. Il constitue désormais un phénomène mondial, situé à la rencontre de la philosophie, des pratiques corporelles et de la recherche du bien-être.
Journée internationale du yoga
La Journée internationale du yoga est célébrée chaque année le 21 juin, date qui coïncide avec le solstice d’été dans l’hémisphère Nord. Elle a été proclamée par l’Assemblée générale des Nations unies le 11 décembre 2014, à la suite d’une initiative proposée par l’Inde. La première célébration officielle a eu lieu le 21 juin 2015.
Cette journée a pour objectif de faire connaître le yoga et de sensibiliser le public à ses différentes dimensions : physique, mentale et spirituelle. Elle met également en valeur son héritage culturel et philosophique, ainsi que sa diffusion à travers le monde.
Le choix du 21 juin revêt une signification particulière. Dans plusieurs traditions indiennes, le solstice d’été est associé à une période symbolique importante. Il représente notamment un moment de transition dans les cycles naturels et possède une place particulière dans certaines traditions liées au yoga.
À cette occasion, de nombreux pays organisent des manifestations ouvertes au public : séances collectives de yoga, ateliers de méditation, conférences et activités de découverte. Ces événements permettent aux participants de mieux connaître cette discipline et les différentes pratiques qui lui sont associées.
Au-delà des exercices physiques, cette journée rappelle que le yoga repose sur une tradition ancienne qui accorde une place importante à l’équilibre, à la maîtrise de soi, à la concentration et à la connaissance intérieure. Elle constitue ainsi une occasion de faire découvrir au plus grand nombre une philosophie et une pratique qui ont traversé les siècles et les frontières.
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