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Auteurs français

Jean Giono

1906 – 1989

Les hommes sont les êtres les plus faibles du monde parce qu’ils sont intelligents. L’intelligence est exactement l’art de perdre de vue.

(Jean Giono, Pour saluer Melville, 1941)

Jean Giono est un écrivain français, dont de nombreux romans ont pour cadre — voire pour personnage principal — la Provence. Il est né le 30 mars 1895 à Manosque et mort le 9 octobre 1970 dans la même ville.

Présentation
Portrait de Jean Giono en 1937 par Eugène Martel.

Portrait de Jean Giono en 1937 par Eugène Martel.

Jean Giono est né à Manosque, en Haute-Provence, dans une famille modeste. Son père, italien d’origine, était cordonnier, sa mère, repasseuse. Il ne peut poursuivre ses études que jusqu’à la classe de seconde, au collège de sa ville natale. Embauché comme coursier dans une banque, il complète en autodidacte sa formation initiale, lisant entre autres Homère, Virgile, Stendhal et Flaubert.

En 1915, il est mobilisé et participe, à son corps défendant, à des combats dont il raconte l’horreur et l’absurdité dans le Grand Troupeau, roman publié en 1931. En 1919, il retourne à la banque. En 1920, il épouse une amie d’enfance, Élise. Ils auront deux filles, Aline et Sylvie. Lorsqu’en 1930 la banque qui l’emploie ferme sa succursale de Manosque et lui offre une situation ailleurs, il choisit de rester dans sa ville, et de quitter tout à fait la banque pour la littérature.

Jean Giono est aussi historien et scénariste. Dans l’œuvre de Giono, la nature tient une grande place. Il a toujours aimé les arbres. Quand il était petit, il allait se promener en compagnie de son père. Tous deux emportaient dans leurs poches des glands qu’ils plantaient dans la terre à l’aide de leur canne, en espérant qu’ils deviendraient de superbes chênes. Pour cela, un grand nombre de ses ouvrages ont pour cadre le monde paysan provençal. Inspirée par son imagination et ses visions de la Grèce antique, son œuvre romanesque dépeint la condition de l’homme dans le monde, face aux questions morales et métaphysiques et possède une portée universelle.

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Jean Giono est mort le 9 octobre 1970 à Manosque.

Incantations provençales

C’est après la guerre que Giono commence à écrire. Il publie ses poèmes dans des revues. Son premier roman, Naissance de l’Odyssée, influencé par la mythologie antique, contient déjà en germe le thème d’une nature à la fois effrayante et rédemptrice. Mais c’est en célébrant sa Provence, ou peut-être un « Sud imaginaire », que Giono atteint soudainement au succès, avec les trois romans de la trilogie de Pan : Colline (1928), Un de Baumugnes (1929) et Regain (1930). Son art de conteur s’inscrit là dans une prose riche de métaphores. Giono se consacre désormais pleinement à son œuvre : après le Grand Troupeau (1931), ce sont l’autobiographie Jean le Bleu (1932), puis Solitude de la pitié (1932), Le Chant du monde (1934). Ses incantations à la nature sont aussi marquées par le tragique (Que ma joie demeure, 1935).

Une figure du pacifisme

Le succès de Giono lui confère une autorité à la fois littéraire et morale. Il séduit par ses invitations rousseauistes à la vie simple et par sa condamnation du monde industriel qui ne peut que conduire à la guerre. Se forme autour de lui le « mouvement du Contadour », mouvement pacifiste qui se réunira neuf fois, à partir de 1935, sur le plateau qui lui a donné son nom. C’est d’ailleurs à cause de son engagement pacifiste que Giono est arrêté en septembre 1939, dès la déclaration de guerre. Il est de nouveau emprisonné à la Libération, cette fois pour collaboration, peut-être pour ses liens littéraires avec Drieu la Rochelle. Cette injustice le laisse amer et renforce sa méfiance envers la nature humaine, qui se faisait déjà jour dans les romans de sa première période.

→ À lire : Histoire de la France au XXe siècle.

Les œuvres de l’après-guerre

À partir de 1948, Giono publie quatre romans d’un cycle qui devait à l’origine être plus important, le « cycle du Hussard » : Mort d’un personnage (1948), Le Hussard sur le toit (1951), Le Bonheur fou (1957) et Angelo (1958). Ces récits mettent en scène le personnage stendhalien d’Angelo, hussard piémontais et exilé politique dans les années 1830, et son petit-fils dans les années quarante, dans un style plus dépouillé, elliptique que les œuvres précédentes. Parallèlement, il fait paraître Un roi sans divertissement (1947), Les Grands Chemins (1951), Le Moulin de Pologne (1952) ainsi que Ennemonde (1968) et L’Iris de Suse (1970), qui sont ses deux derniers écrits. Ces « chroniques » — comme les appelait Giono — sont des textes courts ancrés dans l’histoire qui offrent l’image d’un monde noir, dominé par une misère et un ennui tels que seules la cruauté et la destruction peuvent y faire diversion. Dans Noé (1947), récit de la création littéraire, Giono se tourne vers des techniques qui préfigurent celles du Nouveau Roman.

Prix Jean-Giono

Le prix Jean-Giono, créé en 1990 par la femme et la fille de l’écrivain Jean Giono à l’occasion du vingtième anniversaire de sa mort, est un prix littéraire qui distingue chaque année l’ensemble de l’œuvre d’un auteur de langue française qui a défendu la cause du roman ; le prix du jury distingue quant à lui un roman en particulier. Ces prix sont hébergés par la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent.

Président du Jury, Pierre Bergé, qui avait rencontré l’écrivain en 1950, raconte : « Ce que je lui dois est indicible. Il fut mon mentor, mon ami, mon guide. Il m’a fait découvrir tant de choses, lire tant de livres ! »

📽 15 citations choisies de Jean Giono
Citations choisies
  • Il y a dans la sensualité une sorte d’allégresse cosmique. (Jean le bleu, 1932)
  • Quand on est malade, rien ne chante plus fort que l’envie de guérir. (Le Chant du monde, 1934)
  • L’amour c’est toujours emporter quelqu’un sur un cheval. (Le Chant du monde, 1934)
  • Quand on cherche des excuses, on a déjà péché dans son cœur. (La Femme du boulanger, 1943)
  • C’est plus difficile pour moi de jouer en trichant. J’aimerais mieux jouer avec du jeu. (La Femme du boulanger, 1943)
  • Quoiqu’on fasse, c’est toujours le portrait de l’artiste par lui-même qu’on fait. (Noé, 1947)
  • On sent que les loups ce sont des bêtes avec lesquelles on peut s’entendre, sinon avec des paroles en tout cas avec des coups de fusil. (Un Roi sans divertissement, 1947)
  • Le poète doit être un professeur d’espérance. (L’Eau vive, 1943)
  • Prends donc l’habitude de considérer que les choses ordinaires arrivent aussi. (Le Hussard sur le toit, 1951)
  • Les spéculations purement intellectuelles dépouillent l’univers de son manteau sacré. (Les Vraies Richesses, 1936)
  • La joie panique, il est impossible de la garder pour soi-même ; celui qui l’a, s’il ne la partage ne fait que la toucher et la perdre. (Les Vraies Richesses, 1936)
  • La richesse de l’homme est dans son cœur. (Les Vraies Richesses, 1936)
  • La vie c’est de l’eau. Si vous mollissez le creux de la main, vous la gardez. Si vous serrez les poings, vous la perdez. (Rondeur des jours, 1943)
  • Le bonheur est une recherche. Il faut y employer l’expérience et son imagination. (Voyage en Italie, 1953)
  • Les joies du monde sont notre seule nourriture. La dernière petite goutte nous fait encore vivre. (Que ma joie demeure, 1935)
  • Quand les mystères sont très malins, ils se cachent dans la lumière. (Ennemonde et autres caractères, 1968)
  • Nous n’avons pas de futur. Pour tout le monde le futur parfait c’est la mort. Notre seul bien c’est le présent, la minute même ; celle qui suit n’est déjà plus à nous. (La Chasse au bonheur, 1988)
  • Où est le temps qui permettait d’écouter et de voir ? (La Chasse au bonheur, 1988)
  • Les hommes sont les êtres les plus faibles du monde parce qu’ils sont intelligents. L’intelligence est exactement l’art de perdre de vue. (Pour saluer Melville, 1941)
  • Quand on est chef de gouvernement on ne peut pas dire la vérité ; on ne la dit jamais. Gouverner c’est mentir. (Précisions, 1939)
Bibliographie : œuvres principales

On retrouve presque intégralement l’œuvre de Jean Giono dans la Bibliothèque de la Pléiade. Cette collection est composée de huit volumes. Six d’entre eux reprennent ses grands romans : les Œuvres romanesques complètes, un autre est consacré aux Récits et Essais et un dernier à son Journal (1935-1939 et 1943-1944) et à quelques poèmes et essais. En 1980, la Bibliothèque de la Pléiade a publié L’Album Giono, recueil biographique et iconographique de l’écrivain.

  • Accompagnés de la flûte, un recueil de poèmes, 1924
  • Colline, 1928
  • Un de Beaumugnes, 1929
  • Regain, 1930
  • Le Grand Troupeau, 1931
  • Jean le Bleu, 1932
  • Le Chant du monde, 1934
  • Que ma joie demeure, 1935
  • Les Vraies Richesses, 1936
  • Refus d’Obéissance, 1937
  • Batailles dans la montagne, 1937
  • Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix, 1938
  • Le Poids du ciel, 1938
  • Moby Dick (traduction du roman d’Herman Melville ; en collaboration avec Lucien Jacques et Joan Smith), 1939
  • Pour saluer Melville, 1939
  • Triomphe de la Vie en Suisse, 1941
  • L’Eau vive, 1943
  • Le Bout de la route, 1943
  • Lanceurs de Graine, 1943
  • La femme du Boulanger, 1943
  • Le Voyage en calèche, 1943
  • Un Roi sans divertissement, 1947
  • Virgile, 1947
  • Noé et de Fragments d’un paradis, 1948
  • Mort d’un personnage, 1949
  • Les Âmes fortes, 1950
  • Grands chemins, 1951
  • Le Hussard sur le toit, 1951
  • Le Moulin de Pologne, 1952
  • Voyage en Italie, 1953
  • Notes sur l’affaire Dominici suivies de Essai sur le caractère des personnages, 1955
  • Angelo, 1958
  • Domitien, 1959
  • Le désastre de Pavie, 1963
  • Deux Cavaliers de l’orage, 1965
  • Le Cœur-Cerf, 1969
  • Faust au village (posthume), 1977

Giono a également écrit les scénarios et dialogues des films de fiction et des documentaires suivants :

  • Le Chant du monde (projet de film inabouti), 1942
  • Le Foulard de Smyrne (documentaire sur le choléra en Provence au XIXe siècle, à partir d’une adaptation de son roman Le Hussard sur le toit, projet de film encore une fois inabouti), 1957
  • L’Eau vive, 1958
  • La duchesse (documentaire sur le brigandage légitimiste en Provence au XIXe siècle, toujours autour de son projet pour le Hussard), 1959
  • Platero et moi, adaptation du récit de Juan Ramón Jiménez : Platero y yo (projet de film inabouti), 1959
  • Crésus, 1960
  • Un roi sans divertissement, 1963
  • Provinces (émission La chevelure d’Atalante), réalisation de Robert Mazoyer, 1968

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Articles connexes

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Suggestion de livres


Que ma joie demeure

Le hussard sur le toit

Les Vraies Richesses

Les âmes fortes

Un de Baumugnes

Un roi sans divertissement

Analyse : Un roi sans divertissement

Le poids du ciel

Provence

Crésus (DVD)

Le Chant du monde

Le grand troupeau


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