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L’anagramme

 

L’anagramme, c’est la transposition des lettres d’un mot ou d’une phrase produisant un autre mot ou une autre phrase. L’anagramme, l’un des exercices d’esprit les plus futiles, tient cependant un des premiers rangs parmi les objets de curiosité littéraire, à cause de l’extrême faveur dont elle a longtemps joui. Pour que l’anagramme soit régulière, il faut que toutes les lettres du mot soient employés dans la nouvelle combinaison, et y figurent seules ; mais, pour la rendre parfaite, il convient que les mots obtenus par transposition aient un sens analogue ou contraire au sens primitif, et qui fasse un jeu de patience une flatterie délicate on une maligne satire.

L’anagramme n’était pas inconnue des Grecs. Le poète Lycophron, qui vivait près de trois cents ans avant Jésus-Christ, nous en a laissé deux en l’honneur de Ptolémée Phitadelphe et de la reine Arsinoé.

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Les Juifs cultivaient aussi l’anagramme, et la Cabale enseigne l’art de trouver par elle des sons cachés et mystérieux. C’est de là que le procédé passa aux sciences occultes et à l’alchimie du Moyen Âge. Roger Bacon, dans le De Secretis operibus naturœ ; (chap. XI), donne sous une forme anagrammatique la composition de la poudre à canon.

Au XVIe et au XVIIe siècle, l’anagramme devint dans toute l’Europe une manie, une fureur. Un allemamd, G. Froben, publia l’Anagrammaiatopeia ou l’art de faire des anagrammes. Louis XIII pensionnait un anagrammatiste, Billon, avocat d’Aix, qui avait fait, lors de l’entrée du roi dans cette ville, cinq cents anagrammes sur son nom. Un carme, Pierre de Saint-Louis, mit en anagrammes les noms des papes, des empereurs, des rois de France, des généraux de son ordre et de presque tous les saints, cherchant de bonne foi la destinée des hommes dans leur nom. Quelques anagrammes offrent, il est vrai, d’étranges analogies entre certains noms et ceux qui les portent. On a trouvé dans Pierre de RonsardRose de Pindare ; dans Marie Touchet, maîtresse de Charles IX, Je charme tout ; dans frère Jacques Clément, C’est l’enfer qui m’a créé ; dans Louis XIV, roi de France et de Navarre, Va, Dieu confondra l’armée qui osera le résister ; dans Voltaire0 alte vir ; dans Verniettes, nom d’emprunt de Jean-Bernard Rousseau rougissant de sa famille, Tu te renies ; etc.

L’emploi le plus ingénieux peut-être de l’anagramme eut lieu dans une fête donnée, par la famille Leczinski au jeune Stanislas, qui fut plus tard élu roi de Pologne, et devint beau-père de Louis XV. Un ballet était exécuté par treize danseurs portant chacun un bouclier sur lequel était gravée en or une des treize lettres de ces deux mots : Lescinia Domus. À la fin de chaque figure, les danseurs se rangeaient de manière à former avec leurs boucliers chacune des anagrammes suivantes :

Domus lescinia
Ades Incolumis
Omnis es lucida
Mane sidus loci
Sis columna dei
I, scande solium.

Malgré quelques applications heureuses, la manie de l’anagramme est une puérilité que Colletet a justement bafouée dans ces jolis vers adressés à Ménage :

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J’aime mieux, sans comparaison,
Ménage, tirer à la rame
Que d’aller chercher la raison
Dans les replis d’une anagramme.
Cet exercice monacal
Ne trouve son point vertical
Que dans une tête blessée ;
Et sur Parnasse nous tenons
Que tous ces renverseurs de noms
Ont la cervelle renversée.

On cite, comme rareté bibliographique, un petit livre qui a poussé l’anagramme à la bizarrerie et à la satiété. Il a pour titre : Anagrammeana, poème en huit chants, par l’anagramme d’Archet (Rachel) et il porte, en guise de lieu et de date de publication : Anagrammatopolis, l’an XIV de l’ère anagrammatique.

L’anagramme sert le plus souvent à déguiser le nom d’un auteur et devient ainsi une source ordinaire de pseudonymes, comme Alcofribas Nasier pour François Rabelais ; Alcunius pour Calvinus, etc.

Le titre même d’un livre peut être un anagramme, comme le roman de Crébillon intitulé : les Amours de Zéokinisul, roi des Kofirans, c’est-à-dire de Louis XV, roi des Français.

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