La paronymie

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La paronymie

Définition

Les paronymes sont des mots qui présentent une ressemblance plus ou moins grande par leur forme et leur prononciation. Ils ont parfois la même étymologie. Il ne faut pas employer les paronymes l’un pour l’autre. Cependant, ils pourraient être à l’origine de certains jeux de mots, quiproquos et calembours.

Il y a divers degrés dans la paronymie. Quelques paronymes sont tellement différents les uns des autres que la confusion en est tout à fait inacceptable. Tels sont les mots armistice et amnistie ; centaure et stentor ; bagarre et gabare ; écharde et écharpe ; résilier et résigner, et tant d’autres. Quelque éloignés que soient ces mots, ils ne sont pas moins confondus fort souvent : si bien qu’on est obligé de les noter dans les listes qu’on fait étudier aux enfants, afin qu’ils s’habituent à les distinguer.

Il y en a parmi eux qui sont si différents qu’il est même impossible de les confondre à l’état isolé, mais ils entrent dans des locutions où la différence n’est plus aussi sensible. Tels sont mars et marée, dans les phrases : venir comme mars en carême, c’est-à-dire arriver nécessairement ; et venir comme marée en carême, c’est-à-dire arriver fort à propos. C’est dans les grammaires élémentaires qu’on doit trouver la liste de ces paronymes.

D’autres paronymes, qu’on pourrait appeler paronymes prochains ou voisins pour les distinguer des précédents, consistent dans la modification du son d’une lettre, plutôt que dans le changement absolu de ce son. Une voyelle est brève, on la fait longue, ou réciproquement. Elle a le son fermé, on le rend ouvert. Une consonne est forte, on prend la faible correspondante, ou au contraire. En voici des exemples :

Une bête et une bette, plante potagère, diffèrent par la longueur de l’e ; un bât et il bat différent en ce que l’a, fermé dans le premier, est ouvert dans le second ; un mâle et une malle réunissent ces deux différences : l’a est fermé et long dans le premier, il est ouvert et bref dans le second.

Azuré et assuré ne se distinguent de même que par la première articulation, faible dans l’un, forte dans l’autre. Il en est de même de frange et franche, de gratte et crotte, et de tant d’autres que certains ont de la peine à distinguer.

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On reconnaît que ces paronymes ont été avec raison appelés prochains ou voisins, parce que l’erreur que l’on fait dans leur emploi repose sur la proximité des sons substitués.

Les fautes les plus graves, faites à l’occasion des paronymes, sont sans comparaison celles que fait commettre l’ignorance du sens des mots et leur emploi à contre-sens. Aussi certains auteurs comiques ont-ils trouvé dans cette confusion des termes une source inépuisable de moqueries et d’amusement pour les spectateurs dans leurs pièces de théâtre. Ainsi, dans le Monde camelotte (I, l), comédie satirique de Cogniard et Bourdois, une marchande des quatre saisons expliquant à un marchand de coco que sa fille veut être actrice, dit qu’elle a une invocation pour jouer la comédie. Elle veut dire une vocation.

→ À lire : Synonymie, antonymie, homonymie et paronymie.
→ Exercice : Les paronymes.

Inconvénient des paronymes

Le grand inconvénient que présentent les paronymes, c’est que cette ressemblance des sons tend de plus en plus à jeter la confusion dans le langage, à rendre par conséquent la pensée moins claire, et même à ôter entièrement l’intelligence de certains termes, qui sont pourtant du langage commun.

Quelques exemples

Fasolet et flageolet
Le nom de fasolet pour exprimer les petits haricots écossés, lorsqu’ils sont encore verts, en offre un exemple. C’est le diminutif de fasol ou faséol venu du latin faseolus, haricot, terme utilisé par les anciens auteurs. Ce mot de fasal n’étant pas usité, fasolet a été oublié aussi, et les marchands y ont substitué celui de flageolet, qui désigne un petit instrument à vent, et n’a aucun bon sens quand on l’applique à un légume.

Coulte-pointe et courte-pointe
Coulte-pointe était un nom excellent. Coulte est venu directement du latin culcita qui signifie couverture. La coulte pointe était, ce qu’elle est encore, une couverture pointe, c’est-à-dire piquée ou cousue (car pointe est le participe passé féminin du verbe poindre), à la différence des couvertures ordinaires en laine ou coton qui sont tissées comme la toile. Le mot coulte n’étant plus usité, le vulgaire y a substitué le paronyme courte, et formé le nom composé courte-pointe qui semble signifier une pointe courte, ce qui n’a pas le sens commun.

Sonnez et sonnet
Sonnez, nom du double-six au jeu de trictrac, et sonnet, petite pièce de poésie, montrent comment les mauvaises prononciations s’introduisent et se propagent. Le mot sonnez se prononçait autrefois partout comme tous les mots de cette finale assez, nez, vous chantez. On en trouve la preuve dans ces vers de Nicolas Boileau (Satire, X, v. 219) :

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Tu voyais tous tes biens, au sort abandonnés,
Devenir le butin d’un pique ou d’un sonnez.

Ce mot d’ailleurs n’est autre chose que l’impératif pluriel du verbe sonner, parce que les joueurs avaient l’habitude, quand venait le double-six, le plus haut point qu’on puisse obtenir avec deux dés, de dire en plaisantant : Sonnez la trompette ; le premier mot est devenu le nom du point. Le trictrac n’étant plus aujourd’hui aussi commun qu’il l’était autrefois, le mot sonnez a été moins prononcé ; et, comme tout le monde connaît les sonnets ou en a entendu parler, on a bientôt confondu les deux mots et la prononciation ouverte de la dernière syllabe de sonnez a fini par prévaloir. Elle n’est pas bonne assurément, mais elle est commune. C’est à ce point qu’Arnault, dans sa fable des Dés, n’a pas craint de mettre :

Ces dés qui, chassés d’un cornet
Pour être agités dans un autre.
Par un carme ou par un sonnet,
Règlent ma fortune et la vôtre.

Spic et aspic
Le spic est le nom d’une espèce de lavande d’où l’on tire une huile très inflammable, qui sert à allumer les lampions. C’est l’huile de spic. Cependant, ce mot n’étant pas très connu, le vulgaire en a fait l’huile d’aspic. L’aspic est un petit serpent très venimeux qui ne fournit absolument aucune huile.

Guède et guêtres
La guède, plus connue aujourd’hui sous le nom de pastel, est une plante tinctoriale qui servait, avant l’introduction de l’indigo, à teindre les étoffes en bleu. La ville de Saint-Denis avait un marché où se vendait cette plante, et qu’on appelait le Marché aux guèdes. Ce nom étant devenu inusité, la municipalité de Saint-Denis, dit Roquefort dans son Dictionnaire étymologique (au mot Landit), fait du Marché aux guèdes, le Marché aux guêtres.

Oues et ours
Ce mot, inconnu aujourd’hui, veut dire oies. Il faut se rappeler que la diphtongue oi, prononcée aujourd’hui oua, s‘énonçait autrefois ouè. Et dans les temps où l’on ne mettait pas les accents, la rue aux Oues se lisait la rue aux Ouès, c’est-à-dire la rue aux Oies, dont le sens est parfaitement clair. Plus tard, quand on a été habitué aux e marqués du trait de droite à gauche, et qu’on a retrouvé ce nom sans accent, on a prononcé rue aux Ous, et comme ce mot n’avait plus aucun sens, on y a substitué le paronyme ours. C’est ainsi qu’à Paris, et dans plusieurs villes de France, on trouve des rues aux Ours où il ne s‘est jamais vendu que des oies.

On imagine facilement les confusions de termes et les barbarismes que peut produire cette habitude d’estropier ou de confondre les mots, prolongée pendant toute la durée de la vie d’un peuple.

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→ À lire : La langue et le style. – La langue et le langage.

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