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Lumière sur…

La littérature

La littérature ne permet pas de marcher, mais elle permet de respirer.

(Roland Barthes, Tel quel, 1964)

Présentation
William Michael Harnett, Music-and-literature (Musique et littérature), 1878.

William Michael Harnett, Music and literature (Musique et littérature), 1878.

Littérature, Lettres et Belles-lettres. Ces divers noms désignent à la fois : l’art de produire les œuvres d’esprit, spécialement celles de l’éloquence et de la poésie ; l’ensemble des productions littéraires d’une nation, d’une époque ; et la connaissance des règles qui doivent diriger ces productions, l’étude des matières et des œuvres littéraires.

Le mot littérature, issu du latin litteratura, apparaît au début du XIIe siècle avec un sens technique de « chose écrite » puis évolue à la fin du Moyen Âge vers le sens de « savoir tiré des livres », avant d’atteindre aux XVIIe ‑ XVIIIe siècles son sens principal actuel : ensemble des œuvres écrites ou orales comportant une dimension esthétique ou activité participant à leur élaboration.

De là, Lettres ou littérature est opposé à Sciences. Unies, les lettres et les sciences embrassent tous les objets d’étude, et forment l’ensemble complet de la culture intellectuelle. Michel Foucault a démontré dans son essai les Mots et les Choses que le sens moderne du mot littérature n’est apparu qu’au XIXe siècle. De son étymologie latine « lettre » – qui lui vaut d’être employé dans l’Antiquité latine au sens le plus concret de représentation graphique -, le terme en vient à signaler l’érudition, la culture des gens lettrés « d’un bel esprit et d’une agréable littérature » (Jean de La Bruyère).

Au début du XIXe siècle, il est considéré sous un jour nouveau par Mme de Staël dans son ouvrage De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales (1800).

Dès lors que l’on pouvait caractériser des modèles de littérature (du Nord, méridionale, etc.), on se devait d’en distinguer les ensembles, sur le plan culturel ou temporel. La littérature ne caractérisait plus seulement une somme de textes, fussent-ils savants, mais la production de leurs auteurs et par là même l’activité créatrice proprement dite. Chateaubriand dans les Mémoires d’outre-tombe donne à lire, non sans ambiguïté, cette mutation sémantique :

La littérature qui exprime l’ère nouvelle n’a régné que quarante ou cinquante ans après le temps dont elle était l’idiome. Pendant ce demi-siècle, elle n’était employée que par l’opposition. C’est Mme de Staël, c’est Benjamin Constant […], c’est moi enfin qui les premiers avons parlé cette langue.

Cette nouvelle définition de la littérature en une activité autonome, à l’exclusion de toutes les autres formes de discours, ne cesse de s’affirmer au XIXe et XXe siècle, et trouve sa consécration avec l’émergence des sciences du langage.

Allant de cette perspective, le concept de littérature a été régulièrement remis en question par les écrivains comme par les critiques et les théoriciens : c’est particulièrement vrai depuis la fin du XIXe siècle où l’on a cherché à redéfinir – comme pour l’art – les fonctions de la littérature (par exemple avec la notion d’engagement pour Sartre, Qu’est-ce que la littérature ?) et sa nature (réflexion sur l’écriture et la lecture de Roland Barthes ou études des linguistes comme Roman Jakobson) et à renouveler les critères esthétiques (du « Il faut être absolument moderne » de Rimbaud au nouveau roman en passant par le surréalisme, par exemple).

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🚀 Pour aller plus loin ! 🚀
Les personnages littéraires dans la langue française.
L’enfance et la littérature.
L’univers des livres.
– Rubrique du site : Littératures française et francophones.

De l’oral à l’écrit

Pour mieux comprendre l’évolution des définitions de la littérature, il convient de se référer d’abord à sa genèse. Les premières civilisations avaient pallié l’absence d’écriture par une littérature orale, dont les interprètes étaient les garants de la transmission des règles, tout à la fois professeurs et conservateurs de la mémoire collective ; véritables spécialistes du bien-dire, ils avaient à charge de perpétuer les traditions, celle du récit mythique unique et intemporel, qui rend compte de la création du monde, et celle de l’épopée, qui rapporte l’histoire des héros et des dieux, dont les faits et gestes servaient de modèles de conduite pour la collectivité.

Tant qu’elle n’est pas écrite, la littérature présentait les mêmes caractéristiques que les autres arts, tels la danse et la musique, elle obéissait à des règles rythmiques de diction. Officient encore de nos jours des conteurs en Afrique noire, des poètes traditionnels en Polynésie, des chanteurs d’épopée au Tibet et au Kurdistan. Les corporations spécialisées qui eurent à charge de transmettre le récit fondateur (prêtres assyriens, aèdes grecs, bardes gaéliques ou finnois, scaldes islandais, griots africains) sont également dans certaines de ces aires culturelles les premiers scribes.

Les plus anciennes langues écrites reprennent les thèmes fondateurs de la littérature orale. Ainsi la plus ancienne épopée de l’humanité, l’Épopée de Gilgamesh, écrite en cunéiformes, s’inspire-t-elle de récits sumériens composés vers la fin du IIIe millénaire av J.-C. ; elle narre l’histoire tragique du roi Gilgamesh et, ce faisant, relate celle de la condition humaine. Ce récit légendaire, au même titre que l’Iliade et l’Odyssée, d’Homère, demeure une grande énigme littéraire. Quels sont les auteurs de ces épopées ? À quelle époque sont-elles écrites ? Avons-nous affaire à un auteur unique, ou bien s’agit-il d’une œuvre collective ?

Quoi qu’il en soit, le recours à la graphie allait modifier la mise en forme des récits. Avec l’apparition du texte, les formes d’expression de la tradition s’individualisèrent, et l’accès du public à la littérature devient élitaire – plus tard, avec l’imprimerie et la diffusion du livre, il sera personnel. Par ailleurs, les livres devenaient la résidence matérielle du sacré. À Alexandrie se forme au IVe siècle av. J.-C. un public de lettrés autour de la fameuse bibliothèque. Des tablettes assyro-babyloniennes aux rouleaux de papyrus égyptiens s’étaient constituées au fil du temps les conditions propices à la naissance d’une « littérature moderne ». Les Alexandrins mettent au jour les écrits des auteurs classiques grecs, qui eux-mêmes avaient puisé dans les littératures orales et sacrées orientales. Ils recueillent dans la ville d’Alexandre le Grand des livres d’Afrique, de Perse, d’Inde, du Moyen-Orient, de Méditerranée et de Judée. Les legs littéraires sont établis, répertoriés, normalisés. Des œuvres écrites d’une facture nouvelle apparaissent, que leurs auteurs ne destinaient plus à la récitation. Aristote définit l’histoire des littératures en tant qu’histoire des genres et des œuvres.

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Approche moderne de la littérature

Cette approche évolutionniste est une constante de l’histoire littéraire jusqu’au XIXe siècle. Si des littératures sécularisées ont pu se constituer, au terme d’un passage de l’oral et du sacré à l’écrit et au profane, elles n’en entretiennent pas moins des rapports avec les thèmes fondateurs. Au XIXe siècle, deux théories s’échafaudent. Des essais de littérature comparée permettent d’analyser les influences exercées par les littératures entre elles ; par opposition, le concept de littérature générale est prévaloir l’idée d’une généralité littéraire, indépendante des contextes historiques, géographiques et culturels. Les recherches des formalistes contemporains s’appliquent, au-delà de simples constats d’identités culturelles, à étudier les conditions de développement des thèmes privilégiés et des genres spécifiques.

La laïcisation de la littérature occidentale détermine une évolution des genres (de l’épopée originelle au roman, de l’éloquence romaine d’un Cicéron au lyrisme) et un partage de l’écriture entre la prose et la poésie. Ainsi, les trois grands genres initiaux de la littérature française sont de nature poétique : l’épopée des chansons de geste, le roman bourgeois (Le Roman de Renart) et courtois (Chrétien de Troyes), et la poésie lyrique des troubadours et des trouvères. Illustrant parfaitement la thèse d’Aristote, les premières œuvres en prose sont historiques (Villehardouin). Au XVIIIe siècle encore, la poésie occupait une place privilégiée et englobait les genres épiques et dramatiques. Aux XIXe et XXe siècles, la poésie, cantonnée à la seule expression lyrique, devient un genre littéraire spécifique, au même titre que le roman et le théâtre. Qu’elle soit en prose ou en vers, la littérature, dans la continuité de ses origines magiques et religieuses, devient le support d’une perpétuelle recherche sur les pouvoirs du langage. L’histoire de la littérature, en se fondant sur la pérennité des œuvres écrites, recense les modèles de représentation, les sujets, les thèmes, les genres, l’imaginaire et le style qui sont à l’origine d’une civilisation.

Alors que la littérature moderne pourrait se comprendre à travers les rapports qu’entretiennent les écrivains avec la société et la tradition, la popularisation de la culture par les mass media (presse, radio, télévision) s’accomplit surtout sous le signe du divertissement. Mais que l’on s’accorde à y voir un simple divertissement, un artifice trompeur ou une nécessaire réponse aux préoccupations humaines, la littérature n’en met pas moins en jeu toutes les virtualités du langage pour exprimer l’infini variété de l’expérience humaine.

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La littérature, selon les temps ou les pays, les matières et l’esprit

Considérée selon les temps ou les pays, la littérature peut se diviser en littérature ancienne ou moderne, littérature grecque ou latine, littérature arabe, française, italienne, anglaise, allemande, etc.

Considérée selon les matières dont elle s’occupe, la littérature comprend :

  • l’éloquence, sous quelque forme qu’elle se produit ;
  • la poésie et ses nombreux genres ;
  • l’Histoire ;
  • les études qui s’occupent des langues, instruments de toute littérature, la grammaire, la philologie, la linguistique ;
  • enfin celles qui ont pour but d’imposer des règles aux œuvres de l’esprit, ou d’en apprécier la valeur : rhétorique, poétique, critique littéraire, critique historique.

Considérée selon l’esprit qui l’anime, elle est classique, romantique, etc.

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Citations choisies sur la littérature
  • La littérature est quelque chose qui n’empêche pas de dormir parce que, d’une certaine façon, on la fait en dormant. (Yves Berger, Que peut la littérature)
  • La littérature ne modifie pas l’ordre établi, mais les hommes qui établissent cet ordre. (Ilya Ehrenbourg, À la rencontre de Tchekhov)
  • La littérature, c’est la pensée accédant à la beauté dans la lumière. (Charles Du Bos, La Notion de littérature et la beauté du langage)
  • La grande littérature est simplement du langage chargé de sens au plus haut degré possible. (Ezra Pound, L’ABC de la lecture)
  • La littérature est un métier où il faut sans cesse recommencer la preuve qu’on a du talent pour des gens qui n’en ont aucun. (Jules Renard, Journal 1905 – 1910)
  • Songez bien que la littérature n’a pas été créée pour servir la vie, ni même la traduire, mais pour lui échapper. (Alfred Capus, Les Pensées)
  • La littérature est l’essentiel, ou n’est rien. (Georges Bataille, La Littérature et le mal)
  • La littérature est une maladie. Ou peut-être un remède à une maladie. (Morgan Sportès, Solitudes)
  • Toute littérature est assaut contre la frontière. (Franz Kafta, Journal)
  • La littérature ne bégaie pas l’existence, elle l’invente, elle la provoque, elle la dépasse. (Eric-Emmanuel Schmitt, Variations énigmatiques)

Suggestion de livres…


Histoire de la littérature française

1000 ans de Littérature française

La littérature française de A à Z

Littérature française

La Littérature française pour les Nuls

Le Dictionnaire du littéraire

La Littérature française (T. 1): Dynamique & histoire

La littérature française (T. 2)

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