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La poésie : Les genres de poésie

L’élégie

Qu’est-ce que l’élégie ?

L’élégie est une forme littéraire qui est définie, dans l’Antiquité, par sa métrique, avant d’être associée à une thématique où domine l’expression de la souffrance et de la mélancolie.

À l’origine, le mot « élégie » désigne dans la littérature grecque et latine un poème composé en distiques (strophe de deux vers) formés d’un hexamètre (vers de six pieds) et d’un pentamètre (vers de cinq pieds). Les élégies classiques étaient souvent des chants de lamentation (comme l’indique son étymologie latine, elegia, du grec elegeia, « chant de deuil »), mais elles traitaient en réalité de thèmes fort divers comme l’amour, la guerre ou la vie de la cité. Chez les Anciens, des poètes comme l’Alexandrin Callimaque et le Latin Catulle pratiquent l’élégie sous sa forme d’origine, mais pour exprimer exclusivement la souffrance.

C’est à partir de la Renaissance que l’élégie, introduite en France par le traité Défense et Illustration de la langue française (1549) de Joachim Du Bellay, cesse d’être déterminée par sa forme pour se distinguer davantage par sa thématique : invariablement mélancolique, voire funèbre, elle évoque la nature heureuse et menacée, le désespoir amoureux du poète et l’angoisse de la fuite du temps. C’est dans cette veine que Pierre de Ronsard compose ses Élégies, mascarades et bergeries et Du Bellay ses Regrets.

À l’époque classique, il n’y a que de rares auteurs, comme Mathurin Régnier, Théophile de Viau ou Jean de La Fontaine, pour pratiquer l’élégie ; les poètes français dans leur ensemble, tels François de Malherbe et Nicolas Boileau, se montrent plus enclins à codifier la versification et les genres poétiques qu’à exploiter la sensibilité élégiaque. Boileau, dans son Art poétique, consacre d’ailleurs l’élégie comme un genre poétique secondaire au même titre que le sonnet, l’ode ou l’idylle, par opposition aux grands genres, que sont la tragédie, l’épopée ou la comédie.

Il faudra attendre le XVIIIe siècle et la Renaissance néoclassique pour voir l’élégie renaître et réinvestir l’inspiration poétique, notamment avec André Chénier et Évariste Parny.

Bien que considérée comme une expression mineure de la poésie lyrique, la poésie élégiaque a depuis lors animé des œuvres poétiques fort diverses, telles que celles de Maurice de Guérin, Lamartine, Marceline Desbordes-Valmore, mais aussi certains textes en prose de Sainte-Beuve et de George Sand. C’est cette même veine qui inspire les complaintes de Verlaine, la spiritualité bucolique de Francis Jammes, le symbolisme sentimental d’Albert Samain.

En Angleterre, à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle, l’élégie a plus de succès qu’en France, car les poètes élisabéthains, Edmund Spenser, sir Philip Sidney, John Donne notamment, travaillent à donner ses lettres de noblesse au genre, puis Milton établit cette forme avec Lycidas (1637). En outre, la plus célèbre pièce en langue anglaise reste l’Élégie écrite dans un cimetière de campagne (1751) de Thomas Gray. Ajoutons à cette liste les noms de Tennyson et de Shelley, qui, avec sa lamentation pour Keats, Adonais (1821), prolonge cette tradition élégiaque.

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La marche de l’élégie

L’élégie a une marche très irrégulière et très difficile à saisir. Elle se refuse à tout ordre, à tout arrangement ; tandis que dans l’ode, on peut encore se tracer un plan, et parcourir un cercle déterminé. Il ne faudrait pas croire cependant que tout soit permis dans l’élégie, et que le succès y soit facile. Ce genre de poème, en effet, doit toujours être naturel ; par conséquent, il réprouve et les excès de l’imagination, et l’exagération du sentiment, et l’abus de l’esprit, parce que ces défauts ont pour résultat de le rendre froid, fade, langoureux, ou chargé d’ornements frivoles, non moins ridicules que déplacés.

Le style de l’élégie

La véritable douleur n’a point de langage étudié, de style pompeux. Le style de l’élégie doit être simple, naturel, sans apprêt, doux et tendre. Les images riantes ont aussi leurs grâces particulières, quand elles forment un contraste avec la situation du poète ou de ses personnages ; mais elles doivent être employées avec beaucoup de retenue, parce qu’il s’agit moins ici de peindre des objets gracieux que d’exprimer des sentiments délicats et tendres. Un certain désordre, un air de négligence et d’abandon vont bien à la douleur. Mais tout ce qui offre l’appareil de l’étude et du travail, tout ce qui sent l’affectation et la recherche est opposé au caractère de l’élégie, non seulement lorsqu’elle exprime la douleur ou de la tendresse, mais encore lorsqu’elle décrit en passant des objets gracieux. Que le cœur soit vivement pénétré, et il suggérera à l’esprit des pensées, des images, des comparaisons analogues et proportionnées au sentiment. Toutes ces règles trouvent leur application dans une élégie de Mollevaut sur la mort de sa sœur, dans celle de Millevoye intitulée l’Anniversaire, où l’on trouve une exquise sensibilité et une douce mélancolie, et dans les plaintes de La Fontaine sur la disgrâce de Fouquet.

La forme de l’élégie

La forme de l’élégie, chez les Grecs et les Latins, était le distique. Les Anciens appelaient poème élégiaque celui qui était en vers hexamètres et pentamètres entrelacés, et le nom d’élégie tenait alors à la forme du poème aussi bien qu’au fond des choses.

En France, il n’y a point de forme particulière pour ce genre de poésie ; et on ne le distingue guère que par la nature même du sentiment qui y est exprimé. Le poète élégiaque est toujours parfaitement libre dans le choix du mètre ; mais assez souvent il adopte la forme de l’ode.

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Les différentes sortes d’élégies

L’élégie, chez les Anciens, s’est quelquefois confondue avec d’autres genres, à cause de la grande liberté dont elle jouissait alors. C’est ainsi que nous la voyons prendre la forme de la pastorale dans l’idylle de Moschus sur la mort de Bion, ainsi que dans la Mort de Daphins, par Virgile ; et celle de l’ode, dans la pièce adressée à Virgile, par Horace, sur la mort de Quintilius Varus, leur ami. La poésie dramatique, elle-même, nous offre des pièces élégiaques, par exemple, le monologue si beau et si touchant qui sert de début à l’Andromaque d’Euripide. Mais, si nous voulons spécifier davantage le genre élégiaque, nous trouverons deux sortes d’élégies : l’élégie ou poésie érotique, qui est le chant de l’amour heureux ou malheureux ; et l’élégie proprement dite, qui s’étend à tout le reste. Ces deux espèces d’élégies suivent également les règles que nous avons fait connaître.

Les genres de l’élégie

Le ton de l’élégie varie en étendue et en élévation suivant que l’impression, produite ordinairement par le malheur, est plus ou moins forte, et donne au cœur plus ou moins de puissance pour exprimer ses sentiments. C’est pour cela qu’on a partagé l’élégie en trois genres : le passionné, le tendre et le gracieux. En général, le sentiment domine dans le genre passionné. On fait un usage trop fréquent de la mythologie, et on montre quelquefois trop d’érudition et d’art. L’imagination domine dans le genre gracieux. Le poète est généralement doué de beaucoup de goût, de grâce et de naturel. Enfin, l’émotion douce et tranquille règne dans l’élégie tendre.

Exemples d’élégies

● Joachim Du Bellay

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J’aime la liberté, et languis en service,
Je n’aime point la cour, et me faut courtiser,
Je n’aime la feintise, et me faut déguiser,
J’aime simplicité, et n’apprends que malice :

Je n’adore les biens, et sers à l’avarice,
Je n’aime les honneurs, et me les faut priser,
Je veux garder ma foi, et me la faut briser,
Je cherche la vertu, et ne trouve que vice :

Je cherche le repos, et trouver ne le puis,
J’embrasse le plaisir, et n’éprouve qu’ennuis,
Je n’aime à discourir, en raison je me fonde :

J’ai le corps maladif, et me faut voyager,
Je suis né pour la Muse, on me fait ménager :
Ne suis-je pas, Morel, le plus chétif de monde ?

(Joachim Du Bellay, Les Regrets, XXXIX, 1558)

Guillaume Apollinaire

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse

Vienne la nuit sonne l’heu
Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passait
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

(Guillaume Apollinaire, Alcools, 1912)

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