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Le Roman de la Rose

– Guillaume de Lorris et Jean de Meung –

Présentation de l’œuvre

Le Roman de la Rose est une composition allégorique commencée, au XIIIe siècle, par Guillaume de Lorris et achevée, au siècle suivant, par Jean de Meung.

Cette œuvre a une très grande importance dans l’histoire littéraire, et elle a exercé jusqu’à la fin du Moyen Âge une influence évidente sur tous les genres de compositions : poésiespamphlets, sermons, traités moraux ou politiques. Elle a mis en honneur la forme allégorique, qui pendant longtemps domina partout.

Guillaume de Lorris : l’Art d’aimer

Le Roman de la Rose se compose de 22 000 vers de huit syllabes (octosyllabiques), dont 4 000 seulement sont de Guillaume de Lorris. Ils forment une première partie très tranchée, qui est purement poétique, délicate et naïve. Le poète raconte un songe qu’il eut dans la vingtième année de son âge. Il voit dans un verger une rose qu’il lui est interdit de cueillir. Cette rose est la femme aimée que l’on ne peut obtenir qu’après mille épreuves. Vingt abstractions personnifiées, telles que Danger (résistance), Dame ChastetéMale-Bouche (Médisance), HonteJalousiePeurAvarice, défendent la fleur. Le héros du poème a pour auxiliaires Bel-AccueilDoux-RegardPitiéFranchise. C’est dame Oiseuse (Oisiveté) qui lui ouvre le jardin de Déduit(Plaisir) où il demeure extasié devant des rosiers chargés de roses, emblèmes de la beauté virginale. Il trouve là Amour avec tout son cortège, JolivetéCourtoisieFranchiseJeunesse.

Le dieu expose comment on doit se conduire pour être heureux dans son empire : L’amant se gardera de sentiments bas, il ne sera pas médisant ; il sera gracieux, courtois ; il ne prononcera pas de paroles inconvenantes :

Ja pour nommer villaine chose
Ne doit ta bouche estre desclose
Je ne tiens pas a courtoys l’homme
Qui ordre chose et laide nomme.

Ce sont ensuite des recommandations sur les habits :

Belle robe et biau garnement
Amendent les gens durement :
Et si dois ta robe baillier
À tel qui sache bien taillier,
Et face bien séans les pointes,
Et les manches joignans et cointes (élégantes).

Le poète n’oublie pas les cadeaux, imitant en cela Ovide, qui revient fréquemment sur la nécessité de donner beaucoup et souvent à sa maîtresse. La grâce fait place à une certaine vigueur dans la description des figures sculptées sur les murs extérieurs de la maison de Déduit : la Félonie, la Vilonie, l’Envie. Voici comment est terminé le portrait de cette dernière :

Elle ne regardast noient
Fors de travers en borgnoiant ;
Ele avoit ung mauvès usage,
Qu’ele ne pooit ou visage
Regarder riens de plain en plaing,
Ains clooit ung oel par desdaing,
Qu’ele fondoit d’ire et ardoit,
Quant aucuns qu’ele regardoit,
Estoit ou preus, ou biaus, ou gens,
Ou amés, ou loés de gens.

Jean de Meung : l’encyclopédie du temps et la satire perpétuelle

Le poème de Guillaume de Lorris était une sorte d’Art d’aimerJean de Meung, s’emparant du cadre de la composition, pour y ajouter 18 000 vers, substitua à la délicatesse et à l’élégance première une érudition confuse, une verve brutale et cynique. Il en a fait à la fois une encyclopédie du temps et une satire perpétuelle. Guillaume s’était arrêté au milieu d’une plainte amoureuse, après ces deux vers :

Et si l’ai-ge perdu, espoir,
A poi que ne m’en desespoir.

Jean de Meung reprend, sans solution :

Desespoir ? las ! je non ferai,
Ja ne m’en desespererai ;
Car s’esperance m’erst faillans,
Je ne seroie pas vaillans.
En li me doi reconforter…

Le ton va changer, on le pressent, et bientôt plus rien n’étonne :

Preude femme, par saint Denis !
Il en est mains que de fenis (phenix)…
Toutes estes, serés ou fustes
De fait ou de volonté putes…

Ces vers sont mis dans la bouche d’un jaloux, mais, dans le dialogue de Jean de Meung, chacun des interlocuteurs tient à l’égard des femmes à peu près le même langage :

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Ce ne di je pas por les bonnes
Dont encor n’ai nules trovées
Tant les aie bien esprovées.

Jean de Meung entremêle ses dissertations d’invectives contre les nobles et le clergé. Il raconte la mort de Virginie, les aventures d’Agrippine, de Néron, d’Hécube et de Crésus. Il cite Socrate, Fléraclite, Diogène. Ses personnages allégoriques sont dame Raison dont il fait une prolixe discourense, Faux-Semblant (Hypocrisie), Nature et son prêtre Génius, la Philosophie, la Scolastique, l’Alchimie. Il fait preuve de son savoir en astronomie, en histoire naturelle, en physique. Il émet aussi des opinions politiques hardies pour un poète du XIVe siècle. On a souvent cité ces vers sur l’élection du premier roi, choisi par les hommes pour préserver leurs biens, leur honneur, leur vie :

Ung grant vilain entr’eus eslurent,
Le plus ossu de quanqu’il furent,
Le plus corsu et le greignor,
Si le firent prince et seignor.

Il semble que le Contre-un de La Boétie se résume d’avance dans cette exposition des rapports naturels entre le roi et ses sujets :

Vraiement siens ne sunt-il mie,
Tout ait-il sor eus seignorie ;
Seignorie, non, mes servise,
Qu’il les doit tenir en franchise :
Ains est lor ; car quant il vodront,
Lor aïdes au roi todront,
Et li rois tous seus demorra
Si tost cum li pueple verra :
Car lor bontés ne lor proesces,
Lor cors, lor forces, lor sagesces
Ne sunt pas sien, ne riens n’i a,
Nature bien les li nia.

Le dialogue suivant entre Faux-Semblant et l’Amour n’est pas indigne de la bonne comédie ; il aura son écho dans La FontaineRégnier et Molière :

AMOUR.

Tu sembles estre uns sains hermites.

FAUX-SEMBLANT.

C’est voirs, mès je sui ypocrites.

AMOUR.

Tu vas preeschant astenance.

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FAUX-SEMBLANT.

Voire, voir, mès j’emple ma panse

De bons morsiaux et de bons vins

Tiex come il afiert à devins.

AMOUR.

Tu vas preeschant povreté.

FAUX-SEMBLANT.

Voir, mès riches sui à planté.

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Jean de Meung ne traite pas mieux les moines mendiants. Il dit avec le peuple : La robe ne fait pas le moine.

Le Roman de la Rose et les critiques

Le Roman de la Rose, qui ne trouve pas de critiques avant le XVe siècle, est alors vivement attaqué par Christine de Pisan et Jean Gerson. Mais ces attaques n’ont aucun succès auprès des contemporains. Encore faut-il remarquer que Gerson rend hommage à l’érudition de Jean de Meung, érudition telle « qu’il n’est personne, dit-il, qui puisse lui être comparé dans la langue française ».

Les éditions et traductions de l’œuvre

LAu commencement du XVIe siècle paraîssent plusieurs éditions d’une imitation du Roman de la Rose avec ce titre en vers :

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Ci est le romant de la Rose
Moralisé cler et net,
Translaté de ryme en prose
Par votre humble Molinet.

Jean Molinet s’est efforcé de ramener à un sens mystique et moral les vers des auteurs du poème allégorique de la Rose. II est difficile de s’expliquer aujourd’hui la vogue dont a joui son livre.

Les copies manuscrites du Roman de la Rose sont innombrables. II y en a soixante-sept exemplaires à la seule Bibliothèque nationale. Trois éditions, les plus anciennes de ce roman, en caractères gothiques, sont du XVe siècle, sans indication d’année. Deux ont été imprimées à Lyon, la troisième à Paris. Viennent ensuite les belles éditions de Vérard, exécutées durant les dix dernières années du même siècle. Il faut citer l’édition de Méon (Paris, 1813, 4 vol. in-8) et celle de Francisque Michel (Paris, 1864, 2 vol. in-18).

Parmi les traductions ou imitations qui ont été faites, à l’étranger, de cette œuvre française, il ne faut pas oublier le Roman de la Rose en anglais, de Chaucer, ni la Confessio amantis de Gower.

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