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La mythologie romaine

Les créatures ne sont pas là pour nous nourrir et réjouir nos sens ; toutes les mythologies primitives le savaient bien, qui leur donnaient une signification métaphorique ; et, par là, elles justifiaient la création d’une manière bien plus profonde que ne le font les interprétations utilitaires. “La nature est une révélation de Dieu à l’homme…”

  (Albert Béguin, L’Âme romantique et le rêve, 1939)

Présentation

La mythologie romaine est l’ensemble de croyances et de rituels appliqués à des choses surnaturelles, acceptés ou pratiqués par les anciens Romains. Les croyances romaines restèrent en vigueur jusqu’au moment où le christianisme supplanta les religions originelles de l’Empire romain au début du Moyen Âge. L’origine de la religion des premiers Romains reste imprécise en raison de l’assimilation d’une grande partie de la mythologie grecque et de nombreuses autres croyances. Des changements importants dans la religion avaient déjà eu lieu avant que la tradition écrite ne commençât ; ses origines étaient dans la plupart des cas méconnues des premiers écrivains romains, tel l’érudit du Ier siècle av. J.-C. Varron. D’autres auteurs classiques, comme le poète Ovide dans ses Fastes (« calendrier »), furent grandement influencés par leurs modèles d’Alexandrie, leur travail incorporant souvent des croyances grecques pour compléter les manques de la tradition romaine.

Pierre Paul Rubens, Mars et Rhéa Silvia, 1617. Huile sur toile, 208 × 272 cm. Musée Liechtenstein, Vienne, Autriche.

Pierre Paul Rubens, Mars et Rhéa Silvia, 1617. Huile sur toile, 208 × 272 cm. Musée Liechtenstein, Vienne, Autriche.

Dieux du peuple romain

Le rituel romain distingue clairement deux classes de dieux, les dii indigetes et les dii novensides ou novensiles.

  1. Les indigetes étaient les dieux d’origine de l’État romain, leurs noms et leur nature sont indiqués par les premiers prêtres et par les fêtes du calendrier. Une trentaine de ces dieux étaient honorés à l’occasion de cérémonies.
  2. Les novensides étaient des divinités nouvelles dont les cultes furent introduits pendant la période historique.

Parmi les divinités romaines primitives, en plus des dii indigetes, il existait un grand nombre de dieux dont les noms étaient invoqués au cours d’activités variées comme la moisson. Les anciens rituels étaient associés à des actes comme le labourage et les semailles, et à chaque étape, une divinité particulière était invoquée, d’où l’origine de son nom. Ces divinités se groupent sous le nom général de dieux auxiliaires ou associés et étaient honorées en même temps que les dieux principaux. Le culte primitif romain était plus un polydémonisme qu’un polythéisme – les concepts des pratiquants concernant les dieux en restant à leurs noms et fonctions, le numen de l’être, ou pouvoir, se manifestant de façon très spécialisée.

La nature des dieux indigetes et de leurs cultes montre que les premiers Romains appartenaient à une communauté agricole, mais qu’ils aimaient aussi la bagarre et la guerre. Les dieux représentaient les besoins pratiques de la vie quotidienne, et on leur accordait scrupuleusement les rites et les offrandes. Ainsi, Janus et Vesta gardaient la porte et le foyer, les dieux Lares protégeaient les champs et la maison, Palès gardait les troupeaux, Saturne veillait sur les semailles, Cérès sur la croissance du blé, Pomone sur les fruits, Consus et Ops sur la moisson. Même le majestueux Jupiter, le souverain des dieux, était honoré pour sa contribution à la pluie nécessaire aux fermes et aux vignobles. Compte tenu de son caractère omniprésent, possédant la foudre comme arme, il dirigeait l’activité des hommes et, de par son état, il était le protecteur des Romains dans leurs activités militaires en dehors de leurs frontières. Les dieux Mars et Quirinus, souvent confondus, avaient une importance capitale dans les premiers temps. Mars était le dieu des Hommes jeunes et de leurs activités, principalement la guerre, il était célébré en mars et en octobre. Actuellement on considère que Quirinus était le dieu des armées en temps de paix.

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À la tête du panthéon, on trouvait le trio Jupiter, Mars et Quirinus (dont les trois prêtres étaient les plus élevés en grade), puis Janus et Vesta. Ces dieux des temps anciens avaient peu de personnalité, leur histoire manquait de mariages et de généalogie. Contrairement aux dieux grecs, on ne pensait pas qu’ils réagissaient comme des mortels, et on trouve peu de récits de leurs activités. Ce culte ancien était associé à Numa Pompilius, le deuxième roi légendaire de Rome, qui avait pour maîtresse et conseillère Égérie, déesse romaine des Fontaines et de l’Accouchement. De nouveaux éléments vinrent s’ajouter assez vite. La légende attribue à la maison royale des Tarquins l’introduction de la trilogie du Capitole, Jupiter, Junon et Minerve, qui avaient la première place dans la religion romaine. Entre autres ajouts, on trouve le culte de Diane sur le mont Aventin et l’introduction des Livres sibyllins, prophéties sur l’histoire du monde qui, selon la légende, furent achetés par Tarquin le Superbe à la fin du VIe siècle av. J.-C. à la Sibylle de Cumes.

Introduction de nouvelles divinités

L’absorption des dieux locaux voisins est parallèle à la conquête par Rome des territoires voisins. Les Romains accordaient d’habitude aux dieux locaux des territoires conquis les mêmes honneurs qu’aux premiers dieux attachés à l’État romain. Souvent, les divinités ainsi reconnues recevaient une place dans de nouveaux sanctuaires à Rome. De plus, la croissance de la cité attirait des étrangers à qui on permettait de continuer la pratique du culte de leurs dieux. Outre Castor et Pollux, les régions colonisées d’Italie semblent avoir apporté au panthéon romain Diane, Minerve, Hercule, Vénus et certaines divinités d’origine italienne ou grecque. Les divinités romaines importantes furent finalement assimilées aux dieux et déesses grecques, dont le caractère anthropomorphique était plus prononcé, ainsi que leurs attributs et leurs mythes.

Fêtes religieuses

Le calendrier religieux romain reflétait l’hospitalité de Rome à l’égard des cultes et des divinités des territoires conquis. À l’origine, les fêtes religieuses romaines étaient peu nombreuses. Les plus anciennes survécurent jusqu’à la fin de l’empire païen, préservant la mémoire des rites propitiatoires et des rites de fertilité d’un peuple agricole primitif. De nouvelles fêtes furent instituées pour marquer la naturalisation de nouveaux dieux, si bien que le nombre de jours de travail du calendrier était inférieur au nombre de jours de fête. Parmi les fêtes religieuses les plus importantes, on peut noter les Saturnales, les Lupercales, les Équirria et les jeux Séculaires.

Pendant l’Empire, les Saturnales étaient célébrées pendant sept jours, du 17 au 23 décembre, durant le solstice d’hiver. Tout travail cessait et les esclaves étaient temporairement libres, on s’échangeait des cadeaux et les réjouissances prenaient la première place. Les Lupercales étaient une ancienne fête qui honorait Lupercus, un dieu pastoral italien. Les Lupercales étaient célébrées le 15 février dans la grotte du Lupercal près du mont Palatin, où les deux fondateurs légendaires de Rome, Romulus et Rémus, avaient été nourris par une louve.

Les Équirria, fêtes données en l’honneur de Mars, étaient célébrées le 27 février et le 14 mars, traditionnellement la période de l’année où l’on préparait les nouvelles campagnes militaires. La célébration était surtout marquée par des courses de chevaux sur le Champ de Mars.

Les jeux Séculaires, qui comportaient à la fois des spectacles athlétiques et des sacrifices, avaient lieu à intervalles irréguliers, une fois par siècle environ, pour marquer le début d’un nouveau saeculum, ou d’une nouvelle ère. Cette tradition était cependant souvent négligée.

Temples romains

L’architecture des temples romains ainsi que leur grand nombre reflète la réceptivité de la cité pour toutes les religions du monde. Le temple d’Isis et de Sérapis sur le Champ de Mars, construit avec des matériaux égyptiens et dans le style égyptien pour abriter le culte hellénisé de la déesse Isis est typique de l’hétérogénéité des monuments religieux romains. Les temples les plus remarquables de Rome furent le temple de Jupiter Capitolin et le Panthéon. Le temple de Jupiter Capitolin, sur le Capitole, fut dédié en 509 av. J.-C. à Jupiter, Junon et Minerve. Construit d’abord dans le style étrusque, il fut restauré plusieurs fois sous l’Empire et fut finalement détruit par les Vandales en 455 apr. J.-C. Le Panthéon fut construit de 117 à 138 apr. J.-C. par l’empereur Hadrien et dédié à tous les dieux ; ce monument remplaçait un temple plus petit construit par le général et homme d’état Marcus Agrippa. Le Panthéon devint une église chrétienne en 607.

💡 Le panthéon…
C’est un temple dédié par les Anciens, notamment les Grecs et les Romains, à l’ensemble de leurs dieux. Par analogie, dans certains pays, le panthéon est un monument destiné à recevoir les restes des hommes illustres. Au sens figuré, le mot « panthéon » désigne l’ensemble de personnages qui se sont illustrés dans un domaine ou l’autre et qui demeurent dans la mémoire individuelle ou collective.
Ce mot a donné naissance au verbe panthéoniser qui signifie « mettre au Panthéon » ainsi que l’adjectif panthéonesque pour désigner tout ce qui est relatif au Panthéon.

Déclin de la religion romaine

Le transfert des qualités anthropomorphiques des dieux grecs vers la religion romaine et, peut-être plus encore, la suprématie de la philosophie grecque chez les Romains, amena à négliger de plus en plus les vieux rites et, au Ier siècle av. J.-C., l’importance religieuse des charges ancestrales du clergé déclina. Les patriciens appelés à ces devoirs ne croyaient plus aux rites, sinon par nécessité politique, et le peuple s’intéressa de plus en plus aux rites étrangers. Les positions de pontife et d’augure restèrent néanmoins des postes politiques convoités.

Une réforme et une restauration profonde du vieux système fut alors entreprise par l’empereur Auguste, qui devint lui-même membre du clergé. Bien que les premiers rituels aient été loin d’une certaine morale, étant surtout une relation d’affaires avec des pouvoirs invisibles, où les hommes sacrifiaient aux dieux en échange de la sécurité, ils avaient amené la piété et la discipline religieuse. Auguste favorisa donc la religion comme une protection contre le désordre interne. Pendant cette période, la légende de la fondation de Rome par Énée prit de l’importance grâce à la publication de l’Énéide de Virgile.

💡 L’Énéide
L’Énéide est une épopée de Virgile, le plus prestigieux exemple de ce genre littéraire en langue latine, composée en hexamètres dactyliques. De même que l’Iliade et l’Odyssée — dont l’Énéide s’inspire largement —, l’ouvrage a suscité l’admiration de générations de lettrés de l’Antiquité jusqu’à nos jours et fut une source d’inspiration récurrente pour les artistes et les poètes.
L’Énéide est le récit des épreuves du troyen Énée, ancêtre mythique du peuple romain, fils d’Anchise et de la déesse Vénus, depuis la prise de Troie, jusqu’à son installation dans le Latium en Hespérie. La légende qui fait venir Énée en Italie est antérieure à Virgile. Le poème, écrit entre 29 et 19 av. J.-C. contient à la mort de Virgile environ 10 000 vers et se divise en douze chants.

Sous Auguste, la religion romaine de l’Empire eut tendance à se centrer de plus en plus sur la famille impériale, les empereurs étant déifiés après leur mort. Cette déification avait d’ailleurs commencé avant l’établissement de l’Empire, avec Jules César. Les empereurs Auguste, Claude, Vespasien et Titus furent aussi déifiés et, après le règne (96-98 apr. J.-C.) de Marcus Cocceius Nerva, peu d’empereurs échappèrent à cette distinction.

Par la suite, de nombreux cultes étrangers devinrent populaires et se répandirent, comme le culte de la déesse égyptienne Isis et celui du dieu perse Mithra, semblable par certains aspects au christianisme. Malgré les persécutions qui se développèrent du règne de Néron à celui de Dioclétien, le christianisme fit des adeptes et devint la religion officielle de l’Empire romain sous le règne de Constantin, qui régna de 324 à 337 apr. J.-C. Tous les cultes païens furent interdis en 392 apr. J.-C. par un édit de l’empereur Théodose Ier.

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