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La commedia dell’arte

Présentation

Lcommedia dell’arte est une forme de comédie populaire apparue en Italie dans les années 1550, fondée sur l’improvisation, et qui influence durablement le théâtre européen.

Autrefois appelée commedia all’improviso, la commedia dell’arte remonterait au Moyen Âge, à l’époque où l’on jouait des farces dans les divers dialectes des régions d’Italie. Elle a pour origine les farces atellanes que l’on donnait dans la ville d’Atella au IIe siècle av. J.-C. Le jeu des comédiens s’inspirait des saynètes jouées par les colporteurs pour vendre leurs élixirs sur les places publiques. Des troupes professionnelles, composées de ménestrels et d’acrobates ambulants, perfectionnent une forme de divertissement adaptée au grand public.

Signifiant littéralement « théâtre interprété par des gens de l’art », c’est-à-dire des comédiens professionnels, le terme est, de nos jours, utilisé dans de nombreuses langues, dont l’anglais.

→ À lire : Le genre dramatique. – La farce. – La comédie.

Intrigue et personnages
Arlequin assis (1923) par Pablo Picasso.

Arlequin assis (1923) par Pablo Picasso.

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Rompant avec la tradition du texte écrit et sans autre support qu’un canevas, parfois emprunté à une comédie, les troupes, composées de six à douze acteurs, improvisaient des comédies mêlées de chants, de danses et d’acrobaties, sur des scènes de fortune, en plein air ou dans des théâtres aménagés. Elles reposaient sur des personnages stéréotypés, appelés types, et des situations burlesques, accompagnées de pitreries. À l’exception des titulaires des rôles d’amoureux, tous les acteurs portaient des masques ; mais à la différence du théâtre traditionnel, la commedia dell’arte faisait appel à des actrices pour interpréter les rôles féminins.

Dès son apparition, la commedia dell’arte était synonyme de théâtre professionnel, à l’opposé d’une forme de théâtre plus élitiste, la commedia erudita, écrite par des auteurs lettrés, des gens de cour et jouée par des courtisans amateurs dans des spectacles fastueux.

Les personnages de la commedia dell’arte étaient facilement reconnaissables :

  • Arlequin portait généralement un habit rapiécé et un masque noir au nez retroussé. Valet espiègle, malin et cupide, Arlequin était très porté sur les plaisirs de la table et la compagnie des femmes. Il devait se transformer par la suite, dans les arlequinades, en un amoureux rêveur, vêtu d’un costume composé d’une multitude de petits losanges polychromes.
  • Scapin était aussi un valet, originaire de Bergame, comme son compagnon Arlequin. Son masque fruste, son gros nez, ses lèvres épaisses, ses yeux qui louchent lui donnent un air inquiétant.
  • Pantalon, marchand crédule, essayait de dissimuler son âge et de plaire aux jeunes femmes en portant des habits turcs très ajustés.
  • L’ami de Pantalon, le Docteur, employait des mots latins pédants et confus, et préconisait des remèdes dangereux pour des maladies imaginaires. Capitan, tout en ne cessant de fanfaronner à propos de ses conquêtes guerrières et amoureuses, n’était en réalité qu’un lâche et un piètre amant.
  • Polichinelle était un vaurien difforme et bedonnant, mettant au point d’horribles combines pour satisfaire sa méchanceté et ses désirs.
  • Pierrot était un serviteur naïf et gauche.
  • Colombine, servante ou femme de l’un des vieillards, introduisait une note d’esprit et de charme dans cet univers régi par la bêtise, la cupidité et la discorde.
  • Matamore voulait être pris pour ce qu’il n’est pas : un brave. Ce qui le caractérise, c’est l’emphase. Son costume est une caricature des vêtements militaires.

Cette série de personnages (il y en avait vraisemblablement une douzaine d’autres) se répartissait en deux groupes : le parti grave des couples amoureux et le parti ridicule des vieillards comiques qui portaient des masques grâce auxquels le public pouvait désigner l’acteur par le nom du personnage. Les comédiens jouaient avec brio de l’identification et de la distance critique, excellaient dans l’art de la variation et de la répartie verbale et gestuelle, sans jamais s’éloigner du scénario (développement de l’action dramatique scène par scène).

Chaque troupe de la commedia dell’arte était en mesure de jouer des centaines d’intrigues différentes. À la demande, chaque acteur créait ses propres lazzi, qui permettaient de caractériser le personnage et de le reconnaître rapidement à travers ses grimaces et son comportement burlesque, que le public attendait comme le morceau de bravoure (le burle). Ces numéros d’acteur prenaient parfois la forme d’une courte farce : l’une d’elles consistait à se frapper mutuellement avec une latte ou un bâton. Les lazzi les plus réussis sont intégrés dans le canevas.

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→ À lire : Les masques au théâtre. – Arlequin. – Pierrot.
→ Exercice à trous : Les Compagnons de la chanson – Au temps de Pierrot et Colombine.

Développement et influence 

La commedia dell’arte bénéficie pendant deux siècles d’une extraordinaire popularité, qui s’étend à toute l’Europe (et particulièrement à la France, où on l’appelait la « Comédie-Italienne ») et à tous les milieux, des villages à la Cour. Les troupes cherchaient la protection des princes. Ainsi, au début du XVIIe siècle, des comédiens se réunissent sous le nom de Comédiens ordinaires du roi, protégés par Louis XIV. Cette troupe italienne joue au Palais-Royal et à l’Hôtel de Bourgogne. Une troupe italienne récemment arrivée fusionne avec celle de l’Opéra-Comique en 1762.

MolièreDans les années 1600, les gouvernements espagnol et français essayent de censurer ce répertoire, mais son comique vigoureux et ses types fortement dessinés finissent par s’intégrer dans les formes de théâtre considéré comme plus noble. Son influence est surtout manifeste dans les comédies de Molière, qui était très attentif au rythme du spectacle et qui usait des scènes de quiproquo et de reconnaissance finale (les Fourberies de Scapin), mais elle est également présente chez Marivaux (Arlequin poli par l’amour). En Italie, Carlo Gozzi et Carlo Goldoni rivalisent pour faire revivre la commedia dell’arte au XVIIIe siècle, mais le genre ne devait se perpétuer réellement qu’à travers les divertissements populaires (tels la pantomime ou le music-hall) où les acteurs créaient le spectacle.

Des hommes de théâtre comme Meyerhold, Copeau, Dullin, Barrault s’inspirent de la commedia dell’arte dans le travail d’acteurs. Giorgio Strehler en fait un usage fréquent dans ses mises en scène des classiques italiens et français.

La commedia dell’arte a exercé une forte influence sur d’autres formes de théâtre, inspirant notamment la comédie allemande, espagnole ou d’Europe centrale, l’arlequinade anglaise, la pantomime française, les représentations de marionnettes (notamment de Guignol) et jusqu’aux prestations des grands comiques du cinéma muet, comme Charlie Chaplin.

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→ À lire : Les pantomimes. – Les marionnettes.

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Le jeu masqué

La commedia dell’arte et
son influence en France

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