La réfutation

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Rhétorique et style

La réfutation

Après la réfutation, l’énumération. Tous les procédés oratoires vont entrer en ligne.

(Hippolyte Taine, Les Philosophes français du XIXe siècle, 1857, p. 125)

Définition et emplois de la réfutation
Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique, PUF, Paris, 2013, 246 p.

Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique, PUF, Paris, 2013, 246 p.

La réfutation est la partie du discours qui se place ordinairement après la confirmation. Elle a pour objet de détruire, de ruiner ou du moins d’affaiblir les raisons, les propositions ou les arguments de l’adversaire.
→ À lire : La rhétorique.

Cicéron ne veut pas qu’on distingue la réfutation de la confirmation, parce qu’on ne peut détruire les objections sans appuyer sa propre thèse, ni établir ses moyens sans détruire ceux de l’adversaire. Dans tous les cas, il est certain qu’elle ne forme une partie distincte que dans les plaidoyers et les mémoires.

Il est impossible d’assigner une place constante à la réfutation : tantôt elle précède, tantôt elle suit la confirmation, tantôt elle est mêlée avec elle. C’est la nature et le besoin de la cause qui doivent fixer sa place. Mais il faut toujours qu’elle précède la confirmation quand l’orateur a de grands préjugés à vaincre. La méthode qui consiste à renvoyer toutes les objections à la fin du discours a quelque chose de froid et de monotone qui semble contraire à l’éloquence.

1️⃣ Si la réfutation tombe sur un fait, il faut montrer ou que ce fait n’est pas fondé sur des témoignages certains, ou qu’il n’est pas tel qu’on le suppose, ou qu’on n’est pas en droit d’en tirer les conséquences qu’on prétend. Il faut examiner donc le fait dans tous ses rapports et tous ses aspects, parce qu’on ne connaîtra bien un événement qu’en l’étudiant dans ses causes, dans ses détails et dans ses suites. Démosthènes, accusé par Eschine d’être responsable des maux de la patrie, lui répond victorieusement en rétablissant les faits dans leur exacte vérité.

2️⃣ Quand la réfutation tombe sur un raisonnement, on examine si les principes sur lesquels s’appuie l’objection sont vrais ou faux, et si les conséquences sont bien ou mal déduites. Si le principe est faux, on doit le démontrer par les absurdités qui en découlent, ou en lui opposant d’autres principes dont la vérité est évidente. Le principe détruit, toutes les conséquences que l’adversaire en a tirées tomberont d’elles-mêmes.
Si la conséquence est mal déduite, on le fera ressortir au moyen des règles que nous avons données pour connaître les sophismes.

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3️⃣ Lorsqu’on est obligé de réfuter des présomptions ou des conjectures que l’adversaire a réunies en faisceau pour mieux les faire valoir, il faut en montrer la faiblesse en les divisant et les présenter seules et isolées. On examine séparément celles qui tirent leur force de leur union. On ramène à leur plus simple expression celles qui ont été développées avec éclat, afin d’en amortir l’effet. Il y a surtout, quand on le peut, un grand avantage à mettre son adversaire en contradiction avec lui-même.

ℹ Présomption et conjecture
Une présomption est une opinion fondée seulement sur des indices, des apparences, des commencements de preuves.
Une conjecture est une idée ou une explication anticipée qui attend sa vérification, soit de l’expérience, soit du raisonnement. C’est aussi une construction d’opinions non vérifiées, à partir de données connues. Ne pas confondre conjecture et conjoncture !

4️⃣ Lorsqu’on a opposé des raisons solides aux objections les plus fortes, il est quelquefois utile de combattre les plus faibles par une fine plaisanterie. Un mot piquant produit souvent plus d’effet que les raisons les plus solides. Mais la plaisanterie, maladroitement employée, est un trait qui revient contre celui qui l’a lancé, et de tous les traits qui peuvent se rétorquer, c’est sans contredit le plus terrible et le plus acéré. On se sert donc de cette arme avec discrétion.

C’est à la tribune qu’on fait le plus fréquent usage de la réfutation, et les préceptes qu’on vient de donner s’appliquent spécialement à ce genre d’éloquence. Néanmoins, le prédicateur a aussi quelquefois des réfutations à faire. On peut dire qu’il a autant d’adversaires qu’il se rencontre de préjugés et de passions dans le cœur de ceux qui l’écoutent, et il doit s’attacher à les combattre.

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