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Le mélodrame au théâtre

J’ai donc écrit Amphion, et j’ai appelé ceci : Mélodrame. Je n’ai pas trouvé d’autre terme pour qualifier cet ouvrage, qui n’est certainement ni un opéra, ni un ballet, ni un oratorio.

  (Paul ValéryVariété III, 1936)

Mélodrame (1860) par Honoré Daumier (1808-1879).

Mélodrame (1860) par Honoré Daumier (1808-1879).

Présentation

Le mélodrame (en grec mélos = air, chant, et drama = action, drame) est un des genres de compositions dramatiques modernes. Il a surtout connu son essor au cours du XIXe siècle.

Ce n’est qu’une des variétés du drame et une variété d’ordre inférieur. Sa marque distinctive apparente consiste à réunir le chant, la mélodie, comme l’indique son nom, à l’action dramatique. Ce n’est pas toutefois le drame en musique, définition qui conviendrait plutôt à l’opéra ; c’est le drame escorté seulement et soutenu au besoin par la musique. Au fond, ce qui caractérise le genre, c’est l’exagération des effets et l’uniformité des procédés.

Le mélodrame a, comme la comédie italienne, son cadre donné d’avance et ses personnages obligés, et l’on concevrait qu’il fût, comme la Commedia dell’arte, une matière à improvisations.

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⚠ Note ⚠
Cet article s’attarde sur le mélodrame relatif au théâtre. Cependant, il faut savoir qu’en musique le mélodrame est une œuvre musicale sur laquelle est déclamée un texte dramatique. Et au cinéma, c’est une alternance de scènes de bonheur et de détresse où le pire risque toujours de triompher.

Le mélodrame selon le dictionnaire
  • Œuvre dramatique où le texte est accompagné de musique instrumentale.
  • Drame populaire, parfois accompagné de musique, caractérisé par une intrigue compliquée et par l’accumulation de situations violentes et pathétiques.
  • De mélodrame, péjoratif, locution adjectivale. Comme on en voit dans les mélodrames. Synonymes : grandiloquent, outré. Héros de mélodrame.
  • Par analogie, employé péjorativement : Œuvre, situation romanesque ou dramatique, grotesque par ses exagérations, notamment dans l’expression des sentiments.
  • Situation grotesque par ses outrances, notamment dans l’expression exagérée des sentiments. Ensemble de péripéties dans la vie d’une personne.
Sujets, personnages et actes du mélodrame

Le sujet du mélodrame est d’ordinaire quelque fait monstrueux historique ou imaginaire, médité dans l’ombre, préparé par des manœuvres criminelles et sur le point d’être accompli par d’odieux violences, lorsqu’au dernier moment un coup providentiel arrache la victime au bourreau ou l’esclave au tyran, déjoue et punit le crime, sauve l’innocence et récompense la vertu.

Les personnages seront :

  • un maître odieux, roi, prince ou brigand, type de corruption et de cruauté ;
  • un traître, instrument vénal des plus vils desseins ;
  • une héroïne sympathique et vertueuse, exposée aux violences de son persécuteur ;
  • un jeune amant, noble et brave, prêt à tout pour sauver la victime et punir le tyran ;
  • enfin un niais, poltron et gourmand comme un valet de comédie, égayant la scène par sa grossière stupidité.

Le mélodrame, qui n’a longtemps que trois actes, se découpe en tableaux successifs marquant d’une façon tranchée les situations et les péripéties.

Rôle de la musique

Le rôle laissé à la musique a été assez bien caractérisé par Jules Janin (1804-1874, écrivain et critique dramatique français), dans un article contre le mélodrame.

La musique accompagnait toutes ces angoisses multiples. Cette musique, faite par des musiciens ad hoc, représentait de son mieux l’état d’âme du personnage. Quand entrait le tyran, la trompette criait d’une façon lamentable. Quand sortait la jeune fille menacée, la flûte soupirait les plus doux accords. Cette musique avait d’abord été imposée au mélodrame comme une entrave ; le mélodrame la conserva comme une précieuse ressource. Il avait remarqué que, grâce à cette musique, il pouvait se passer de transitions et ne se donner aucune peine pour mettre un peu de logique dans son dialogue. Grâce aussi à cette musique, le comédien pouvait se livrer à toute sa fougue.

Maîtres et dédain du genre

Le mélodrame a fleuri sur les divers théâtres du boulevard et a eu ses maîtres spéciaux à l’instar de Guilbert de Pixerécourt (1773-1844) surnommé « Corneille des Boulevards » et son rival Louis-Charles Caigniez (1762-1842) surnommé, à son tour, « Racine du mélodrame ». Parmi les mélodrames les plus connus de Pixerécourt, il y a Cœlina ou l’Enfant du mystère (1800) et la Femme à deux maris (1802) et ceux de Caigniez, le Jugement de Salomon (1802) et la Pie voleuse, ou la Servante de Palaiseau (1815).

Dédaigné par la critique pour la vulgarité de ses moyens et de ses effets, mais ayant toujours, par cela même, prise sur la foule, le mélodrame a peu à peu renié son nom sans cesser d’être et n’a plus osé se produire que sous la dénomination générale du drame.

L'entrée du théâtre de l'Ambigu-Comique à une représentation gratis (1819) par Louis Léopold Boilly (1761-1845). Certains théâtres ouvraient gratuitement leurs portes au petit peuple. Le peintre représente alors la bousculade devant la porte où les gens se battent pour y entrer.

L’entrée du théâtre de l’Ambigu-Comique à une représentation gratis (1819) par Louis Léopold Boilly (1761-1845). Certains théâtres ouvraient gratuitement leurs portes au petit peuple. Le peintre représente alors la bousculade devant la porte où les gens se battent pour y entrer.

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Quelques principes généraux
  • On placera un ballet et un tableau général dans le premier acte ; une prison, une romance et des chaînes dans le second ; combats, chansons, incendie, etc., dans le troisième. Le tyran sera tué à la fin de la pièce, la vertu triomphera, et le chevalier devra épouser la femme innocente, malheureuse, etc.
  • On terminera par une exhortation au peuple, pour l’engager à conserver sa moralité, à détester le crime et les tyrans, et surtout on lui recommandera d’épouser de préférence des femmes vertueuses.
  • Dans un mélodrame, l’unité de lieu est resserrée dans une des quatre parties du monde.
  • Le temps moral de sa durée est d’un mois par acte, et de deux mois par entractes : total, sept mois.
  • L’auteur est en droit de commettre quelques anachronismes, quand il les emploie à rapprocher deux grands personnages, dont les noms seuls couvrent toute l’affiche.
  • L’action ne doit pas être une : des intérêts compliqués, loin de partager le cœur, se réunissent en masse pour l’émouvoir.
  • Pour couper les scènes, il suffira de les séparer par des accords de musique, qui servent en même temps à les lier entre elles.
  • Afin de motiver les entrées et les sorties des personnages, l’auteur aura soin de leur faire dire : Je viens de tel endroit. — Je vais à tel autre.
Quelques convenances
  • Point de lunettes sur le nez d’une tyran ; on y voit toujours assez clair pour le crime.
  • Point de tyran en robe de chambre ni eu bonnet de coton, mais cela ne tire pas à conséquence pour les niais : ne s’en voit-il pas, dans le monde, de toutes les couleurs et sous tous les habits ?
  • Défense est faite au premier d’user de parapluie, même dans les plus grandes tempêtes de son âme.
  • Il ne doit connaître d’autre poudre que la poudre à canon, et d’autre perruque que celle de la dissimulation.
  • Le languissant troubadour, curieux de sa jambe, doit chausser l’élégant brodequin ou le bas de soie cossu ; un amant en pantalon, en bottes, ou en guêtres, est toujours sur un mauvais pied auprès de sa maîtresse.
  •  Celle-ci est tenue d’avoir toutes ses dents.
  • Au chevalier de l’innocence, il faut toujours le code civil dans la poche et une canne à épée dans la main, pour apprendre d’une part ce qu’il doit défendre de l’autre.
  • Le niais ne doit pas douter que les enfants ne se fassent par l’oreille.
  •  L’humanité forçant le geôlier à une certaine consommation de tabac, il ne négligera pas de rafraîchir tous les matins sa tabatière.
  • Nul personnage ne peut se dispenser d’une mise honnête et décente.

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