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Être « honnête homme » au XVIIe siècle

Un homme agréable et ouvert

L’honnête homme : combien de fois trouve-t-on cette expression sous la plume des écrivains du XVIIe siècle, en particulier dans les ouvrages de Nicolas Faret et du chevalier de Méré qui y consacrent l’essentiel de leurs analyses ! Il ne faut pas s’y tromper. Sa signification est bien éloignée de celle qu’on lui donne couramment de nos jours. Cette formule sert alors à désigner un idéal, celui de l’homme du monde, de l’homme de cour. Elle renvoie à un comportement social.

L’« honnête homme », c’est d’abord celui qui sait briller en société. Il veut plaire, séduire. Il est passé maître dans l’art d’être agréable. Ses manières sont raffinées, ses vêtements élégants, mais d’une élégance qui évite de tomber dans l’excès. Il possède le talent de la conversation : il ne se met jamais en avant, mais, au contraire, permet aux autres de s’exprimer, souligne, au passage, la justesse d’une idée, le bonheur d’une expression. Il montre son ouverture d’esprit, sa capacité à s’effacer, à dominer son amour-propre, son égoïsme. Il lui faut, en occasions, offrir un visage détendu, souriant, ne pas infliger le spectacle de sa mauvaise humeur ou de son irritation. Il a le sens de l’humour, de la plaisanterie, mais d’une plaisanterie fine qui fait sourire plutôt que rire.

Une grande capacité d’adaptation

Cette manière de se comporter en société ne s’improvise : elle suppose à la fois un sens aigu de l’observation et une grande capacité d’adaptation. L’« honnête homme » excelle à juger une assemblée, à apprécier avec exactitude sa composition et ses dispositions. C’est là une condition indispensable pour pouvoir faire bonne figure dans tous les milieux et en toutes circonstances.

L’« honnête homme » connaît à merveille son monde et sait adapter son comportement à la personnalité de celui à qui il s’adresse. Il n’aura pas la même attitude avec un cardinal, un maréchal on une jeune coquette. Il n’abordera pas non plus les mêmes sujets de conversation, mais cherchera ce qui peut intéresser son interlocuteur : au cardinal, il parlera théologie, il questionnera le maréchal sur sa dernière campagne, il tiendra à la jeune coquette des propos galants. Cette souplesse d’esprit est la marque de deux qualités essentielles : le respect des autres et la tolérance.

Naturel et simplicité

L’« honnête homme », dans cette adaptation continuelle, doit avoir la nature pour guide : c’est en en tenant sans cesse compte qu’il pourra s’adapter aux autres, qu’il adoptera le comportement adéquat. Mais il lui faut éviter que cette indispensable adaptation ne détruise sa propre nature. Il doit, à tout prix, rester naturel, empêcher que sa personnalité ne soit pervertie par des artifices : être agréable, naturellement, sans chercher à l’être, telle est sa règle de conduite.

Tout son comportement répond à cet impératif fondamental. Il proscrit l’affectation, ne cherche pas à paraître ce qu’il n’est pas, s’efforce d’être simple, refuse l’exagération, défend les positions du juste milieu : dans le théâtre de Molière, les personnages excessifs prêtent à rire et connaissent l’échec, tandis que les partisans de la mesure suscitent la sympathie et réussissent dans leurs projets.

Le rejet du pédantisme

La conception que l’« honnête homme » a du savoir est directement la conséquence du rôle qui est le sien. La diversité des milieux qu’il fréquente l’oblige à dominer un vaste champ de connaissances. Il possède des lumières sur tous les sujets. Mais il ne doit surtout pas ennuyer. Il sait qu’au cours d’une conversation il a affaire à des personnes inégalement averties des domaines abordés. Il lui faut donc éviter une spécialisation excessive, une technicité trop grande, fuir le didactisme et le pédantisme. Là encore, il doit s’adapter à son auditoire.

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Les écrivains qui s’adressent au public des salons sont bien conscients de cet impératif. En adoptant des formes plaisantes pour exposer leur pensée, La Rochefoucauld, avec la maxime, le chevalier de Méré, avec la présentation détendue et familière des idées, ou Madame de Sévigné, avec la lettre, font partie de la grande famille des « honnêtes gens ».

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