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Genres littéraires : Le roman

Le roman policier

Affiche du Sherlock Holmes (film, 2009)

Sherlock Holmes est un thriller de Guy Ritchie, écrit par Mike Johnson, Anthony Peckham et Simon Kinberg, adapté du comic book jamais publié de Lionel Wigram et d’après les personnages créés par Sir Arthur Conan Doyle.
Il met en scène Robert Downey Jr. dans le rôle-titre et Jude Law, celui du Dr. Watson ainsi que Rachel McAdams en Irène Adler et Kelly Reilly en Mary Morstan.

Naissance du roman policier

Le roman policier est né au XIXe siècle. Il exprime des peurs nouvelles, liées à l’extension d’une pauvreté urbaine figurée sous la plume d’auteurs comme Charles Dickens (Oliver Twist, 1837-1838), Honoré de Balzac (Une Ténébreuse Affaire, 1841), Victor Hugo (Les Misérables, 1862). Son développement va de pair avec celui d’une presse à grand tirage qui met en scène les faits divers, et propose des feuilletons suscitant l’enthousiasme du public. Le genre policier émerge grâce aux avancées technologiques de la société industrielle.

Edgar Allan Poe (1809-1849) invente quelques caractéristiques essentielles du genre. Tout d’abord, le détective cérébral et excentrique, Auguste Dupin. Obsédé par la logique, il est l’ancêtre du Sherlock Holmes de Sir Arthur Conan Doyle ou de l’Hercule Poirot d’Agatha Christie. Poe crée aussi le personnage du narrateur confident, observateur privilégié des performances intellectuelles du détective. Le confident a une fonction essentielle : sa naïveté en fait une sorte d’incarnation du lecteur au sein du texte. Il est à la fois impliqué dans l’action et extérieur à des événements dont le sens n’est accessible qu’au héros détective. Poe place enfin ses histoires dans une atmosphère caractéristique, qui souligne l’horreur du crime : objets souillés, corps mutilés.

Le roman policier a suivi deux voies majeures : celle du roman à énigme et celle du roman noir.

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Définition et caractéristiques du genre
Le roman à énigme : héroïsme, abstraction et morale

Le héros doit rétablir l’ordre de la logique : à chaque fait, il donne une explication rationnelle. Avec méthode, le détective inspecteur ramène l’inconnu au connu. Sherlock Holmes prétend que « d’une goutte d’eau, un logicien pourrait inférer la possibilité d’un océan Atlantique ou d’un Niagara, sans avoir vu ni l’un ni l’autre. » Le héros est une voix qui disserte et démontre. Ses caractéristiques physiques sont minimales (dans le cas de Dupin), ou réduites à quelques manies : Sherlock Holmes est un cocaïnomane obsédé du déguisement.

Les lieux, presque abstraits, sont de simples décors. Paris n’est qu’une toile de fond dans Double Assassinat dans la rue Morgue. Agatha Christie privilégie les espaces clos où le criminel affronte le détective : un wagon de l’Orient Express (Le Crime de l’Orient Express, 1933), un bateau (Mort sur le Nil, 1937), une île coupée du monde (Les Dix Petits Nègres, 1939).

Le roman policier à énigme est porteur d’un discours moral : la découverte du criminel débarrasse le monde d’une créature mauvaise, qu’il fallait punir.

Le roman noir : anti-héros, style et ambiance

Ce roman nous vient des États-Unis où la crise économique de 1929 et la Prohibition entraînent un surcroît de violence sociale. Le genre policier évolue vers des histoires et des formes d’écriture brutales, connues sous la dénomination de « hard boiled » (littéralement : dur à cuire). Cette évolution du genre a trois caractéristiques :

Le héros est un détective privé qui pose sur le monde un regard sans complaisance. Il travaille pour une clientèle douteuse. Il côtoie tous les milieux, se forgeant à leur contact un cynisme qui lui tient lieu de philosophie.

Le style subit une évolution. Des écrivains américains comme Raymond Chandler ou Dashiell Hammett qui privilégient les phrases courtes, un style allusif, avare en descriptions, un vocabulaire argotique et une syntaxe heurtée…
→ À lire : La langue et le style. – Le style littéraire. – L’argot.

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L’atmosphère du roman noir évoque un univers urbain inquiétant. Écrivains et cinéastes ont imposé l’image des rues balayées par la pluie et les lumières des voitures de police. Le roman noir décrit la déchéance d’une humanité sans illusions, qui ne croit plus à la toute puissance de la Raison. En France, le roman policier « noir » connaît depuis l’après-guerre un grand succès grâce notamment à la création, par les éditions Gallimard, de la série « Série noire » (1945).

Premiers romans policiers

Les premiers romans policiers sont nés bien avant que le genre ne se constitue comme tel et ne reçoive cette appellation : l’expression de « roman policier » apparaît en France dans le courant des années 1890 — son équivalent anglo-saxon, la detective story, ne se rencontra pas avant 1897 —, alors que les premières œuvres du genre datent du milieu du XIXe siècle.

Ce n’est pas un hasard si le roman policier est né au XIXe siècle, à une époque où les grandes villes, par leur expansion, devenaient de plus en plus dangereuses, où les valeurs traditionnelles étaient remises en cause et où des polices organisées se développaient en Europe (création du Detective Department de Scotland Yard) : il reflète en effet les peurs de son temps. En France, le chef de la sûreté de Paris, François Eugène Vidocq, peut passer pour un précurseur du genre avec ses Mémoires (1828).

Les premiers romanciers à traiter de thèmes policiers furent E. T. A. Hoffmann et Feuerbach, mais c’est Edgar Allan Poe qui crée le roman policier en 1841, en donnant vie au premier détective de fiction, C. Auguste Dupin, dans une nouvelle, « Double Assassinat dans la rue Morgue », publiée par le Graham’s Magazine. Dans cette nouvelle, devenue un classique de Poe, Dupin, par ses habitudes excentriques et ses méthodes de déduction, fournit un modèle de personnage qui sera repris par la plupart des auteurs de romans policiers. Poe réutilise le personnage de Dupin pour résoudre l’énigme du « Mystère de Marie Roget » (1842-1843) et celle de « La Lettre volée » (1845) ; Dupin sera le héros d’autres nouvelles encore.

« Double Assassinat dans la rue Morgue » n’est pourtant pas qualifié en son temps de « roman policier » (il ne le sera qu’en 1904), pas plus que les œuvres des romanciers qui exploitent le genre créé par Poe (en France, citons notamment Émile Gaboriau, auteur de L’Affaire Lerouge, un roman dit « judiciaire », 1863).

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En Angleterre, Wilkie Collins, avec La Dame en blanc (1860) et La Pierre de lune (1868), crée le détective Sergeant Cuff ; il est aussi le premier à prouver que les œuvres du genre pouvaient dépasser la taille d’une nouvelle. Sur son exemple et à sa demande, son ami Charles Dickens s’essaie sur le tard à la fiction policière avec Le Mystère d’Edwin Drood (1870), mais il meurt avant de l’avoir terminé et l’identité du meurtrier demeure inconnue.

Roman policier traditionnel
Conan Doyle et l’invention de Sherlock Holmes

Demeuré jusque-là un avatar du roman noir et du récit fantastique, et pratiquement cantonné aux dimensions de la nouvelle, le roman policier ne devient véritablement populaire que lorsque le Beeton’s Christmas Annual publie, en 1887, Une étude en rouge, de sir Arthur Conan Doyle (où l’auteur fait d’ailleurs référence à Edgar Poe comme fondateur du genre) : le détective le plus célèbre de tous les temps, Sherlock Holmes, est né. Le père de Holmes, très influencé par Poe, dote son personnage des traits intellectuels de Dupin et d’habitudes tout aussi excentriques que les siennes, quoique différentes, car Sherlock Holmes, fils de son siècle, est marqué par la science et le positivisme. À l’instar de Poe, Conan Doyle raconte les exploits de son détective du point de vue de son plus proche compagnon, en l’occurrence le docteur Watson, incurable naïf.

Malgré le succès de Holmes, Conan Doyle, plus intéressé par d’autres genres romanesques, se lasse peu à peu de son personnage et tente de le faire mourir dans Le Dernier Problème, mais l’énorme popularité d’Holmes l’en empêche, et le personnage survit à son créateur, puisqu’il est repris par d’autres auteurs. Ce phénomène de transfert d’un personnage d’un auteur vers un autre est d’ailleurs tout à fait typique du fonctionnement de la littérature dite « populaire », où la volonté du public intervient comme force contraignante dans le processus de production des œuvres. Le « canon », c’est-à-dire l’ensemble des énigmes originales de Sherlock Holmes, comprend quatre romans et cinquante-six nouvelles, écrits entre 1887 et 1927.

Élaboration d’un type de détective

Le succès de Sherlock Holmes rend populaire le roman policier et lui donne les bases sur lesquelles il se développera. À partir de l’époque de Conan Doyle, en effet, les écrivains cherchent à créer des détectives capables de rivaliser avec son personnage. L’écrivain anglais G. K. Chesterton, dans les premières années du XXe siècle, donne vie au personnage du père Brown, un prêtre détective, et, en 1920, à l’aube de l’âge d’or du roman policier, la Britannique Agatha Christie fait naître miss Marple et surtout Hercule Poirot, fringant détective belge qui emploie activement ses « petites cellules grises » à la résolution d’affaires criminelles. Aux États-Unis commencent les séries d’Ellery Queen, tandis que S. S. Van Dine (pseudonyme de Willard Huntington Wright, 1888-1939) conte les aventures du détective dilettante Philo Vance (La Mystérieuse Affaire Benson, 1926). À la même époque, un autre Américain, Earl Derr Biggers, invente un fameux détective chinois, Charlie Chan. Parmi les autres écrivains des années 1930, citons l’Américain Rex Stout et son détective gourmet, Nero Wolfe, et l’Anglaise Dorothy Sayers, qui imagine un détective aristocrate, lord Peter Wimsey.

Élaboration d’une intrigue

L’exemple de Conan Doyle influence la mentalité et les aspirations littéraires des auteurs de romans policiers, qui ont à cœur de distinguer leurs récits des autres œuvres de crime et de mystère en insistant sur l’énigme plutôt que sur le crime. Durant les années 1930, ces auteurs s’ingénient ainsi à fabriquer des énigmes de plus en plus élaborées et déconcertantes (comme le mystère des pièces verrouillées de l’intérieur de l’Américain John Dickson Carr). Dans certains cas, la complexité du récit est telle que le meurtrier finit par être le moins suspect de tous les personnages. Agatha Christie excelle particulièrement dans ce procédé ; l’exemple le plus remarquable et le plus extrême qu’elle en donne est Le Meurtre de Roger Ackroyd (1926), où elle opère une curieuse inversion des rôles par rapport aux habitudes du genre, puisque le meurtrier se révèle finalement être le narrateur lui-même. Cette veine de policiers classiques ne s’épuise pas avec les années 1930 : Agatha Christie, Margery Allingham, Michael Innes, Nicholas Blake (pseudonyme de Cecil Day Lewis) et Ngaio Marsh poursuivent tous leur œuvre après la guerre.

En France naît en 1907, sous la plume de Gaston Leroux, le personnage Rouletabille, jeune reporter attaché au « bon bout de la raison ». Dans Le Mystère de la chambre jaune, où il met en scène Rouletabille, l’auteur reprend avec habileté le principe du crime en lieu clos. Mais le plus célèbre policier français reste le commissaire Maigret, apparu en 1931 dans Pietr le Letton : le héros du romancier belge Georges Simenon aborde ses enquêtes d’un point de vue psychologique et social. Avec Maigret, le roman policier se fait également roman d’ambiance, et son intérêt dépasse la seule résolution de l’énigme. Le succès du genre en France est attesté par la création de collections entièrement consacrées à la littérature policière, comme « Le Masque » ou « L’Empreinte ».

Évolution du roman policier

Au cours du XXe siècle, le roman policier évolue pour perdre peu à peu son manichéisme et son aspect moral ; cette évolution est notamment perceptible dans la caractérisation des personnages : la silhouette lisse du détective intelligent, droit et honnête, est remplacée par des personnages moins recommandables tandis que les « méchants », voleurs ou assassins, viennent occuper le devant de la scène.

Revanche des « méchants »

L’intérêt de certains policiers, notamment en France, se déplace du détective vers le criminel ; celui-ci vole la vedette et va parfois jusqu’à le tourner en ridicule. Le Fantômas de Pierre Souvestre et Marcel Allain, apparu en 1911, est un véritable génie du mal, qui effraie la France entière, comme le fait Chéri-Bibi de Gaston Leroux, tandis qu’avec le personnage du Saint de Leslie Charteris, et celui d’Arsène Lupin de Maurice Leblanc (1905) apparait le type nouveau du cambrioleur gentleman et justicier.

Romans de privés

Aux États-Unis, durant les années 1920, naît un nouveau genre de roman policier. Encouragé par les magazines de l’époque, notamment Black Mask, il met en scène des héros (généralement des détectives privés) cognant fort, avec une prose à leur image, efficace et directe. Les auteurs veulent dans le même temps abattre les barrières entre la fiction policière et d’autres formes populaires comme le thriller et le roman d’espionnage.

Les principaux auteurs de cette « école » sont Erle Stanley Gardner, créateur de Perry Mason, le juriste détective, Dashiell Hammett, père de Nick Charles et de Sam Spade, et Raymond Chandler, dont le détective Philip Marlowe est devenu un personnage classique. Dans ces romans « de privés » durs à cuire, les limiers travaillent pour l’argent et non plus pour le plaisir intellectuel ou la morale, et le meurtre a pour cadre les bas-fonds plutôt que les salons de la bourgeoisie. S’ils respectent encore certaines règles du genre, ces récits mettent l’accent sur l’action, au détriment de l’énigme : plus que par le mystère, l’attention du lecteur est attirée par les péripéties de l’histoire, liées le plus souvent au sexe et à la violence.

Romans de procédure

Par la suite, dans les années 1950, une réaction contre cette « école » – et en général contre les histoires de privés – apparaît : le roman de « procédure policière » est né ; il relate la résolution d’affaires criminelles par d’authentiques policiers.

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Comme ses prédécesseurs, le roman de « procédure » obéit aux lois du roman policier, mais le lecteur a affaire non plus à des génies de la déduction mais à des gens ordinaires et faillibles, quoique spécialement entraînés aux enquêtes criminelles. Les représentants les plus connus de ce courant sont John Creasey (caché sous le pseudonyme de J. J. Marric) et ses histoires de Gideon de Scotland Yard, Salvatore Lombino (connu sous les pseudonymes d’Ed McBain et d’Evan Hunter) avec sa série 87e District et Dorothy Uhnak, elle-même policier à New York, auteur d’une série dont l’héroïne, l’agent Christie Opara, réussit à pénétrer dans le bastion masculin de la police criminelle.

Frontières du roman policier

L’extraordinaire succès du roman policier tout au long du XXe siècle (certains auteurs, comme Agatha Christie ou James Hadley Chase, ont vendu plusieurs dizaines de millions d’exemplaires de leurs romans) a entraîné un élargissement des frontières du genre, puisque aujourd’hui le roman noir (voir ci-dessus), le roman d’atmosphère, le roman d’espionnage, le thriller, le roman à suspense sont considérés comme autant de sous-catégories du roman policier.

Les règles relativement fixes qui définissaient le genre dans les premières décennies de son existence, les traits caractéristiques des premiers maîtres, de sir Arthur Conan Doyle à Agatha Christie, ont été abandonnés par la plupart des auteurs contemporains, qui préfèrent souvent l’intensité des émotions à la rigueur du raisonnement. On parle aujourd’hui de « polars » pour désigner cette nébuleuse de genres romanesques issus du roman policier et du roman noir.

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