L’étymologie

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L’étymologie

– ou l’histoire des mots –

On peut analyser un texte de bien des façons différentes, car il est tour à tour justiciable de la phonétique, de la sémantique, de la syntaxe, de la logique, de la rhétorique, de la philologie, sans omettre la métrique, la prosodie et l’étymologie

(Paul Valéry, Variété V, 1944, p. 147)

Présentation

Tous les mots ont une histoire. Ils ont traversé les époques et ont évolué au fil des siècles. L’étude de leur histoire s’appelle l’étymologie. Elle désigne à la fois la science de l’évolution des mots et l’origine d’un mot. Venant du grec etumologia, le mot étymologie signifie « le vrai sens d’un mot ». L’étymologie consiste donc à établir des relations entre un mot et son étymon, c’est-à-dire le mot duquel il vient, son ancêtre en quelque sorte.

💡 Étymologiste, étymologiser
Nous retrouvons dans le dictionnaire le mot étymologiste désignant celui ou celle qui se consacre à des recherches étymologiques. Il y a également le verbe intransitif étymologiser qui signifie « s’occuper de recherches étymologiques » (attesté en particulier dans les dictionnaires Littré et Larousse du XIXe et XXe siècles).

→ À lire : Histoire résumée du vocabulaire français. – Histoire de la langue française.

L’évolution de l’étymologie
Alain Rey, Dictionnaire Historique de la langue française, Le Robert, 2016, 2808 p.

Alain Rey, Dictionnaire Historique de la langue française, Le Robert, 2016, 2808 p.

Difficile à définir précisément, l’étymologie a été, au cours de sa longue histoire, rattachée à la philosophie comme à la linguistique. De tout temps, l’étymologie a excité la curiosité. Elle est une partie importante de l’histoire des langues, de leurs rapports, de leur filiation, de leurs transformations successives. On peut ajouter, avec Émile Littré, que souvent ceux mêmes qui s’occupent le moins de l’étude des mots ont l’occasion d’invoquer une origine étymologique à l’appui d’une idée ou d’une explication. Il semble que pénétrer dans l’intimité des mots, ce soit pénétrer dans la nature même des choses.

L’étymologie a été longtemps traitée d’une façon si incertaine et si arbitraire, qu’il était difficile de voir en elle l’objet d’une recherche scientifique. Ce n’est que depuis un petit nombre d’années qu’elle s’est constituée à l’état de sciences et qu’à l’aide d’une méthode régulière elle est entrée dans le concert des sciences d’observation. Les Anciens, comme les érudits des derniers siècles, se bornaient à rapprocher au hasard les mots sur leur ressemblance, et les faisaient dériver les uns des autres, sans autre règle que leur apparente conformité. Ménage, qui donnait au XVIIe siècle, un Dictionnaire étymologique, a suivi, comme tant d’autres, la pure fantaisie. À cette époque, on ne craignait pas de rattacher jeûne à jeune, par cette belle raison que la jeunesse est le matin de la vie et qu’on est à jeun le matin.

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L’étymologie est sortie de nos jours du domaine de la fantaisie, par l’application de la méthode comparative, qui est celle des sciences naturelles. Avant l’application de cette méthode à l’étude des animaux, les anciens naturalistes mettaient la baleine et autres mammifères marins au nombre des poissons, à cause d’une ressemblance de forme extérieure ou de manière de vivre. Des classifications scientifiques ont succédé à ces rapprochements arbitraires, par suite de l’étude de l’anatomie comparée. L’étymologie est pour ainsi dire l’anatomie comparée du langage. Au lieu de regarder le mot par le dehors, elle le dissèque en ses éléments, c’est-à-dire en ses lettres, observe leur origine et la manière dont elles se transforment. Elle se laisse guider par les faits et s’élève à des lois fixes, générales, dont les exceptions mêmes sont régulières.

À quoi sert l’étymologie ?

L’étymologie permet souvent de comprendre le sens des mots d’aujourd’hui, et de retracer leur histoire afin de saisir leur sens dans certaines utilisations (on peut aussi dire : dans certaines « acceptions »).

Par exemple, le mot français rien vient du mot latin res, qui signifie « quelque chose », c’est-à-dire le contraire de ce qu’il signifie aujourd’hui en français ! Mais c’est cette étymologie qui permet justement de comprendre des expressions comme trois fois rien ou un petit rien.

Que sont les doublets ?

Les doublets sont des mots qui ont le même étymon mais qui n’ont cependant pas suivi la même évolution dans la langue :

  • l’un des deux mots a suivi la lente évolution de la langue française (du latin vulgaire, c’est-à-dire le latin parlé en Gaule romaine, à l’ancien français et au français moderne) ;
  • l’autre mot a été emprunté plus tardivement au latin, souvent pour un usage scientifique.

Par exemple le mot latin causa a donné les mots chose et cause, qui sont des doublets :

  • en effet le mot causa, en suivant les lois de l’évolution phonétique, du latin vulgaire (cosa), à l’ancien français (chiose) est devenu en français moderne chose ;
  • le même mot causa a directement été emprunté au latin au Moyen Âge pour signifier en français la cause.

Il existe ainsi en français de nombreux doublets, comme la moule et le muscle (qui viennent du latin musculum), le poison et la potion (qui viennent de potionem) ou encore le métier et le ministère (qui viennent de ministerium).

De la conjecture à la science

Les toutes premières spéculations philosophiques et théologiques sur l’origine des mots étaient liées à la réflexion sur l’origine du langage. En dehors de toute perspective historique, certains partaient du principe que le langage avait une origine naturelle (onomatopéique), d’autres, qu’il s’était établi sur des conventions.

Déductions analogiques

Les premiers essais en matière d’étymologie s’appuyaient sur des constats de similitude entre les mots. Au début du VIIe siècle, Isidore de Séville (Etymologiae) recensait des étymologies fondées sur des analogies : le latin corpus était ainsi une contraction de l’expression corruptus perit parce que le corps est mortel.

Par la suite, d’autres auteurs (Estienne Guichard, L’Harmonie étymologique des langues, 1606) ont été jusqu’à établir des étymologies complexes en manipulant les lettres des mots et en procédant à des inversions, des anagrammes ou des permutations. L’erreur fondamentale de ce type d’analyse, c’est que l’étymologiste part du sens pour justifier ensuite l’évolution de la forme, ce qui revient à admettre que le sens est plus stable que la forme phonétique. Cette conception de l’art étymologique, fondée sur la croyance que la vérité des mots consiste dans leur conformité avec les choses, a perduré jusqu’au XIXe siècle.

Première perception historique

Parallèlement, dès le Moyen Âge, une nouvelle conscience de l’importance du paramètre historique est apparue, qui, si elle s’est précisée au XVIIe siècle, ne s’est vraiment affirmée qu’au début du XIXe siècle.

Ce n’est qu’en abandonnant l’idée de la nécessité du lien entre le mot et la chose et en adoptant cette perspective historique, que l’étymologie a pu devenir ce qu’elle est depuis le XIXe siècle : une science consistant à rechercher les étymons, c’est-à-dire les mots ou morphèmes plus anciens qui sont à l’origine d’une forme.

Premières lois phonétiques

La découverte du sanskrit permit à l’étymologie de prendre un caractère plus scientifique. Au début du XIXe siècle, les linguistes comparatistes qui étudiaient le sanskrit remarquèrent que cette langue présentait des ressemblances lexicales avec le latin et le grec. Après que la comparaison lexicale eut été étendue à d’autres langues, l’idée d’une origine commune, d’une parenté linguistique indo-européenne se fit jour et eut pour conséquence l’élaboration de lois phonétiques comme la loi de Grimm. Jacob Grimm (1822), à la suite du linguiste danois Rasmus Rask, releva des correspondances systématiques entre les sons de mots de sens équivalent appartenant à des langues différentes. Il remarqua, entre autres, que les langues germaniques avaient un /f/ là où d’autres langues indo-européennes, comme le latin et le grec, avaient un /p/ (gotique fotus ; latin pedis).

Ainsi, le développement de la phonétique historique, qui systématise les évolutions sonores dans la langue et en établit les lois, a constitué le premier outil indispensable de la science de l’étymologie. Dès lors l’étymologie complète d’un mot devait rendre compte de son évolution phonétique. On a ainsi établi qu’une langue peut posséder des doublets, dont l’un correspond à l’évolution phonétique normale à partir de l’étymon, et l’autre à un emprunt savant (c’est le cas par exemple du couple frêle / fragile, dont le second provient du latin fragilem, cependant que le premier représente une évolution phonétique depuis le bas latin fragile(m)).

Étymologie moderne

L’étymologie moderne repose sur ces découvertes des comparatistes. Les recherches étymologiques sont diachroniques. Il est nécessaire de déterminer la forme et l’usage le plus ancien du mot et de respecter l’évolution historique. Pour ce qui est des langues indo-européennes, les lois phonétiques doivent être prises en compte, tout particulièrement dans le cas des consonnes. Les ressemblances de forme et de sens entre des mots de langues non apparentées relèvent vraisemblablement du hasard, et, en tant que telles, ne doivent pas être prises en compte.

Des ressemblances phonétiques accidentelles ont ainsi pu être prises, à tort, pour des mutations phonétiques ou pour une preuve de parenté. Le fait que le latin taurus ressemble à l’arabe thaur, tous deux signifiant taureau, ou que l’anglais sheriff ressemble au mot arabe sharif, relèveraient ainsi du hasard dans la mesure où il n’y a aucune relation de parenté.

Le XXe siècle a vu se mettre en place une controverse entre les tenants d’une étymologie exclusivement fondée sur les lois phonétiques, comme Gaston Paris, et ceux qui voulaient introduire la sémantique dans la recherche étymologique comme Gilliéron ou Schuchardt. De ces débats a résulté une conception de l’étymologie qui doit prendre en compte non seulement la filiation des formes mais aussi des sens successifs, de même que les facteurs sociologiques de changement (influence de l’usage populaire, par exemple). Le mot est dès lors étudié à l’intérieur d’un système complexe de relation (champs sémantique, extension géographique d’utilisation, etc.).

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