La littérature française du XVIe siècle

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Histoire de la littérature française

Le XVIe siècle

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💡 La littérature française
La littérature française est l’ensemble des œuvres littéraires de langue française produites en France depuis le XIIe siècle, date à partir de laquelle se développe la littérature en langue vulgaire.
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Présentation

Deux grands faits dominent l’histoire de la littérature française au XVIe siècle : la Réforme et la Renaissance des lettres. Cette double influence se fait sentir dans tous les genres. Toutefois, la première s’exerce plus directement sur les ouvrages des théologiens, des moralistes, des auteurs politiques qui s’inspirent des intérêts et des passions de leur temps. La seconde s’exercice plutôt sur les ouvrages des lettres et des poètes qui vont chercher leurs modèles dans le passé, séduits par la beauté des ouvres antiques.

La Réforme est un mouvement introduit dans l’Église catholique au XVIe siècle par Martin Luther et Jean Calvin dans le but de réorganiser les structures et de modifier les dogmes, et ayant abouti à la formation d’Églises séparées (protestantisme luthérien, anglicanisme, protestantisme calviniste).

Après le XVe siècle, qui représente une période de transition à la fin du Moyen Âge, la Renaissance débute en France avec le règne du souverain et mécène François Ier. Elle désigne, en général, un mouvement social et culturel, fondé sur un retour aux modèles de l’Antiquité classique, qui bouleverse la pensée, l’organisation et l’art de la société occidentale au XVe et XVIe siècles ; période historique correspondant à ce phénomène. En littérature et dans les beaux-arts, la Renaissance implique un retour aux canons artistiques et aux thèmes de l’antiquité gréco-latine, qui apparaît en Italie puis en Europe au XVe siècle, marquant la fin de l’esthétique médiévale et le début d’une ère nouvelle.

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Contexte culturel

La pensée de la Renaissance est marquée par une remise en cause générale des certitudes du passé. Les travaux d’Ambroise Paré en médecine, de Nicolas Copernic en astronomie et de Ramus en logique, ou encore les perspectives ouvertes par les grandes découvertes renouvellent la vision de l’homme et du monde. Cette vision nouvelle se nourrit également de l’exemple de la Renaissance italienne (XVe siècle) et de celui des civilisations grecque et latine.

Dans le même temps, l’invention de l’imprimerie rend possible une diffusion plus large des textes, notamment des textes fondamentaux et, en premier lieu, de la Bible. Des érudits, tels le philologue Guillaume Budé, les Estienne ou Jacques Amyot, soucieux de revenir aux textes originaux, offrent de nouvelles traductions des textes grecs et latins (Aristote, les Évangiles, Plutarque, etc.) ou de nouveaux outils d’étude et de connaissance (grammaires, dictionnaires). Jacques Lefèvre d’Étaples traduit la Bible en 1530.

Les deux grands courants de pensée qui dominent le XVIe siècle sont le mouvement religieux de la Réforme et le courant d’idées de l’humanisme qui, quoique fort divergents sur des points essentiels, sont tous deux issus de la même volonté de revenir à la pureté des textes originaux et de se livrer à une critique libre et constructive des institutions culturelle, religieuse et politique.

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La Réforme, initiée par Martin Luther en Allemagne, s’incarne en France dans l’évangélisme et dans le calvinisme, né avec l’Institution de la religion chrétienne (1536-1559) de Jean Calvin. Condamnée par l’Église catholique, puis par les autorités religieuse et politique françaises, la Réforme est durement réprimée, ce qui engendre une série de guerres civiles.

Lié souvent à la pensée évangéliste, le courant humaniste a assimilé l’idée de la relativité de valeurs autrefois considérées comme absolues. Il prône le respect de l’individu comme de la liberté de pensée et de croyance, revendique une nouvelle rigueur intellectuelle, fondée sur des méthodes scientifiques, intégrant l’expérimentation, et appelle à un retour à l’étude des textes de l’Antiquité grecque et latine.

La Réforme et l’humanisme opèrent un profond renouvellement, tant formel que thématique, dans les lettres françaises. La langue littéraire du XVIe siècle est par ailleurs remarquable par sa richesse. Les œuvres de ce temps le sont par leur grande variété, par leur vivacité et par leur liberté de ton.

Dans le domaine de la poésie, la Pléiade entreprend des réformes majeures, préconisant l’imitation des formes anciennes ou italiennes et l’enrichissement de la langue française, et conférant au lyrisme une dimension plus personnelle qu’auparavant. Dans le genre narratif, le roman demeure un genre prisé, mais c’est la nouvelle qui se développe de la façon la plus spectaculaire. Les plus grands textes de ce temps se situent toutefois au-delà des genres : les récits de Rabelais et les Essais de Montaigne ne répondent en effet à aucun critère de genre préétabli.

Poésie
Clément Marot et l’école lyonnaise

Photo de Clément MarotAprès les exercices de virtuosité des Rhétoriqueurs du XVe siècle, la poésie revient à un ton plus simple et naturel avec Clément Marot. Poète de cour, proche de Marguerite de Navarre, ce dernier est inquiété pour ses sympathies à l’égard de la Réforme et meurt en exil. Il est l’auteur de traductions (Ovide, Pétrarque) et se distingue par ses vers satiriques (L’Enfer, 1542), ses poèmes de circonstance (L’Adolescence clémentine) et par sa poésie lyrique. Il introduit le sonnet italien en France et invente la forme du blason (Blason du beau tétin, 1535).

L’école lyonnaise, d’inspiration pétrarquiste et néoplatoniste, témoigne également de l’influence italienne sur la poésie française. Maurice Scève, auteur d’un cycle amoureux plaintif, Délie, objet de plus haute vertu (1544), en est le chef de file. À ses côtés, Louise Labé, auteur d’élégies et de sonnets, se prononce en faveur d’une plus grande indépendance des femmes et revendique pour elles l’accès à l’éducation.

La Pléiade

La Défense et illustration de la langue française / Joachim Du Bellay ; avec une notice biographique et un commentaire historique et critique par Léon Séché, E. Sansot, Paris, 1905.

Avec le manifeste poétique intitulé Défense et Illustration de la langue française (1549), de Joachim Du Bellay, le groupe de la Pléiade pose les fondements de la poésie moderne en affirmant la beauté singulière de la langue française. Il préconise aussi le renouvellement des formes et du vocabulaire poétiques. Rassemblés à des moments divers autour de Pierre de Ronsard, les principaux membres de la Pléiade sont le philologue Dorat, grand connaisseur des Anciens, Rémi Belleau, Jean Antoine de Baïf, Pontus de Tyard, Étienne Jodelle et Joachim Du Bellay.

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Animateur du groupe, Pierre de Ronsard est considéré, de son vivant même, comme le plus grand poète lyrique de son temps. Il pratique des genres divers, adapte l’ode antique et mythologique dans ses Odes (1550-1552), s’essaie brillamment au sonnet pétrarquiste dans ses Amours (1552-1553 et 1555-1556 pour les Continuations), compose des Hymnes savants (1555-1556) et divers Discours (1560-1563), ainsi qu’une épopée relatant l’origine du royaume de France, Les Franciade (1572).

On fait souvent de Ronsard le chantre de l’amour par excellence. Sa poésie amoureuse est certes dominée par une certaine forme d’épicurisme, allant de pair avec une méditation sur la fuite du temps et sur la mort. Mais il est aussi un auteur érudit et un polémiste de talent.

Joachim Du Bellay, son rival et ami, brille surtout dans le ton du lyrisme plaintif et mélancolique. On lui doit entre autres un recueil de sonnets, Les Antiquités de Rome (1558), où il se livre à une méditation sur la grandeur de Rome pour mieux déplorer sa décadence. D’une tonalité plus intime, les poèmes des Regrets (1558) font état de la nostalgie de la France qu’il ressent lors de son séjour à Rome.

Si la poésie classique dénigre ce qu’elle considère comme les débordements lyriques et l’exubérance de la langue de la Pléiade, l’influence du groupe se fait pourtant sentir tout au long du XVIIe siècle et connaît même un regain d’intérêt au XIXe siècle avec le romantisme.

Poésie politique

Après l’an 1562, qui marque le début des guerres de Religion, la poésie rend compte des conflits et adopte un ton plus polémique. Agrippa d’Aubigné, huguenot intransigeant, homme de guerre, poète et historien, donne quelques-uns des chefs-d’œuvre de cette littérature engagée, en particulier avec Les Tragiques, épopée satirique publiée en 1616.

Le chaos dans lequel se trouve plongé le royaume, la remise en cause des certitudes scientifiques et religieuses orientent l’esthétique poétique dans le sens du baroque. Guillaume du Bartas, auteur de La Semaine ou la Création du monde (1578), est représentatif de cette évolution, comme l’est également le jeune Malherbe.

Récit

Le XVIe siècle est un siècle fécond dans le domaine de la littérature d’idées. Cependant, la politique et la religion, mais aussi l’éducation et la science, sont des sujets délicats : le recours à la fiction narrative, avec les déguisements qu’elle permet, est souvent pour les auteurs un moyen d’exprimer des idées audacieuses de façon détournée. La fiction présente en outre l’avantage d’enseigner, de provoquer la réflexion, tout en distrayant.

Œuvre de Rabelais : enseigner et distraire

Portrait de François RabelaisFrançois Rabelais est l’un des maîtres du récit ludique et didactique. Esprit humaniste cultivé, contestataire et inventif, il mêle, avec une étonnante inventivité verbale, tous les registres de langue, sans craindre d’emprunter les procédés des écrits populaires — alliance du merveilleux et du réalisme, recours à l’exagération comique et au grotesque, ton de la satire, scènes de farce et gauloiseries — pour aborder les grandes questions de son temps : l’éducation, la guerre, la liberté de pensée confrontée à l’obscurantisme religieux.

La liberté de ton de Pantagruel (1532) et de Gargantua (1534 ou 1535), ses écrits les plus célèbres, ne se retrouve pas tout à fait dans Le Tiers Livre (1546), ni dans ses ouvrages suivants, nettement moins satiriques. Le masque de la fiction, en effet, ne l’empêche pas d’être l’objet des foudres de la Sorbonne, et il doit peu à peu mettre un frein à ses critiques à l’égard des institutions.

Essor de la nouvelle

Au début du siècle, la nouvelle (que l’on appelle alors conte) acquiert le statut de genre littéraire à part entière, quand des lettrés s’en emparent avec, toujours, ce souci de divertir et d’instruire. L’Heptaméron de Marguerite de Navarre, sœur de François Ier et protectrice des arts, s’inspire du Décaméron de Boccace par sa structure de récits courts emboîtés au sein d’un récit plus ample. Dans cet ouvrage, Marguerite de Navarre fait deviser dix personnages de haute naissance qui, pour passer agréablement le temps, se proposent de raconter à tour de rôle des histoires vraies, auxquelles ils ont eux-mêmes assisté ou qu’on leur a racontées.

Ces récits, tour à tour drôles, violents et émouvants, sont toujours suivis d’une morale et abordent des questions sociales (la condition de la femme et le mariage, notamment) ou religieuses (importance de la foi par rapport aux actions de grâce et aux dons, critique du clergé contemplatif, etc.).

Autre conteur de talent, Noël du Fail compose des récits champêtres (Propos rustiques, 1547). Bonaventure Des Périers, auteur du Cymbalum mundi (1537), ouvrage qui dénonce les sectarismes et qui lui vaut d’être condamné pour athéisme, a laissé aussi un recueil de contes comiques intitulé Nouvelles Récréations et joyeux devis (posthume, 1558).

Théâtre

Gravure d'Étienne Jodelle par Léonard Gaultier, 1622.En 1548, un arrêt du Parlement de Paris interdit la représentation des mystères, jugés trop grossiers, ce qui n’empêche pas les genres médiévaux de rester longtemps à l’honneur, notamment auprès du public populaire.

La naissance de la tragédie en France est le fruit du travail des humanistes, qui posent les bases du genre en traduisant les tragiques grecs et latins (Euripide, Sophocle). Se référant à la Poétique d’Aristote, des auteurs comme Jules César Scaliger (1484-1558), Jean de La Taille (1540-1607), ou Jean Vauquelin de La Fresnaye précisent les canons du genre tragique. Leurs principes sont mis en œuvre pour la première fois dans Cléopâtre captive (1553) d’Étienne Jodelle, pièce considérée comme la première tragédie française. Si elle respecte effectivement la règle des trois unités (de lieu, de temps et d’action) et de la répartition en cinq actes, cette pièce se distingue de la grande tragédie du siècle suivant par l’accent qu’elle met sur l’expression lyrique de la souffrance, plus que sur un véritable développement dramatique de l’action.

La tragédie parvient à une plus grande maturité avec Robert Garnier, qui s’illustre dans le genre avec des pièces directement inspirées des Anciens, comme Hippolyte, Marc-Antoine ou Antigone, mais aussi avec son chef-d’œuvre, Les Juives (1583), qui aborde un sujet biblique.

Théodore de Bèze, grande figure de la littérature protestante, s’illustre également dans le registre tragique avec Abraham sacrifiant (1550), de même qu’Antoine de Montchrestien (1575-1621), auteur notamment de Sophonisbe (1596).

Littérature d’idées et invention de l’essai

Le XVIe siècle français est marqué par un débat d’idées sans précédent. Cependant, ce débat est loin d’être ouvert et facile : la censure oblige de nombreux auteurs à s’exiler ou à limiter leurs audaces. Nombre d’entre eux expriment leur pensée politique ou religieuse dans des genres tels que la poésie (Marot) ou le récit (Rabelais), espérant, par le déguisement littéraire, atténuer aux yeux des censeurs la portée de leur discours — souvent en vain.

Dans le domaine de la littérature d’idées à proprement parler, ce siècle se caractérise par la recherche de la simplicité : loin de multiplier les contraintes de langue (rhétorique, lexique, syntaxe) ou de structure, les ouvrages de cette catégorie tendent à la sobriété, de façon à toucher le plus grand nombre de lecteurs.

Jean Calvin

L’un des auteurs les plus importants de cette catégorie est Jean Calvin, dont l’essentiel de la pensée est consigné dans son ouvrage Institution de la religion chrétienne (1536-1559). Véritable manifeste en faveur de la Réforme, dont il explique et légitime les convictions sur les plans religieux, politique et moral, cet ouvrage, d’abord écrit en latin puis traduit en français, est effectivement caractérisé, sur le plan formel, par une simplicité apte à toucher un public plus vaste que ne le font alors la plupart des ouvrages de morale et de théologie.

Montaigne et l’essai

MontaigneLe désir d’échapper aux contraintes formelles engendre un genre nouveau, l’essai, inauguré avec les Essais de Michel de Montaigne. Inspiré par une pensée à la fois humaniste et stoïcienne, cet ouvrage, d’une nature sans précédent, rend bien compte des interrogations de l’époque, exprimant notamment un relativisme absolu en matière de connaissance.

Montaigne y recense ses réflexions et ses humeurs quotidiennes, ses réactions sur telle lecture, telle conversation, tel événement politique, selon une structure très libre et dans un style sans ornement ni emphase, qui multiplie citations et digressions sans craindre de nuire à la cohérence du propos. L’auteur cherche à y saisir la nature humaine à travers l’analyse de sa propre personnalité. Il tente aussi de formuler clairement les principes qui peuvent aider l’homme à connaître un bonheur serein, fondé sur l’acceptation de son sort et sur l’exercice raisonné de sa liberté.

→ À  lire : Essais (1580) de Montaigne. – L’essai.

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