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L’univers des livres

L’autographe

Non seulement il [un bibliothécaire] a bien voulu me montrer les livres de la ville, mais encore les siens, − parmi lesquels se trouvent de précieux autographes, tels que ceux d’une correspondance inédite de Voltaire, et un recueil de chansons mises en musique par Rousseau et écrites de sa main…

(Gérard de Nerval, « Angélique », in Les Filles du feu, 1854, p. 525)

ℹ Retrouvez, à la fin de l’article, une notice biographique des auteurs dont le nom est suivi d’un 👤.

Présentation

L’autographe est une lettre, un document ou simplement une signature écrits de la main même de son auteur ou d’une personne célèbre. Ce mot s’emploie comme adjectif et comme substantif masculin. De nos jours, l’autographe est une signature − éventuellement accompagnée de quelques mots −, auprès d’une personne célèbre (demander, solliciter, donner un autographe).

En se plaçant au point de vue littéraire, les autographes ont leur utilité pour la vérification du texte d’un auteur et pour la recherche de ses procédés d’écrivain, qu’on apprend à mieux connaître par l’examen de l’état des manuscrits.

Collections d’autographes

Les collectionneurs d’autographes ont sauvé de la destruction bien des documents intéressants pour l’histoire et les lettres. Certains amateurs, familiarisés avec bon nombre d’écritures, ont pu connaître les auteurs de pièces anonymes. Mathieu-Guillaume-Thérèse Villenave👤 a attribué avec certitude à Sully👤, à Bussy-Rabutin👤, à d’Aguesseau👤, des écrits qui ont acquis ainsi une valeur particulière. Le goût des autographes a existé de toute Antiquité, mais il s’est surtout développé depuis le XIXe siècle.

Il ne faut point croire néanmoins que les collections particulières ne datent que de ce siècle. Au XVIIIe siècle, il y en avait déjà de belles. On cite celle du célèbre Uffenbach👤, formant 65 volumes et 54 volumes in-4, presque uniquement composés de lettres des savants les plus illustres depuis le XVIe siècle.

Les manuscrits des bibliothèques publiques, des archives de l’État et des ministères sont, malgré la surveillance des conservateurs, l’objet de détournements continuels, et Ludovic Lalanne👤 et Henri Bordier👤 ont pu dresser tout un dictionnaire des pièces autographes dont les dépôts littéraires de la France ont été dépossédés. Ce livre ne renferme pas moins d’un millier d’articles.

De temps à autre, lors des ventes de collections particulières, les administrateurs des bibliothèques réclament la restitution de pièces importantes ; mais beaucoup de ces pièces, acquises par des amateurs étrangers, sont à jamais perdues pour le public. D’après les écrivains cités plus haut, les collections qui ont le plus souffert des déprédations sont les suivantes, appartenant à la Bibliothèque nationale : la collection du Puy, les correspondances de Boulliau, de Peiresc👤, de l’abbé Nicaise👤, le recueil connu sous le nom de Carton de Racine.

La correspondance d’Hévéius, astronome du XVIIe siècle, conservée à l’Observatoire, laquelle ne forme pas moins de 16 volumes in-folio, se composait de 2 700 pièces, dont 560 ont disparu. Un recueil de lettres adressées à Scévole de Sainte-Marthe, appartenant à l’Institut, et des plus importantes pour l’histoire de la littérature et des sciences, a été aussi mise au pillage. De nombreuses lettres de Descartes et des savants du dernier siècle ont été enlevées aux archives de l’Institut. Dans la fameuse collection des frères du Puy, consistant en plus de 960 volumes, la vérification de 715 volumes a fait constater la disparition de 425 pièces. C’étaient des autographes émanant de Galilée, Sully, Rubens, Paul Manuce, Richelieu, de rois, de princes, etc. Dans la collection Peirese, 2 000 soustractions ont eu lieu. Celle de la Famille Codefroy, dont la partie la plus intéressante est une suite de lettres des rois de France, rangées par règnes, depuis Charles VII jusqu’à Louis XV, a été littéralement dévastée. On peut dire que le dommage est inappréciable.

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La cupidité n’a pas toujours été l’unique mobile des dévastateurs ; des intérêts d’amour-propre, par exemple le désir de s’approprier définitivement une découverte, et de la jalousie de savants étrangers, ont souvent poussé à ces détournements. C’est aux soustractions pratiquées de l’époque contemporaine sur une si large échelle qu’il faut attribuer la recrudescence subite du commerce des autographes à partir de 1835.

Prix des autographes

Les prix des autographes varient selon leur importance comme documents, la célébrité de ceux dont ils émanent ou encore la rareté des pièces manuscrites d’une personne connue. Comme prix élevés, on peut rappeler ceux de 28 lettres de Mme de Maintenon, payées par Louis XVIII à 14 000 francs, et d’une lettre de Christophe Colomb achetée pour 825 francs par le duc de Buckingham en 1825. Mais il est peu de commerce qui donne lieu à autant de fraudes que celui des autographes, et les amateurs les plus expérimentés peuvent être aveuglés par leur passion au point d’être victimes des mystifications ou des escroqueries les plus audacieuses. On se souviendra longtemps de la collection de manuscrits de Galilée, de Pascal, de Newton, etc., qui, de 1867 à 1869, ont donné lieu à tant de discussions dans l’Institut et qui ont bouleversé les rôles connus de ces grands génies dans l’histoire des sciences. Ils se trouvent être l’œuvre d’un faussaire, qui avoue avoir fabriqué et vendu environ 20 000 autographes, dont quelques-uns remontent presque à la naissance du monde.

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Et l’autographie ?

L’autographie est un procédé par lequel des écritures ou des dessins exécutés à la main sur du papier spécial et avec une encre grasse sont transportés sur une pierre lithographique ou toute autre matière adéquate pour permettre d’en tirer le nombre d’exemplaires voulus.

Domaine de la technologie

En technologie, l’autographe est une machine qui permet d’écrire plusieurs lettres à la fois. Cette invention est basée sur le principe du pantographe (instrument servant à reproduire un plan, une carte, un dessin, à l’échelle que l’on veut).

L’autographe désigne également un ouvrier qui reproduit habilement des écritures, des dessins par le procédé de l’autographie. Les autographes professionnels font plus spécialement appel au papier autographique pelure pour les travaux un peu délicats tels que par exemple les dessins de broderie.

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👤 Notices biographiques

Mathieu-Guillaume-Thérèse Villenave, né le 13 avril 1762 à Saint-Félix de Caraman, mort le 16 mars 1846 à Nantes, est un homme de lettres, journaliste, avocat, bibliophile et collectionneur d’autographes français. Après sa mort en 1846, sa collection a été dispersée ; une partie a été mise en vente (aux enchères) par sa fille Mélanie en 1865.
Maximilien de Béthune, duc de Sully, né à Rosny-sur-Seine le 13 décembre 1559 et mort à Villebon le 22 décembre 1641, maréchal de France (1634) est un militaire protestant et un compagnon d’armes du roi Henri IV dont il devient l’un des principaux conseillers.
Roger de Rabutin, comte de Bussy, connu sous le nom de Bussy-Rabutin (13 avril 1618 à Saint-Émiland – 9 avril 1693 à Autun) est un lieutenant-général des armées du roi Louis XIV, courtisan de la cour de France, philosophe et écrivain épistolaire, pamphlétaire, satirique et libertin et membre de l’Académie française.
Zacharias Conrad von Uffenbach, né le 22 février 1683 et mort le 6 janvier 1734 à Francfort-sur-le-Main, est un juriste, bibliophile et collectionneur de manuscrits de renommée européenne. Sa bibliothèque, qui rassemblait 40 000 livres, était une des plus importantes collections privée d’Allemagne.
Ludovic Lalanne, né le 23 avril 1815 à Paris où il est mort le 16 mai 1898, est un historien et bibliothécaire français. Il était membre résidant du Comité des travaux historiques et scientifiques, archiviste de la Société de l’École des chartes et président de la Société de l’histoire de France. En 1881, il a reçu le prix Archon-Despérouses.
Henri Léonard Bordier (Paris, 8 août 1817- Paris, 31 août 1888) est un historien français. Il est l’auteur d’une Histoire de France en collaboration avec Édouard Charton.
Nicolas-Claude Fabri de Peiresc (également orthographié de Peyresc), né le 1er décembre 1580 à Belgentier et mort le 24 juin 1637 à Aix-en-Provence, est un intellectuel de l’époque baroque, conseiller au Parlement de Provence, polymathe, scientifique, homme de lettres, astronome et collectionneur. Il est connu notamment pour avoir entrepris de dresser la première carte de la Lune fondée sur des observations télescopiques.
Claude Nicaise, connu sous le nom d’Abbé Nicaise, (1623-1701) est un prêtre et érudit français. On lui attribue la première utilisation du mot romantique dans la littérature française : « Que dites-vous, Monsieur, de ces pastoureaux, ne sont-ils pas bien romantiques ? » (1694).

L'univers des livres est une rubrique qui tentera de mettre la lumière sur le concept du livre, du lecteur, de la lecture, du vaste monde des librairies, et sur tous les sujets auxquels ils pourraient se rattacher.

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