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Genres littéraires

La nouvelle 

La Nouvelle (…) a sur le roman à vastes proportions cet immense avantage que sa brièveté ajoute à l’intensité de l’effet.

(Charles Baudelaire, Nouvelles histoires extraordinaires, 1857)

Qu’est-ce que la nouvelle ?

La nouvelle est un genre de fiction narrative en prose, qui se différencie du roman par sa brièveté, par le petit nombre de personnages, la concentration et l’intensité de l’action, le caractère insolite des événements contés. Toutefois, on remarque aisément que cette caractéristique formelle ne suffirait pas à la distinguer d’un conte ou d’un roman court. En d’autres termes, les critères définitoires de la nouvelle, faute de trait générique véritablement distinctif, doivent inclure d’autres traits, notamment ceux concernant la construction dramatique.

La Nouvelle (…) a sur le roman à vastes proportions cet immense avantage que sa brièveté ajoute à l’intensité de l’effet.

(Charles Baudelaire, Nouvelles histoires extraordinaires, 1857)

[La Nouvelle] est de l’ordre du vrai ; mais inouï, révélateur, inédit, neuf − d’où son nom qui la rapproche de la nouvelle du jour : X est mort, c’est la guerre. A et B se marient. « Deux amis se quittent. Un corbillard qui passe. Une jeune amoureuse qui se met nue. Telle est la nouvelle ». Quelque chose de surprenant et de problématique, c’est-à-dire qui met en relation les valeurs contradictoires, de la vie et de la mort en ce qu’elles se dénient mutuellement.

(J. Stefan dans N.R.F., juin 1980 cité dans Universalia, 1981, p.437)

Si l’on peut utiliser le roman en débarras fourre-tout, c’est impossible pour la nouvelle. Il faut mesurer l’espace imparti à la description, au dialogue, à la séquence. La moindre faute d’architecture y apparaît. Les complaisances aussi. Parfois, je songe que la nouvelle m’épanouit parce que je suis d’abord un homme de théâtre. On sait depuis Tchekhov, Pirandello ou Tennessee Williams, que la nouvelle convient aux dramaturges. Pourquoi ? Le nouvelliste a le sentiment de diriger le lecteur : il l’empoigne à la première phrase pour l’amener à la dernière, sans arrêt, sans escale, ainsi qu’il est habitué à le faire au théâtre. Les dramaturges aiment la nouvelle parce qu’ils ont l’impression qu’elle ôte sa liberté au lecteur, qu’elle le convertit en spectateur qui ne peut plus sortir, sauf à quitter définitivement son fauteuil. La nouvelle redonne ce pouvoir à l’écrivain, le pouvoir de gérer le temps, de créer un drame, des attentes, des surprises, de tirer les fils de l’émotion et de l’intelligence, puis, subitement, de baisser le rideau.

(Eric-Emmanuel Schmitt, Concerto à la mémoire d’un ange, Journal d’écriture, 2010)

Définition et origine du genre

Le genre n’a été défini que tardivement, au XIXe siècle, lorsque la vogue de la nouvelle gagne les États-Unis. Avant cette période de théorisation du genre, le terme de « nouvelle » qualifiait tout simplement un type de récit court, le plus souvent en prose mais quelquefois en prose et en vers, dont le sujet, parfois satirique ou grivois, pouvait être tiré de la tradition populaire.

Ce sont les récits du Décaméron (1348-1353) de Boccace qui sont ordinairement considérés comme l’origine de la nouvelle. Le mot « nouvelle », pour désigner une œuvre, et par extension un genre littéraire, est d’ailleurs emprunté à l’italien novella (1414), qui venait de Boccace et qui caractérisait un « récit concernant un événement présenté comme réel et récent ». L’anglais, au XVIe siècle, forme sur le mot italien novella celui de novel, qui devait ultérieurement prendre le sens plus général de fiction romanesque, cependant que short story se chargeait de la signification de novella. Les premiers récits du type de la novella étaient inspirés de Boccace. Ce sont d’abord les Contes de Cantorbéry (1386-1400) de Chaucer, vingt et un contes écrits pour la plupart en distiques héroïques. Viennent ensuite, au XVIe siècle, les contes de l’Heptaméron (1558) de Marguerite de Navarre.

XVIIe siècle : le petit roman

Au XVIIe siècle, ce furent les Nouvelles exemplaires (1613) de Cervantès, les Contes et Nouvelles (1665-1674) de La Fontaine, récits en prose et en vers mêlés d’une tonalité satirique et grivoise, inspirés de Boccace et de l’Arioste, puis les Nouvelles tragi-comiques (1655-1657) de Scarron.

Il n’y a que peu de liens, hormis la brièveté des histoires, entre ces récits et la nouvelle telle qu’elle sera définie au XIXe siècle. En revanche, au XVIIe siècle, contrastant avec les longs romans pastoraux du type de l’Astrée d’Honoré d’Urfé, parurent des œuvres plus brèves, comportant moins de digressions, d’histoires enchâssées et d’intrigues entrelacées : on les appelait « petits romans » et le modèle le plus illustre en est la Princesse de Clèves de Mme de La Fayette. En même temps que les petits romans parurent des récits encore plus brefs, sans rapport avec la veine satirique de Boccace et de La Fontaine : ceux-ci peuvent être appelés des nouvelles ; c’est le cas de la Princesse de Montpensier, de Mme de La Fayette.

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XVIIIe siècle : le conte et la nouvelle

Le XVIIIe siècle vit se multiplier les récits courts intitulés contes. Les Romans et Contes de Voltaire illustrent le genre du conte philosophique. La nouvelle se différencie pourtant du conte en ce sens que, si elle peut être fantastique ou faire appel au surnaturel, elle ne comporte pas d’éléments relevant du merveilleux, puisqu’elle relate des événements réputés réels. En outre, la structure des contes comprend des invariants et des éléments codifiés qui sont des conventions définitoires du genre : les conventions génériques du conte, du conte de fées et du conte populaire, s’opposent à l’absence de conventions génériques qui caractérise la nouvelle. Il est vrai qu’un certain nombre de textes qui sont en fait des nouvelles peuvent s’intituler contes : c’est le cas des Contes cruels (1883) de Villiers de l’Isle-Adam, qui sont des récits dans la veine de ceux d’Edgar Poe, c’est le cas encore des Contes du chat perché (1934, 1950 et 1958) de Marcel Aymé, qui mêlent des éléments de merveilleux (les animaux qui parlent) à une évocation drôle de la vie à la ferme ; mais en réalité il s’agit là de variantes modernes et parodiques du genre du conte.

Plus complexe est l’interprétation générique des récits des romantiques allemands. Les contes de Tieck (les Elfes, la Coupe d’or, le Runenberg), ceux d’Hoffmann (le Vase d’or, Kreisleriana, la Princesse Brambilla) ou ceux de Friedrich de La Motte-Fouqué (Ondine, la Mandragore), qui ne sont pas des contes traditionnels comme ceux de Grimm ou de Perrault (Contes de Grimm et Contes de ma mère l’Oye), contiennent suffisamment d’éléments empruntés au féerique et aux légendes populaires pour former un sous-genre à part à l’intérieur du genre du conte.

XIXe et XXe siècles : définition du genre

C’est au XIXe siècle que la nouvelle est définie en tant que genre. Cette période marque le début de l’apogée de la nouvelle et simultanément le début de la réflexion sur ce type d’œuvre, répandu dans tous les pays d’Europe, et que les romanciers américains, tout particulièrement, contribueront à théoriser. Edgar Poe est un des auteurs à avoir produit une théorie du genre. Selon lui, la nouvelle se caractérise par une unité d’intrigue ; cette dernière doit en outre être tout entière conçue en vue de la chute. Les nouvelles de Poe sont exemplaires à cet égard. Ses Histoires extraordinaires (1839) notamment, qui sont très tôt connues en France grâce à la traduction de Baudelaire, illustrent parfaitement sa poétique de la nouvelle.

La construction dramatique de la nouvelle est caractérisée par une unité d’intrigue et par le petit nombre des personnages. Le début d’une nouvelle, si on le compare à celui d’un roman de facture traditionnelle (c’est-à-dire en gros à un roman dont le modèle narratif est le modèle balzacien), comporte des préliminaires très rapides et parfois un début in medias res. Le début in medias res (qui caractérise des œuvres aussi éloignées de la nouvelle que l’Odyssée ou Ulysse de Joyce) suppose une entrée en matière abrupte : il n’est pas obligatoire dans la nouvelle mais il lui convient bien. Les nouvelles les plus représentatives réduisent donc à quelques traits marquants les notations concernant le cadre spatio-temporel ou le cadre social ainsi que la description des personnages. Tout dans la narration est censé tendre vers un effet unique et vers une chute qu’une série d’indices permet de deviner par anticipation (ou bien ne permet pas de deviner, auquel cas la chute est une surprise).

Le domaine français

Au XIXe siècle, les nouvelles des écrivains réalistes et naturalistes se multiplient, et entretiennent souvent des liens étroits avec le fantastique. Parmi les très nombreuses nouvelles écrites par Maupassant (la Maison Tellier, 1881 ; Contes de la bécasse, 1883 ; Contes du jour et de la nuit, 1885 ; la Main gauche, 1889 ; l’Inutile Beauté, 1890), certaines, comme le Horla ou la Chevelure, sont des nouvelles fantastiques, qui instaurent une atmosphère d’angoisse croissante. Chez Barbey d’Aurevilly (les Diaboliques), le réalisme s’accompagne également d’une inspiration fantastique, mêlée de mysticisme et d’un goût pour l’étrange qui trouve son expression dans le thème de la possession diabolique. Barbey d’Aurevilly aborde d’ailleurs le même thème dans son roman l’Ensorcelée : on constate que, de façon générale, il y a souvent une thématique identique dans la création romanesque et la création nouvelliste d’un même auteur.

Au XIXe siècle toujours, la veine réaliste-fantastique est illustrée par les nouvelles de Balzac (Contes drolatiques, 1832-1837) et surtout celles de Mérimée (Carmen, Colomba, l’Enlèvement de la redoute, Mateo Falcone, Tamango, la Vénus d’Ille, le Vase étrusque, la Partie de trictrac, Lokis, 1833-1845), qui sont caractérisées par leur densité, leur brièveté et la rapidité de la progression de l’intrigue.

La veine mystico-symboliste est représentée par Villiers de l’Isle-Adam (Contes cruels, 1883 ; Histoires insolites, 1888 ; Nouveaux Contes cruels, 1888). Ses nouvelles les plus célèbres (le Convive des dernières fêtes, la Torture par l’espérance, les Amants de Tolède, Véra, l’Amour sublime, la Maison du bonheur) sont caractérisées par un idéalisme mystique (plus romanesque que philosophique), par la création d’une atmosphère angoissante et par le caractère macabre du dénouement. C’est le tournant du siècle qui a inauguré le genre de la nouvelle humoristique, avec des auteurs comme Alphonse Allais ou Georges Courteline.

Il existe de nombreux concours de nouvelles en France, ouverts à tous. Les nouvelles demandées font généralement entre 4 et 50 feuillets. Les principaux prix décernés en France sont le prix Goncourt de la nouvelle, le prix Boccace et le prix Védrarias. Il existe également des prix pour les personnes mineures, comme le prix Clara (des éditions Héloïse d’Ormesson) et le prix Védrarias (de la ville de Verrières-le-Buisson).

Le domaine anglo-irlandais

Dans le domaine de la littérature anglaise, on doit à Oscar Wilde un recueil de contes et de nouvelles (le Prince heureux, le Fantôme de Canterville, 1888) qui mêlent ironiquement le merveilleux et le quotidien. Il montre par exemple le terrifiant fantôme du manoir de Canterville aux prises avec une famille américaine particulièrement terre à terre, qui, parce qu’elle ne croit pas à l’au-delà, vient à bout de l’atmosphère gothico-médiévale du château.

La romancière néo-zélandaise Katherine Mansfield, qui passe toute sa vie en Europe, notamment en Angleterre, est l’auteur de nouvelles consacrées à l’évocation des moments fugitifs de l’existence, de ceux qui sont représentatifs de tous les autres ou de ceux où tout bascule (Pension allemande, Prélude, Sur la baie, la Petite Gouvernante, Révélation, le Soleil et la Lune, Le vent souffle, la Maison de poupée). Ces récits ont été recueillis dans Prélude et autres histoires (1916), Félicité (1921) et la Garden Party (1922). Le seul recueil de nouvelles que l’on doit à James Joyce s’intitule Gens de Dublin (1914).

Le domaine américain

Parmi les nouvellistes américains, on citera naturellement Edgar Poe et ses Histoires extraordinaires (1839), parmi lesquelles on trouve des chefs-d’œuvre du genre, comme la Chute de la maison Usher, Bérénice, William Wilson ou Ligeia. Citons également Ambrose Bierce, auteur de nouvelles fantastiques, angoissantes et sardoniques (Morts violentes, 1912) et Herman Melville (Bartleby, Benito Cereno, 1856 ; Billy Budd, 1891). Henry James est l’auteur de plus d’une centaine de nouvelles ou de récits courts, parmi lesquels le Loyer du fantôme, la Pension Beaurepas, le Siège de Londres, Lady Barberina, Pandora, les Raisons de Georgina, les Papiers d’Aspern, l’Élève, l’Image dans le tapis, la Bête dans la jungle, les Deux Visages, Une série de visites, etc. Ces nouvelles, comme le reste de son œuvre, sont réunies et commentées par l’auteur lui-même dans des préfaces rétrospectives – en fait des postfaces – qui en exposent la structure narrative.

Depuis le début du XXe siècle, le genre de la nouvelle a donné naissance à une impressionnante quantité d’œuvres aux États-Unis, avec les quelque six cents nouvelles d’O. Henry, (Des choux et des rois, 1904 ; les Quatre Millions, 1906 ; Cœurs du Far West, 1907 ; le Gentil Escroc, 1908), celles de Faulkner, de Sherwood Anderson (Winesburg, Ohio, 1919), de Steinbeck (Tortilla Flat, 1935 ; Rue de la Sardine, 1944), celles de Salinger (Un jour rêvé pour le poisson-banane, 1950), de Carson McCullers (la Ballade du café triste, 1951) et celles de Mary Flannery O’Connor (A Good Man is Hard to Find, 1955 ; Complete Stories, 1971).

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Le domaine russe

Si la nouvelle a été le genre par excellence de la littérature américaine, elle a été illustrée brillamment par les plus grands romanciers russes. Dostoïevski compose l’Éternel Mari (1870), Tchekhov la Cigale et la Chambre n° 6 (1891-1897), Tolstoï son Enfance (1852), les Cosaques (1863) ou encore la Sonate à Kreutzer (1891). Quant à Tourgueniev, on lui doit les Mémoires d’un chasseur (1852), Deux Amis (1854), Un coin tranquille (1854), Iakov Pasynkov (1855), Une correspondance (1856) et Premier Amour (1860).

Le domaine latino-américain

Les récits des écrivains argentins Borges et Adolfo Bioy Casares ont inauguré le genre de la nouvelle métaphysique et fantastique. Recueillies dans Fictions et dans l’Aleph, les nouvelles de Borges, Tlön Uqbar orbis tertius, les Ruines circulaires, Funès ou la Mémoire, Pierre Ménard, auteur du Quichotte, sont des récits érudits, savamment piégés, qui se jouent des conventions narratives mêmes : ils relèvent de la métaphysique-fiction. Dans les nouvelles de Bioy Casares, comme Six Problèmes pour don Isidro Parodi (1942), écrite en collaboration avec Borges, l’intrigue fantastique se double en revanche d’une enquête policière.

Auteurs de nouvelles
Nouvelle médiévale et classique
Nouvelle moderne
Nouvelle contemporaine
  • Arthur Conan Doyle (écossais, 1859–1930),
  • Luigi Pirandello (italien, 1867-1936)
  • Stefan Zweig (autrichien, 1881-1942)
  • Franz Kafka (1883-1924)
  • Jean de La Varende (1887-1959)
  • Paul Morand (1888-1976)
  • Katherine Mansfield (néo-zélandaise, 1888-1923)
  • Jorge Luis Borges (argentin, 1899-1986)
  • Marcel Aymé (1902-1967)
  • Marguerite Yourcenar (1903-1987)
  • Naguib Mahfouz (égyptien, 1911-2006)
  • Roald Dahl (gallois, 1916-1990)
  • Boris Vian (1920- 1959)
  • Daniel Boulanger (1922-)
  • Italo Calvino (italien, 1923-1985)
  • Éric-Emmanuel Schmitt (1960-)
  • Bernard Werber (1961-)
  • Amélie Nothomb (1967-)
  • Stephen King (1947- )
  • Ray Bradburry (1920-2012)
  • Charbel Tayah (libanais, 1953-)

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Articles connexes

Suggestion de livres


Honoré d’Urfé –
L’Astrée

Mme de La Fayette –
La princesse de Montpensier

Edgar Allan Poe –
Nouvelles Histoires extraordinaires

Guy de Maupassant –
Contes et nouvelles

Prosper Mérimée –
Colomba et 10 autres nouvelles

Oscar Wilde – Le prince heureux –
Le géant égoïste et autres

Dostoïevsky –
Souvenirs de la maison des morts

Jorge Luis Borges –
Fictions


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