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Qu’est-ce que la civilisation ?

La civilisation est un trésor lentement formé, c’est un legs.
J’entends par civilisation les objets, les richesses créées, les institutions.

(Maurice Barrès, Mes cahiers, t. 2, 1898-1902, p. 98)

 

Introduction

On emploie toujours le mot civilisation à propos de peuples passés ou de notre propre société ; ce terme désigne une réalité vaste et complexe.

Civilisation vient du latin civiliscivis, qui signifie citoyen, membre de la civitas, de la Cité, de l’État. Ces étymologies donnent, non pas tout le sens, mais le sens fondamental et caractéristique du mot civilisation. Elles sont loin d’en exprimer l’idée tout entière, qui est si complexe, et qui embrasse toute l’histoire, toute la vie, toute la destinée de l’humanité ; mais elles en font voire noyau…

Art égyptien représentant Anubis qui remonte probablement aux sources de la civilisation égyptienne (puisque sa fête est mentionnée dès 3000 av. J.-C.). Il est le grand protecteur de la ville de Kasa, dont l'emblème était le chien errant.

Art égyptien représentant Anubis qui remonte probablement aux sources de la civilisation égyptienne (puisque sa fête est mentionnée dès 3000 av. J.-C.). Il est le grand protecteur de la ville de Kasa, dont l’emblème était le chien errant.

Les civilisations, un ensemble

Pour répondre à leurs besoins vitaux : se nourrir, se protéger du froid et des agressions… les hommes ont inventé des techniques de production et d’échange, développé des formes d’organisation sociale et politique. Ils ont cherché dans la religion des réponses aux questions qu’ils se posaient sur leur devenir après la mort, l’origine du monde, les forces de la nature. Ils ont exprimé leurs joies, leurs peurs, leurs espoirs dans l’art. C’est tout cet ensemble qui forme une civilisation.

Des civilisations multiples

De par le monde, les civilisations diffèrent. Les hommes ne sont pas confrontés aux mêmes problèmes. Les Esquimaux luttent contre le froid, les Touaregs contre l’aridité. Mais les conditions naturelles n’expliquent pas tout. Les hommes ont sur s’adapter : irriguer des déserts, bâtir des villes, trouver leur subsistance dans l’élevage ou la culture.

Les civilisations évoluent au cours de l’histoire. Les techniques se perfectionnent, permettant de surmonter les obstacles : le métal, surtout le fer, a donné des outils plus efficaces que la pierre ou même le bois. Les rencontres entre les peuples modifient les façons de vivre ; ainsi les Romains ont-ils beaucoup emprunté aux Grecs, les Gaulois aux Romains.

Fuxi et les Huit Trigrammes. Chine, XVIIIe siècle. Encre et couleurs sur soie. Un volume en paravent. Paris, BnF, Manuscrit orientaux.

Fuxi et les Huit Trigrammes.
Chine, XVIIIe siècle. Encre et couleurs sur soie. Un volume en paravent. Paris, BnF, Manuscrit orientaux.

Les « grandes civilisations »

Le mot de civilisation est parfois réservé aux plus complexes des sociétés humaines : celles qui assurèrent, pendant un temps assez long, une certaine prospérité, celles qui laissèrent des traces de leur vitalité dans les domaines de la pensée, des techniques et des arts.

En ce sens, à l’époque antique, on ne peut citer que quelques « civilisations ». Le Proche-Orient et les rivages de la Méditerranée, les mondes indien et chinois en furent les principaux foyers et influencèrent les régions voisines.

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Les civilisations meurent-elles ?

Les civilisations disparaissent-elles ou bien se transforment-elles ? Le monde romain sombra dans les grandes invasions. Pourtant, les gestes des hommes ne changèrent guère et les bords de la Méditerranée restèrent animés par une intense vie économique et culturelle, tout au long du Moyen Âge.

L’Égypte retrouva une vitalité nouvelle avec l’Islam. La Chine, souvent divisée, parfois envahie, a maintenu, au fil des siècles, son originalité.

La civilisation définie par le dictionnaire
  • Emploi imperfectif – Fait pour un peuple de quitter une condition primitive (un état de nature) pour progresser dans le domaine des mœurs, des connaissances, des idées.
  • Emploi perfectif – État plus ou moins stable (durable) d’une société qui, ayant quitté l’état de nature, a acquis un haut développement :
    • Cet état considéré du point de vue des facteurs qui le conditionnent.
    • Cet état considéré du point de vue des éléments qui le composent et/ou le caractérisent, c’est-à-dire l’ensemble transmissible des valeurs (intellectuelles, spirituelles, artistiques) et des connaissances scientifiques ou réalisations techniques qui caractérisent une étape des progrès d’une société en évolution ; ou l’ensemble caractérisé par un de ses aspects d’après sa situation historique ou géographique.
  • Par métonymie – Milieu humain que constitue un tel ensemble.

Source : Trésor de la Langue Française.

Quelques citations sur la civilisation
  • La civilisation ne mérite pas son nom, si elle ne répare pas le mal qu’elle cause, si elle ne donne pas le remède aux maux qu’elle engendre (Alexis de Valon, Les Prisons de la France sous le régime républicain dans Revue des Deux-Mondes, 1er juin 1848, p. 9)
  • La vie d’une société est sa civilisation et non sa durée (Louis de Bonald, Essai analytique sur les lois naturelles de l’ordre social, 1800, p. 134).
  • Notre civilisation se définit par le bien de l’homme (Alain, Propos, 1934, p. 1210).
  • Nous sommes arrivés à un degré de civilisation, d’où nous ne pouvons plus retourner en arrière (R. Rolland, Jean-Christophe, Dans la maison, 1909, p. 1070).
  • […] la civilisation nous a donné des besoins, des vices, des appétits factices qui ont parfois l’influence de nous faire étouffer nos bons instincts et qui nous conduisent au mal. (Alexandre Dumas Père, Le Comte de Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 201).
  • Le grand peuple pingouin n’avait plus ni traditions, ni culture intellectuelle, ni arts. Les progrès de la civilisation s’y manifestaient par l’industrie meurtrière, la spéculation infâme, le luxe hideux. (Anatole France, L’Île aux pingouins, 1908, p. 395).
  • L’individu devient un problème de notre temps : la hiérarchie des esprits devient une difficulté de notre temps, où il y a comme un crépuscule des demi-dieux, c’est-à-dire de ces hommes […], auxquels nous devons l’essentiel de ce que nous appelons culture, connaissance et civilisation. (Paul Valéry, Variété IV, 1938, p. 233).
  • […] une civilisation ne se mesure pas à la rapidité des voyages ni au confort de la vie matérielle, mais, comme le royaume de Dieu, elle réside au-dedans de nous et se rattache à une certaine vertu de l’âme. (François Mauriac, Journal 3, 1940, p. 237).
  • […] toutes les acquisitions de l’humanité pendant des siècles de civilisation sont là, […], déposées dans la science […], dans la tradition, dans les institutions, dans les usages, dans la syntaxe et le vocabulaire de la langue […] et jusque dans la gesticulation des hommes… (Henri Bergson, Les Deux sources de la morale et de la religion, 1932, p. 83).
  • La civilisation n’est nécessaire qu’à l’époque où les hommes, devenus trop nombreux pour vivre du produit de leurs chasses et de la pêche, sont obligés de se courber vers la terre pour en tirer leur subsistance. C’est alors que les loix, la subordination, les prestiges du gouvernement, deviennent indispensables. (Saint John de Crèvecœur, Voyage dans la Haute Pensylvanie, t. 2, 1801, p. 210).

 

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