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Auteurs français

Joris-Karl Huysmans

1848 – 1907

Sa vie

Photo de Joris-Karl HuysmansJoris-Karl Huysmans est né à Paris en 1848, d’une mère parisienne et d’un père flamand ; fonctionnaire au Ministère de l’Intérieur, il publie un recueil de poèmes en prose, puis Marthe, un roman très réaliste qui lui ouvre les rangs des écrivains naturalistes : il participera au recueil des Soirées de Médan, avec Zola et Maupassant en publiant sa nouvelle Sac au dos (1880). Il publie ensuite les Sœurs Vatard (1879) et En ménage (1881), mais se distingue bientôt de ses amis par l’acuité de ses analyses d’états d’âmes bizarres, et sa prédilection pour les êtres inquiets ou blessés.

Son dégoût du quotidien et sa passion pour tous les problèmes artistiques et littéraires aboutissent à une œuvre étrange qu’il intitule fort bien À rebours (1884). Son héros, Des Esseintes, esthète et névrosé, perpétuel insatisfait comme le René de Chateaubriand, se construit un monde imaginaire et artificiel que les écrivains contemporains n’oublieront pas.

Dans Là-bas, paru en 1891, apparaît un autre personnage, Durtal, véritable porte-parole de l’auteur; sa plongée dans les profondeurs mi-magiques, mi-chrétiennes du Moyen Âge, où il poursuit l’image fuyante de Gille de Rais, peut passer pour la première étape d’une conversion laborieuse et longue, traversée d’hésitations et d’incertitudes. En route (1895), la Cathédrale (1898), l’Oblat (1903), jalonnent cette ascension vers le mysticisme et la sérénité, que couronne en 1907 une mort courageuse, les souffrances d’un cancer à la gorge.

Un art naturaliste

En fait, tout en devenant un croyant convaincu, aspirant à une béatitude supérieure fort dédaigneuse de la nature et du réel, Huysmans était resté proche de Zola, par la précision des détails observés, le besoin d’une vérité qui ne craint ni le cru, ni l’horrible ; il se montra un peintre incomparable, au vocabulaire infiniment riche et varié, à la phrase sensible et nerveuse. Par l’expression « naturalisme spiritualiste », il a très justement noté le paradoxe apparent de son originalité.

Gros plan sur À Rebours (1884)

Ouvrage au titre hautement significatif, À Rebours témoigne de la volonté de rejeter le Naturalisme chez un écrivain qui l’avait tout d’abord illustré dans ses premiers romans. Mais surtout, cet étrange livre — à travers l’exposé du « cas » des Esseintes — propose toute une série de jugements esthétiques (célébration de BaudelaireVerlaine, Mallarmé et d’artistes comme Gustave Moreau et Odilon Redon) qui constituent les prémices de la sensibilité « décadente ».

Jean des Esseintes, dernier descendant d’une famille riche et noble, pris en dégoût la vie mondaine et luxueuse qu’il menait. Seul et malade, il s’est retiré dans une demeure somptueusement aménagée où il donne libre sa passion pour les littératures et les arts décadents.

Mais, sur l’ordre de son médecin, il doit s’arracher à cette réclusion qui ne fait que nourrir sa névrose. Désespéré à l’idée de retrouver la société qu’il avait fuie, il implore le Seigneur de lui donner la foi pour affronter la vulgarité atroce de la vie qu’il lui faut retrouver.

Gros plan sur Marthe, histoire d’une fille (1876)

En 1876, Huysmans publie Marthe, histoire d’une fille; ce roman dont les intentions sont conformes aux principes du roman naturaliste, constitue un document humain et nous présente une « tranche de vie ». L’auteur déclare d’ailleurs dans un avant-propos de l’édition de 1879 : « Les clameurs indignées que les dernières idéalistes ont poussées dès l’apparition de Marthe et des Sœurs Vatard ne m’ont guère ému. Je fais ce que je vois, ce que je sens et ce que j’ai vécu, en l’écrivant du mieux que je puis et voilà tout ».

En fait, l’intrigue, fort simplifiée, sert souvent de prétexte à des descriptions de milieux misérables, dont le réalisme est assez semblable à celui de Breughel ou de Téniers : le goût du détail insolite, la richesse et la précision des mots, l’harmonie soutenue de la phrase constituent un art vigoureux et savant.

Bibliographie
  • Le Drageoir aux épices (1874)
  • Marthe, histoire d’une fille (1876)
  • Les Sœurs Vatard (1879)
  • Sac au dos (1880)
  • Croquis parisiens (1880)
  • En ménage (1881)
  • À vau-l’eau (1882)
  • L’Art moderne (1883)
  • À rebours (1884)
  • Un dilemme (1887)
  • En rade (1887)
  • Certains (1889)
  • La Bièvre (1890)
  • Là-bas (1891)
  • En route (1895)
  • La Cathédrale (1898)
  • Sainte Lydwine de Schiedam (1901)
  • L’Oblat (1903)
  • Trois primitifs (1905)
  • Les Foules de Lourdes (1906)
  • Trois églises et Trois primitifs (1908, posthume)

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Citations choisies
  • Les repas occupent la plus grande partie du jour. A huit heures, le matin, le thé fume dans les tasses. Des sandwiches de pain d’épice et de beurre, de radis noir et de boeuf fumé, de pain de seigle et de pain tigré de raisins…
  • L’humble dépense de son dîner s’accroît… d’inutiles suppléments de salades durement vinaigrées et d’un demi-siphon d’eau de Seltz. (Croquis parisiens)
  • […] chacun doit être l’aide-jardinier de sa propre âme… (En route)
  • On n’a pas de véritable talent si l’on n’aime passionnément ou si l’on ne hait pas de même.
  • Un conteur est un monsieur qui, ne sachant pas écrire, débite prétentieusement des balivernes.
  • À quoi bon bouger, quand on peut voyager si magnifiquement dans une chaise ? (À rebours)
  • Le démon ne peut rien sur la volonté, très peu sur l’intelligence et tout sur l’imagination. (L’Oblat)
  • L’âme est une sorte d’aérostat qui ne peut monter, atteindre ses fins dernières dans l’espace, qu’en jetant son lest. (En route)
  • Vraiment, quand j’y songe, la littérature n’a qu’une raison d’être, sauver celui qui la fait du dégoût de vivre! (Là-bas)
  • L’art étant devenu une des occupations recherchées des riches, les expositions se suivent avec un égal succès, quelles que soient ce qu’on exhibe, pourvu que les négociants de la presse s’en mêlent et que les étalages aient lieu dans une galerie connue. (Certains)
  • Le propre de l’imbécile est de croire qu’il ne l’est pas. (La cathédrale)
  • Le vin est une substance sacramentelle. Il est exalté dans mainte page de la Bible et Notre Seigneur n’a pas trouvé de plus auguste matière pour la transformer en son sang. Il est donc digne et juste, équitable et salutaire de l’aimer! (L’Oblat)
  • La force du sadisme, l’attrait qu’il présente, gît tout entier dans la jouissance prohibée de transférer à Satan les hommages et les prières qu’on doit à Dieu… (À rebours)
  • La réalité ne pardonne pas qu’on la méprise; elle se venge en effondrant le rêve, en le piétinant, en le jetant en loques dans un tas de boue! (Là-bas)
  • Aimer sans espoir, à blanc, ce serait parfait s’il ne fallait pas compter avec les intempéries de sa cervelle! (Là-bas)
  • Des siècles ont sangloté, en t’attendant, Dieu fuyard, Dieu muet! Tu devais rédimer les hommes et tu n’as rien racheté; tu devais apparaître dans ta gloire et tu t’endors! (Là-bas)
  • Vouloir se confiner dans les buanderies de la chair, rejeter le suprasensible, dénier le rêve, ne pas même comprendre que la curiosité de l’art commence là où les sens cessent de servir! (Là-bas)

Autres citations de Joris-Karl Huysmans.

Articles connexes

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Suggestion de livres


Là-bas

Écrits sur l’art

Écrits sur la littérature

Les églises de Paris

En rade

A rebours

Nouvelles

En Route

La poétique romanesque de Huysmans

Romans: Tome 1

En Ménage

Marthe, histoire d’une fille


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