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L’éloge

Les justes éloges ont un parfum que l’on réserve pour embaumer les morts.

(Voltaire)

Introduction

Éloge (du latin elogium, dire du bien, louer) est une expression de l’estime que l’on fait des personnes ou des choses. Ce mot est synonyme de louange, il en diffère en ce que l’éloge est un témoignage honorable rendu à quelque objet envisagé sous un point de vue particulier, et que la louange est un témoignage honorable rendu sans restriction. De là, on reconnaît les locutions suivantes : donner des éloges à quelqu’un, prononcer un éloge, faire ou écrire l’éloge de quelqu’unchanter les louanges de Dieu.

Les premiers éloges
<i>Éloge de la folie</i> (1899) par Érasme, trad. nouv. par G. Lejeal, Paris, bureaux de la Bibliothèque nationale, 1899.

Éloge de la folie (1899) par Érasme, trad. nouv. par G. Lejeal, Paris, bureaux de la Bibliothèque nationale, 1899.

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Le premier éloge était un cri de reconnaissance pour un grand bienfait ou d’enthousiasme à la vue d’un acte héroïque. Les génies privilégiés qu’ont signalés d’éminents services ne sont pas seulement loués, la naïve admiration des hommes les a déifiés. Ainsi des superstitions déshonorantes ont une origine respectable. C’est, du reste, un puissant motif d’émulation que ces honneurs divins rendus aux bienfaiteurs de l’humanité. Il en est à peu près ainsi chez toutes les nations. L’une des plus anciennes et des plus respectables, l’Égypte, montre sa haute sagesse dans l’institution de ses éloges publics. Rien de plus moral que ces jugements qui flétrissaient la mémoire du mort ou vantaient ses vertus et en recommandaient l’imitation. Les éloges donnés par les Grecs aux guerriers morts dans les combats ont eu une moralité plus restreinte, mais non moins puissante sur la jeunesse.

D’abord, on frappait les yeux par un appareil imposant et auguste ; car, chez tous les peuples, la première éloquence est celle qui parle aux sens. On dressait une tente où étaient portés les ossements des guerriers. Là, ils demeuraient trois jours exposés à la vénération publique. Le peuple y accourait en foule : il jetait sur ces ossements des couronnes de fleurs, de l’encens et des parfums. Le troisième jour on mettait les restes de ces braves citoyens sur des chars ornés de branches de cyprès. La pompe s’avançait au son des instruments jusqu’au lieu de la sépulture. Cette enceinte était gardée comme un temple consacré à la valeur. Les derniers devoirs rendus, l’orateur montait à la tribune et prononçait l’éloge funèbre.

(Antoine-Léonard Thomas, Essai sur les éloges, ou Histoire de la littérature et de l’éloquence appliquées à ce genre d’ouvrage, 2 volumes, 1812)

Thucydide a conservé le discours que Périclès a prononcé sur les Athéniens qui avaient péri dans la guerre de Samos. L’effet de cet éloge est tel que les femmes et les mères des victimes ont reconduit l’orateur en triomphe. Leur douleur se tait devant la gloire posthume de leurs fils et de leurs époux. Il ne reste que deux autres monuments de cette sorte d’éloge : le Ménexène de Platon et le discours de Démosthène sur les braves morts à Chéronée.

Les éloges funèbres ne sont pas les seuls qu’ont eus les Grecs. Une institution non moins politique consistait à exalter les avantages physiques qui pouvaient assurer la domination. Dans les jeux de l’Élide, on encourageait, on récompensait publiquement la force et l’adresse. De plus, les chants des poètes immortalisant les athlètes couronnés par les juges étaient le plus noble prix des vainqueurs. Toutes les odes de Pindare sont des éloges de cette espèce. Il en était d’une autre espèce encore, qui revenaient annuellement, comme ceux d’Homère à Smyrne, d’Harmodius et d’Aristogiton à Athènes, de Léonidas et de ses compagnons à Lacédémone. Des rois, des guerriers et des philosophes ont eu des panégyristes dont les œuvres ont traversé les siècles. Isocrate a fait des éloges en rhéteur, Xénophon en homme éloquent. Platon nous a laissé le chef-d’œuvre du genre, puisque le Phédon est digne de Socrate.

L’éloge public est de bonne heure en usage à Rome. Il y remonte au premier Brutus. Il se corrompt dès le temps de la république, et descend, sous les empereurs, au dernier degré de la bassesse. Depuis lors, il ne s’est relevé que par intervalles. Son histoire est, presque à toutes les pages, dégoûtante d’avilissement volontaire ou hideuse de servilisme acheté. L’éclat qu’a pu lui donner un instant le génie, dans la chaire chrétienne, ne l’a point sauvé de ces reproches. Cependant, il a paru digne des temps antiques à la tribune française : Mirabeau venait d’y monter, et, d’une voix altérée par l’émotion et solennelle par la grandeur de la pensée :

Franklin est mort ! dit-il. Assez longtemps, les cabinets politiques ont notifié la mort de ceux qui ne furent grands que dans leur éloge funèbre ; assez longtemps l’étiquette des cours a proclamé des deuils hypocrites. Les nations ne doivent porter le deuil que de leurs bienfaiteurs ; les représentants des nations ne doivent recommander à leurs hommages que les héros de l’humanité. L’antiquité eût élevé des autels à ce vaste et puissant génie qui, au profit des mortels, embrassant dans sa pensée le ciel et la terre, sut dompter la foudre et les tyrans. La France, éclairée et libre, doit du moins un témoignage de souvenir et de regret à l’un des plus grands hommes qui aient jamais servi la philosophie et la liberté.

Mirabeau propose qu’en vertu d’un décret l’assemblée nationale a porté trois jours le deuil de Franklin, et sa motion a été adoptée sur-le-champ, aux acclamations de l’assemblée et des tribunes.

Les éloges modernes

Les révolutions et les guerres ont tant fait naître et tant fait mourir de grands hommes, et les partis ont eu tant d’intérêt à prôner leurs chefs, que l’éloge n’a pas été moins fréquent que la satire. Aujourd’hui, l’éloge est plus circonspect. Sa difficulté sera toujours grande car il exige, outre le talent de l’orateur, toute la vertu de l’honnête homme.

L’éloge, considéré comme genre, comprend plusieurs espèces :

  • l’éloge historique ;
  • l’éloge académique ;
  • le panégyrique des saints ou d’une personne illustre ;
  • l’oraison funèbre.

L’éloge historique est souvent une biographie faite avec  art. Le plus beau que l’on connaisse est la Vie d’Agricola par Tacite. La plupart des éloges historiques modernes sont des éloges académiques. Ils ont pour but de faire apprécier le mérite d’un homme illustre, de mettre en relief les services qu’il a rendus aux sciences, aux arts, aux lettres, à la patrie et à l’humanité.

Dans ces éloges, dit Marmontel, on doit se souvenir que ce ne sont pas de froids détails, de longues analyses, ni des récits inanimés que demande l’Académie, mais des tableaux, des mouvements, des peintures vivantes, de l’éloquence enfin, dont le propre est d’agir sur les esprits et sur les âmes. Il faut inspirer plutôt qu’instruire, répandre encore plus de chaleur que de lumière, animer la raison encore plus que l’embellir, prêter à la vérité le charme et l’intérêt du sentiment.

Dans son discours de réception à l’Académie française, chaque récipiendaire est tenu de louer son prédécesseur. Dans les Académies des Sciences et des Belles-Lettres, le secrétaire fait l’éloge historique de la plupart des membres de la compagnie. Cet usage a valu d’excellents mémoires scientifiques et littéraires depuis Fontenelle…

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Le panégyrique est un discours à la louange d’une personne illustre, d’une nation, d’une cité. Plus particulièrement, le panégyrique est un sermon qui a pour sujet l’éloge d’un saint. « Le Panégyrique de saint Paul », par Bossuet.

L’oraison funèbre est un discours religieux prononcé à l’occasion des obsèques d’un personnage illustre. Nous reconnaissons les Oraisons funèbres de Bossuet.

Articles connexes : Les mémoires. La biographie. L’autobiographieJacques-Bénigne Bossuet.

L’éloge selon le dictionnaire
  • Discours prononcé ou écrit vantant les mérites, les qualités de quelqu’un ou de quelque chose.
  • Genre littéraire en honneur surtout au XVIIIe siècle.
  • Éloge académique, ou par ellipse, éloge. Discours fait par le secrétaire d’une académie ou un membre récipiendaire pour évoquer la vie, les vertus et mérites d’un académicien décédé.
  • Éloge funèbre. Discours louant les mérites, les vertus d’un défunt. La documentation atteste la forme éloge funéraire.
  • Jugement relevant très favorablement en parole ou par écrit les mérites ou la réussite de quelqu’un ou de quelque chose.
  • [Ce qui est loué est une personne] Louange, témoignage d’estime adressé à quelqu’un pour quelque chose : Combler, couvrir quelqu’un d’éloges ; être digne d’éloges ; un mot d’éloge ; un concert d’éloges.
  • [Ce qui est loué est l’œuvre d’une personne ou d’une collectivité] Vive marque d’appréciation, opinion très favorable portée sur quelque chose.
  • [En parlant d’une conduite, d’une action, etc.] Si exceptionnel, remarquable que la louange n’en peut décrire la valeur, la qualité. On dira : (Être) au-dessus de tout éloge.
  • Quelques syntagmes : Adresser, décerner des éloges à quelqu’un ; se répandre en éloges sur quelqu’un ou quelque chose ; ne pas tarir d’éloges ; parler avec éloge de quelqu’un ou de quelque chose ; mériter, recevoir des éloges ; un concert d’éloges ; un éloge enthousiaste, exagéré, exalté, flatteur, hyperbolique, mérité, outré, pompeux ; un bel, grand, magnifique éloge.
  • La documentation atteste élogier, verbe transitif.
  • Et pour aller plus loin, il y a aussi :
    • le dithyrambe : éloge enthousiaste, parfois jusqu’à l’emphase. Cependant, dans l’Antiquité grecque, le dithyrambe est un poème lyrique à la louange de Dionysos ;
    • l’apologie : discours écrit visant à défendre, à justifier une personne, une doctrine ;
    • le compliment : Paroles louangeuses que l’on adresse à quelqu’un pour le féliciter ; petit discours adressé à quelqu’un que l’on veut complimenter ;
    • le plaidoyer : défense passionnée (d’une ou plusieurs personnes, d’une idée), dans une grave affaire publique.
Citations choisies
  • L’éloge des absents se fait sans flatterie. (Jean-Louis Baptiste Gresset)
  • Sans liberté de flatter, il n’est pas d’éloge blâmeur. (Michel Chrestien)
  • A vouloir gagner des éloges, on perd son souffle. (Proverbe vietnamien)
  • Il est honteux de faire son propre éloge. (Cicéron)
  • Le théâtre est le désordre incarné et pour faire l’éloge du théâtre il faut commencer par faire l’éloge du désordre. (Louis Jouvet)
  • On place ses éloges comme on place de l’argent, pour qu’ils nous soient rendus avec les intérêts. (Jules Renard, Journal)
  • Il n’y a point d’éloges qu’on ne donne à la prudence. Cependant elle ne saurait nous assurer du moindre événement. (François de La Rochefoucauld)
  • Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur. (Pierre-Augustin Caron Beaumarchais, Le Mariage de Figaro)
  • L’éloge ne corrige pas le visage où la beauté manque. (William Shakespeare, Peines d’amour perdues)
  • On fait l’éloge d’un homme en disant qu’il est humain et d’une femme en disant qu’elle est inhumaine. (Victor Hugo)
  • Blâmer et faire l’éloge sont des opérations sentimentales qui n’ont rien à voir avec la critique. (Jorge Luis Borges, Fictions)
  • Aucune femme n’aime à entendre faire devant elle l’éloge d’une autre femme ; toutes se réservent en ce cas la parole afin de vinaigrer la louange. (Honoré de Balzac, Les Employés)
  • Dans la république des lettres, rien n’est plus méprisable que l’ineptie des éloges. (Jean le Rond d’Alembert, Préface de L’Encyclopédie – 3e volume)

Articles connexes

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