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L’Enfant multiple (1989)

Andrée Chedid

✏️ Article rédigé par Marylise El-Hage ✏️

Photo d'Andrée Chedid💡 Andrée Chedid 💡
D’origine libanaise, elle est née au Caire en 1920. Elle réside à Paris depuis 1946. Elle est l’auteure de nombreux recueils de poèmes, de pièces de théâtre et de romans parmi lesquels Le sixième jourL’Enfant multipleL’ArtisteEn savoir plus…

Introduction

L'Enfant multiple d'Andrée ChedidL’Enfant multiple est un roman datant de 1989 qui s’inscrit dans la panoplie des romans libanais francophones imprégnés par la guerre de 1975. L’écrivaine Andrée Chedid exploite le roman engagé pour traduire sa souffrance face à la destruction. Elle dénonce la violence et l’atrocité de la guerre.

Ce roman était à la base L’Enfant au manège, une nouvelle tirée de L’artiste et autres nouvelles. Chacun des textes de ce recueil évoque une rencontre singulière, une de celles qui changent un destin à tout jamais.

Synopsis

L’Enfant multiple est l’histoire d’un jeune garçon Omar-Jo, de père musulman égyptien et de mère chrétienne libanaise. Il quitte le Liban, un pays écartelé par la guerre après un attentat à la voiture piégée qui cause la mort de ses parents ainsi que sa mutilation : il y a perdu le bras gauche et s’est retrouvé avec le visage quelque peu déformé. Émigré en France chez des cousins, Omar-Jo fait la connaissance d’un forain triste et rabattu. Maxime a l’air aussi désemparé que son manège à l’ouverture du récit. Le jeune garçon va donc sauver non seulement l’entreprise de Maxime mais aussi le forain lui-même.

Le titre

Le titre désigne le protagoniste Omar-Jo. Il résume la situation de cet enfant: Omar-Jo est issu de l’union de deux êtres dont le pays, la religion et la culture sont différents. Sur cela vient se greffer une nouvelle identité acquise après sa mutilation. En outre, la multiplicité renvoie aux innombrables talents du jeune garçon entre comédien et ouvrier consciencieux et assidu responsable de la propreté du manège.

L’adjectif « multiple » ne désigne pas seulement Omar-Jo. Il est l’expression de la diversité culturelle que porte Chedid en elle-même étant à la fois libanaise, égyptienne et vivant depuis longtemps en France. Ce pluralisme, ce cosmopolitisme paraît aussi à travers certains de ses personnages.

Les personnages
Omar-Jo

Le brassage de culture est évident dans le prénom de cet enfant : Omar est le prénom de son père musulman et Jo le diminutif de celui de son grand-père maternel Joseph.

Cet enfant est l’incarnation de l’espoir qui surmonte tout. Son handicap est supplanté par une énergie extraordinaire, par un dynamisme effréné qui ne permet pas aux autres d’avoir, ne serait-ce qu’un seul instant, pitié de lui.

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Son nom de famille n’est pas mentionné tout au long du roman. Ceci montre son universalité mais aussi une identité qui reste à être bien définie. Il choisit lui-même un nom, celui de Charlot : Chaplin. Il s’identifie à cet homme qui a fait rire tant d’autres bien qu’il ait eu une enfance malheureuse. Donc, l’enfant prend racine dans l’image de ce clown. Ainsi, ce ne sont pas les origines natales qui vont déterminer l’identité d’un personnage mais plutôt les racines du cœur et du corps que prône l’auteure.

Joseph

Joseph est une figure marquante dans cette histoire. Il incarne la joie candide doublée de valeurs uniques pour un homme de son âge. Il transmet cette originalité à son petit-fils. Il lui inculque aussi l’importance de l’identité et des origines en lui léguant la bague en forme de scarabée qui appartenait à son père défunt.

Mais à un certain moment, l’élève va dépasser le maître. Donc, le vieil homme va être lui-même influencé par Omar-Jo. L’épanouissement de son petit-fils va être incarné par l’animal magique que Joseph a créé. Josamjo, anagramme qui unit les prénoms des deux personnages, représente l’habilité d’Omar-Jo à s’adapter à toute situation. Cet être a des nageoires, des pattes et des ailes.

Maxime

Maxime, le forain, un homme dans la quarantaine avait perdu le goût de vivre à cause d’un ennui professionnel. Il est le prototype de l’homme moderne déçu par les événements triviaux. Méfiant au début de l’histoire envers Omar-Jo, il apprend à faire confiance aux autres et surtout à retransmettre la joie à travers son manège. L’enfant qui sommeillait en lui se réveille dès qu’Omar-Jo lui offre une bille. Il se voit en train de rajeunir ce qui lui vaut du succès même auprès des femmes.

Cheranne

Ceci nous mène à parler de la femme-coquelicot. Baptisée ainsi par Omar-Jo, elle symbolise de part son surnom le renouveau : le coquelicot est la fleur qui naît au printemps, à la saison nouvelle. Elle tire un trait sur le passé et se voit prendre un nouveau départ. Cette attitude est aussi due à l’influence implicite d’Omar-Jo qui va la rapprocher du forain.

Cette femme peut être aussi qualifiée de multiple: ses parents sont de nationalités différentes ; elle a vécu entre la France et les États-Unis…

Sugar

De même, ce personnage mêle diverses cultures. Cependant, il n’incarne pas l’apogée du cosmopolitisme puisqu’il fut étonné à la vue de la photo de Joseph.

Rosie et Antoine, les cousins

Aux antipodes de Omar-Jo, Rosie et Antoine constituent un univers fermé. Ils sont introvertis malgré leur émigration. Rosie préfère s’isoler avec son mari pour essayer de le reconquérir. Leur vie se limite à la blanchisserie, un endroit clos. Même l’aspect physique de la femme renvoie à sa personnalité renfermée sur elle-même.

Le lieu

Dans ce roman nous avons deux espaces principaux : Le Liban jalonné par les guerres et la France, plus précisément la place St Jacques. Le Liban est le cadre du passé malheureux, celui de la tristesse d’Omar-Jo. C’est l’endroit duquel s’enfuit le protagoniste pour gagner son ailleurs qui deviendra au début la France et puis le monde. À la place St Jacques se réunissaient des personnes de différentes ethnies pour effectuer le pèlerinage vers St Jean de Compostelle. Ce n’est pas par hasard que l’auteure a placé le manège de Maxime ici. C’est un espace ouvert, un lieu de rencontre pour toutes les générations. Le manège est un cercle qui tourne. C’est la métaphore de la vie, du cycle qui se répète. Cependant, cette vie jadis poussiéreuse et malheureuse est enjolivée par Omar-Jo et ses spectacles. Il change les larmes en sourires par ses gestes, son cirque.

Conclusion

Ce roman est donc placé sous le signe de l’espoir. Omar-Jo est l’alchimiste qui lie passé, présent et futur. Il a su puiser de son passé la pluralité pour égayer son présent et celui des gens qui l’entourent en posant les bases d’un futur optimiste.

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Cette histoire serait donc un roman initiatique. Cependant, le sujet effectuant ce voyage n’est pas le protagoniste mais chacun des autres personnages. Omar-Jo n’est que l’instigateur. Il n’entraîne pas seulement ceux qui l’entourent dans son manège. Il envoûte aussi le lecteur. Le destinataire originel, à travers ces pages, fait son propre voyage intérieur pour retrouver les notes optimistes que veut nous rappeler l’écrivaine. Andrée Chedid envoie un message au monde et au peuple libanais en particulier, celui de ne jamais perdre espoir. Il suffit de peu pour laisser le manège briller de mille feux.

 

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