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Vocabulaire : Jeux de mots

Le calembour

Définition

Le calembour est un jeu de mots oral fondé sur l’homophonie et la polysémie. En effet, le calembour est un jeu d’esprit fondé soit sur des mots pris à double sens, soit sur une équivoque de mots, de phrases ou de membres de phrases se prononçant de manière identique ou approchée mais dont le sens est différent. Il est utilisé pour des fins humoristiques et est souvent apprécié à l’oral qu’à l’écrit.

Dans le dictionnaire, nous retrouvons le substantif calembourdier ou calembourdière pour désigner celui ou celle qui fait des calembours. Le mot calembouriste est également employé pour dénommer un faiseur de calembours. L’adjectif calembourgeois existe pour décrire une personne qui aime beaucoup et donc qui utilise les calembours. Le collectif la calembourgeoisie existe et signifie les gens calembourgeois comme groupe. Dans un emploi péjoratif, le mot calembour désignera tout simplement un mauvais jeu de mots.

Dans la langue française, il est admis que Denis Diderot a utilisé le mot calembour pour la première fois dans une lettre à Sophie Volland datée du 1er octobre 1768. Le terme est également présent dans le Supplément à l’Encyclopédie de 1777.

💡 La rime-calembour ?
La rime-calembour est un divertissement poétique consistant à terminer des vers par des rimes riches formant un calembour.
Exemple :

Oui, la gloire est à moi, j’ai su m’en emparer ;
Et, me produisant rien, je puis me comparer
Aux filles qu’on marie honnêtes.
Je reste magnifique autant que paresseux,
Oui, mais ne pouvoir être à mon tour un de ceux
Qui montrent les marionnettes !

(Théodore de Banville, Odes funambulesques, Alphonse Lemerre, 1874)

Le calembour à travers les temps

Le calembour n’est pas inconnu des Anciens. Le double sens des oracles repose souvent sur des équivoques de ce genre. Il y a eu des calembours sacrés. On en trouve, et souvent d’obscènes, chez Aristophane et chez Plaute. On en rencontre même chez Cicéron.

Dans les temps modernes, Shakespeare présente assez souvent des plaisanteries sous forme de calembours, quelquefois très difficiles à comprendre aujourd’hui. Il en est de même chez François Rabelais. Bien des passages de Molière, principalement dans ses farces, touchent au calembour. Jean Racine, lui-même, n’a pas dédaigné ce genre d’esprit. Dans ses Plaideurs, l’Intimé invoque en faveur du chien Citron les robes de trois procureurs qu’il a déchirées :

On en verra les pièces.
Pour nous justifier, voulez-vous d’autres pièces ?

Parmi les écrivains qui ont abusé du calembour, tout en s’y faisant une réputation, on cite principalement Pierre de Montmaur👤 au XVIIe siècle et le marquis de Bièvre👤 au XVIIIe siècle. Montmaur, le fameux parasite qui disait à ses amis : « Messieurs, fournissez les viandes et le vin, et moi je fournirai le sel », pousse si loin la manie du calembour et de tous les jeux de mots, qu’on leur donne le nom de montmaurismes. Le marquis de Bièvre est celui de tous les littérateurs qui use le plus du pur calembour ; mais personne n’y a mieux réussi. Outre cet exemple, citons celui qu’il a fait après le succès de sa comédie du Séducteur et la chute des Brames de La Harpe : « Quand le Séducteur réussit, les bras me tombent. » Mais, si l’on peut reconnaître dans ces mots de la finesse et de l’à-propos, on serait fatigué jusqu’au dégoût si on lisait son Almanach des calembours, sa Lettre à la comtesse Talion, ou ses Amours de l’ange Lure et de la fée Lure. À l’époque où vivait le marquis de Bièvre, le calembour était fort à la mode. C’est alors que Necker ayant fait imprimer son fameux Compte rendu au roi, et l’ayant publié sous couverture bleue, le premier ministre Maurepas traite dédaigneusement ce travail de conte bleu. On a publié depuis, dans le même sens, les Contes fantastiques d’un administrateur dont le nom rappelait par à peu près celui de l’excentrique Hoffmann.

La manie du calembour n’a pas disparu au XIXe siècle, malgré bien des attaques méprisantes. L’aîné des Dupin a laissé au barreau et à la Chambre le souvenir de jeux de mots célèbres. Victor Hugo, qui a appelé les calembours « la fiente de l’esprit qui vole » (Les Misérables, t. 1, 1862, p. 171), en a semé plusieurs de ses romans. Son personnage déclare ailleurs dans le même roman : « Loin de moi l’insulte au calembour ! Je l’honore dans la proportion de ses mérites ; rien de plus. » Honoré de Balzac pousse aussi très loin l’amour de cet exercice.

Le calembour a envahi le théâtre dans un grand nombre de vaudevilles. Le plus célèbre, et à juste titre, est celui des Saltimbanques ; beaucoup de calembours de cette pièce sont restés populaires, comme le fameux mot de Bilboquet emportant la grosse caisse et disant : « Sauvons la caisse ! » Dans ces dernières années, nous avons eu une recrudescence de calembours dans certains journaux dits littéraires, où l’esprit s’est borné souvent à rééditer, pour le plaisir quotidien des lecteurs, tous les mots et calembours qui dormaient dans la poussière des bibliothèques.

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Plus récemment, Le Canard enchaîné, hebdomadaire satirique et d’investigation français fondé en 1915, s’illustre dans le genre à travers surtout la rubrique des Mots croisés créés par Alain Dag’Naud. Les définitions prennent presque toujours la forme de jeux de mots, parfois grivois, de calembours approximatifs. Parmi les calembouristes les plus connus, citons Jean-Pierre Brisset, Pierre Dac, Pierre Desproges, Coluche, Sol, François Pérusse, Boby Lapointe, Noir Désir, Gérald Genty et Vincent Roca.

👤 Pierre de Montmaur
Pierre de Montmaur, né en 1576 à Bétaille en Quercy et mort le 7 septembre 1648, est un érudit, poète français d’expression latine. Parasite littéraire, il pastiche les textes des Grands Anciens. Iconoclaste, pour échapper à un avenir qu’il jugeait terne, il s’adonne à la composition d’anagrammes et d’acrostiches faute de briller comme avocat ou écrivain.

👤 Marquis de Bièvre
François-Georges Maréchal, marquis de Bièvre est un écrivain français né le 13 novembre 1747 à Paris et mort le 24 octobre 17891 à Triesdorf (Weidenbach). Calembouriste prolixe, Mareschal de Bièvre brille brièvement à la Cour et dans les salons de la fin du XVIIIe siècle. Encouragé par le succès, il publie plusieurs ouvrages centrés sur ce type de jeu de mots et en particulier quelques pièces de théâtre. Il a rédigé l’article « KALEMBOUR, ou CALEMBOUR » du Supplément à l’Encyclopédie (t. III, 1777).

La manie du calembour

La manie du calembour a été souvent et justement blâmée ; mais on a été trop loin en blâmant et rejetant le calembour lui-même d’une manière absolue. Il peut trouver sa place dans la littérature, et l’on en voit même des exemples chez des écrivains de grande renommée, même si on lit partout que « le calembour est l’esprit des sots » ou que le calembour est « la sottise des gens d’esprit ». Tout jeu d’esprit bien fait est le contraire de la sottise. Mais il faut qu’il soit bien fait !

L’art du faiseur de calembours ne consiste pas à jouer sur le double sens d’un mot, mais à forcer l’équivoque, soit par la décomposition d’un mot en plusieurs, soit par la réunion de plusieurs mots en un seul, sans plus respecter le bon sens que l’orthographe. Le calembour joue plutôt sur le son que sur le sens. Peu lui importe de ne pas présenter une idée ingénieuse, pourvu qu’il détourne de l’idée raisonnable. […] On peut pourtant faire des calembours avec de l’esprit, ou quoiqu’on ait de l’esprit : M. De Bièvre l’a prouvé ; mais qu’en conclure, lorsque tant de sots y réussissent ? Que le calembour prouve quelque esprit dans une bête ? Ne prouverait-il pas plutôt qu’il y a toujours un petit coin de bêtise dans un homme d’esprit ?

(Étienne de Jouy, L’Hermite de la Chaussée d’Antin, t. 5, 1814, p. 232-233)

Il faut que le calembour transforme le mot en laissant le son exactement pareil, qu’il amène entre deux idées un contraste piquant ou un rapprochement original, et surtout qu’il arrive à propos, sans paraître cherché, sans être amené de loin. Toutes ces conditions se trouvent remplies dans la réponse du marquis de Bièvre au roi Louis XV lui demandant de faire un calembour relatif à sa personne : « Ah ! sire, répondit-il, le roi n’est pas un sujet. »

Les règles d’un bon calembour sont plus difficiles à observer qu’il ne le parait à première vue ; aussi ceux qui les prodiguent en font-ils rarement qui ne soient mauvais. L’abus en est d’autant plus insupportable, qu’alors ils ne viennent plus à leur place, et qu’au lieu de montrer de l’esprit ils ne font que trahir un travers.

Exemples de calembours
Thomas Corneille

Don Bertrand de Cigarral, personnage de la comédie du même nom de Thomas Corneille, affligé d’un mal qui n’est pas le fruit d’un extrême propreté, présente galamment la main à Isabelle. « Ah ! s’écrie-t-elle, avec une répugnance bien fondée. »

Denis Diderot

C’est à moi, dit Diderot, à lui inspirer le libre exercice de sa raison, si je veux que son âme ne se remplisse pas d’erreurs et de terreurs.

François de Malherbe

Épitaphe d’un parent de François de Malherbe, faite par ce poète :

Ci-gît Monsieur d’Is :
Or, plût à Dieu qu’ils fussent dix !
Mes trois sœurs, mon père et ma mère ,
Le grand Éléazar mon frère,
Mes trois tantes, et Monsieur d’Is :
Vous les nommé-je pas tous dix ?

Cette épitaphe annonce plus d’esprit que de bon naturel. Elle fait croire que Malherbe est ce fils dénaturé et l’a fait accuser d’avoir oublié tout sentiment d’humanité.

Clément Marot

Clément Marot, peignant la douleur des différentes villes de la France à la mort de François Ier, dit :

Remorantin sa perte remémore,
Cognac s’encogne en sa poitrine blême
Anjou fait joug, Angoulême est de même.

Molière

● Madame Pernelle, dans Tartuffe (Acte I, scène 1, v. 161-162), dit, en parlant de sa maison :

C’est véritablement la tour de Babylone ;
Car chacun y babille, et tout du long de l’aune.

● Mascarille dit à Anselme dans L’Étourdi (Acte I, scène 5, v. 231-232) :

Oui, vraiment, ce visage est encor fort mettable ;
S’il n’est pas des plus beaux, il est désagréable.

● Le calembour que Molière met dans la bouche de Trissotin, dans Les Femmes savantes (Acte III, scène 2, v. 827-832), prouve que ce genre était alors fort à la mode :

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Et quand tu vois ce beau carrosse,
Où tant d’or se relève en bosse,
Qu’il étonne tout le pays,
Et fait pompeusement triompher ma Laïs,
Ne dis plus qu’il est amarante :
Dis plutôt qu’il est de ma rente.

● Dans Les Femmes Savantes (Acte II, scène 6, v. 490-491), Bélise dit à Martine :

Grammaire est prise à contre-sens par toi,
Et je t’ai dit déjà d’où vient ce mot.

Martine répond :

Qui parle d’offenser grand’mère ni grand-père ?

Montmaur

Il disait que le mot festin venait de festinare, qui marquait que l’on ne saurait trop se presser de s’y rendre. Et que chez les Romains les cénateurs étaient les magistrats les plus respectables.

Voltaire

● On regarde la diète comme une chose très salutaire ; c’est cependant au sortir d’une diète en 1768, que plusieurs villes de la Pologne furent saccagées et les habitants massacrés. (Voltaire, Dictionnaire philosophique, 1764)

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● On n’a jamais entendu parler de vampires à Londres ni même à Paris. J’avoue que dans ces deux villes il y eût des agioteurs, des traitans, des gens d’affaires qui suçaient en plein jour le sang du peuple, mais ils n’étaient point morts quoique corrompus. (Voltaire, Dictionnaire philosophique, 1764)

Vincent Voiture

On lit, dans une lettre de Vincent Voiture, que l’étymologie du mot cordonnier vient de ce que ceux qui exercent cette profession donnent des cors avec leurs chaussures.

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