La proposition et la division

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La proposition et la division

Qu’est-ce que la proposition ?
Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique, PUF, Paris, 2013, 246 p.

Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique, PUF, Paris, 2013, 246 p.

La proposition est le nom qu’on donne, dans la rhétorique, à la seconde partie du discours oratoire. Elle vient immédiatement après l’exorde et a pour but d’exposer nettement le sujet que l’on va traiter.

C’est l’exposé clair, net et précis du sujet. La Proposition se place après l’Exorde ; quand on a éveillé et captivé l’attention de l’auditeur, il faut lui faire comprendre le sujet dont on veut l’occuper.

(Bach.-Dez., 1882)

Il y a des propositions simples et des propositions composées. Les propositions simples sont celles qui ne renferment qu’un seul point à prouver, comme l’exposition du sermon de Jean-Baptiste Massillon👤 sur les exemples des grands :

Les exemples des princes et des grands roulent sur cette alternative inévitable : ils ne sauraient se perdre ou se sauver tout seuls. Vérité capitale qui va faire le sujet de ce discours.

Les propositions composées sont celles où plusieurs points demandent chacun leur preuve à part. Elles donnent lieu à la division.

👤 Jean-Baptiste Massilon
Jean-Baptiste Massillon, né le 24 juin 1663 à Hyères et mort le 28 septembre 1742 à Beauregard-l’Évêque, est un homme d’Église français, évêque de Clermont en Auvergne. Il prononce plusieurs oraisons funèbres, entre autres celles des princes du sang, le Prince de Conti (1709), le Dauphin (1711), et celle du roi Louis XIV (1715). Au XVIIIe siècle, il est souvent comparé à Louis Bourdaloue et Jacques-Bénigne Bossuet. Ses sermons connaissent de nombreuses éditions et ses Œuvres complètes sont plusieurs fois publiées au cours du XIXe siècle.

→ À lire : La rhétorique.

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Qualités de la proposition

Ordinairement, la proposition est exprimée avec beaucoup de brièveté. Dans un plaidoyer, elle expose le point litigieux. Dans un sermon et dans un discours académique, elle énonce la vérité qui doit être développée. Dans un discours politique, elle pose nettement la question qui sera débattue. Dans des cas assez rares, la proposition est étendue et développée. C’est lorsque l’objet de la discussion n’est point parfaitement déterminé, et que l’orateur veut et doit avant tout fixer convenablement l’état de la question.

Qu’est-ce que la division ?

Quelquefois, en exposant le sujet, on le partage, c’est-à-dire qu’on fait connaître d’avance les parties dont se composera la confirmation : c’est ce qu’on nomme la division.

En termes de rhétorique, la division est une partie du discours oratoire. Elle succède immédiatement à la proposition, et ne peut exister que dans le cas où la proposition est composée, c’est-à-dire quand il y a plusieurs points à prouver. Alors même il s’en faut de beaucoup que tous les orateurs usent de la division.

Toutes les fois que la proposition est composée, ou qu’étant simple on annonce qu’on la prouvera d’abord par tel moyen et ensuite par tel autre, il y a une division. Cette dernière n’est autre chose que le plan de la confirmation. Voilà pourquoi elle a dans le discours une véritable importance.

Les Anciens employaient rarement la division. Cependant, l’usage de la division s’est maintenu dans l’éloquence de la chaire (par exemple, dans les sermons de Jean-Baptiste Massillon, de Louis Bourdaloue, etc.). Il a même continué d’y être poussé souvent à l’excès. On ne se borne pas à diviser le sermon en plusieurs points, chaque point est ensuite subdivisé, et quelquefois chacune de ces subdivision donne lieu à une division nouvelle. Sans aller aussi loin dans ce fractionnement du discours, les orateurs qui sont les modèles de l’éloquence chrétienne l’ont eux-mêmes coupé en un grand nombre de parties distinctes.

Nous citerons la division du discours de Massillon sur l’humanité des grands :

Ils ne sont grands que pour les autres hommes, et ils ne jouissent véritablement de leur grandeur qu’autant qu’ils la rendent utile aux autres hommes ; c’est-à-dire, l’humanité envers les peuples est pour les grands le devoir le plus sacré : première partie ; l’humanité envers les peuples est l’usage le plus délicieux de la grandeur : seconde partie.

Ainsi Massillon, dans la première partie de ce discours, après avoir démontré en général que l’humanité est le premier devoir des grands, explique que ce devoir les oblige à trois choses, qui sont l’affabilité, la protection et les largesses, et traite successivement ce qui a rapports à chacun de ces trois points.

Le plus ordinairement, l’orateur n’établit pas de division marquée. Il se contente d’enchaîner ses raisonnements dans l’ordre qu’il croit le plus capable de faire impression sur les esprits.

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Dans ses Dialogues sur l’éloquence en général et sur celle de la chaire en particulier avec une lettre écrite à l’Académie française (1718), Fénelon blâme la méthode des divisions. Il prétend, que la coutume d’annoncer le plan du discours, donne à l’éloquence un air de contrainte, que cette marche rompt l’unité, etc. Il a signalé l’inconvénient grave de trop montrer d’avance l’ordre du discours, de faire miroiter les diverses faces d’un sujet, en exécutant ce qu’il appelle des tours de passe-passe. Quelle que soit l’autorité de l’illustre écrivain, les rhéteurs ne sauraient adopter son avis. Si les divisions, formellement énoncées, donnent aux sermons l’air un peu moins oratoire, elles les rendent plus clairs, plus faciles à comprendre, et même plus instructifs pour la masse des auditeurs. Les principaux chefs d’un discours sont d’un grand secours à la mémoire, et donnent à l’auditeur un moyen de se rappeler ce qu’il a déjà entendu. Ils servent aussi à fixer son attention, et le mettent en état de suivre le discours dans sa marche ; ils lui indiquent les lieux de repos, où il peut réfléchir sur ce qui a été dit, et pressentir ce qui doit suivre. Loin de nuire à l’unité, la division la rend plus complète et plus sensible, du moins quand les chefs sont bien choisis, et indiqués d’une manière distincte.

→ À lire : La confirmation.

Règles de la division

Quoique l’usage des divisions ne soit pas fréquent chez les Modernes, on trouve cependant des divisions justes et régulières dans Eschine, dans Démosthène, dans Cicéron. On sait aussi, que la division n’empêche pas que l’orateur n’échauffe et ne remue les âmes. Bourdaloue👤 n’en est pas moins nerveux, ni Massillon moins touchant, pour avoir divisé.

Il y a néanmoins deux défauts à éviter : faire trop de divisions et de subdivisions, c’est accabler l’esprit au lieu de le soulager ; et se persuader qu’elles sont partout et toujours nécessaires, c’est également se tromper. Quelquefois il n’y a, dans un discours, qu’un point simple, et qu’un moyen qu’on ne peut décomposer. Il est même quelquefois utile de cacher l’ordre et l’économie du plan qu’on a suivi.

👤 Louis Bourdaloue
Louis Bourdaloue, né à Bourges le 20 août 1632 et mort à Paris le 13 mai 1704, est un jésuite français. Brillant prédicateur connu pour la qualité de ses sermons qu’il récite presque théâtralement. Il prêchait, dit-on, les yeux clos. Son talent et sa réputation lui valent de prêcher à la cour, où il est surnommé « roi des prédicateurs, prédicateur des rois ». On a considéré Bourdaloue comme « le plus janséniste des jésuites ».

Les règles de la division sont qu’elle soit entière, distincte, naturelle, et, s’il est possible, progressive.

Entière, c’est-à-dire que les membres qui la composent embrassent toute l’étendue du sujet. On violerait cette règle, indiquée par le bon sens, si, par exemple, en faisant l’éloge de Charlemagne, on le divisait en deux parties, l’une relative à ses exploits militaires, l’autre à ses vertus privées. En effet, oublier de le considérer comme législateur et comme administrateur, ce serait omettre ses plus beaux titres de gloire.

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Distincte, c’est-à-dire qu’un membre ne rentre point dans l’autre et ne le rende pas inutile en tout ou en partie ; défaut dans lequel on tomberait; par exemple, si l’on annonçait que l’on considérera Charlemagne comme conquérant, comme roi et comme capitaine. La troisième partie rentrerait évidemment dans la première.

Naturelle, c’est-à-dire qu’elle n’ait rien de forcé, et qu’elle naisse, des nécessités du sujet. Ainsi ce serait diviser d’une manière naturelle l’éloge de Charlemagne, que de prouver qu’il a été grand, premièrement dans la guerre, secondement dans la paix.

Enfin, s’il est possible, progressive, c’est-à-dire que l’intérêt des développements des diverses parties aille en croissant. C’est ce qu’on peut remarquer dans le discours de Massillon sur l’humanité des grands. La seconde partie est susceptible de développements plus intéressants et plus pathétiques que la première.

Une division, où l’on reconnaîtra sans peine l’observation de ces règles, est celle du discours de Massillon sur la passion de Jésus-Christ. Elle est formée sur ce texte : Consummatum est.

La mort du Sauveur renferme trois consommations qui vont nous expliquer tout le mystère de ce grand sacrifice. Une consommation de justice du côté de son Père ; une consommation de malice de la part des hommes ; une consommation d’amour du côté de Jésus-Christ. Ces trois vérités partageront ce discours, et l’histoire des ignominies de l’Homme-Dieu.

La division chez Bossuet

La supériorité du génie de Bossuet éclate dans la clarté, le naturel et la simplicité de ses divisions. Ces qualités se retrouvent jusque dans ses discours d’apparat. Ainsi l’oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre considère tour à tour cette princesse dans la prospérité et dans le malheur, en montrant l’usage chrétien qu’elle a fait de l’un et de l’autre. L’oraison funèbre du prince de Condé loue successivement ses qualités de l’esprit, ses qualités du cœur, ses vertus chrétiennes. Une telle distribution, si conforme à la nature des choses, se grave d’elle-même dans la mémoire. Il n’y a que le génie pour oser être si simple. Le talent y met plus de recherche.

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