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Les genres de poésie

L’épopée

Qu’est-ce que l’épopée ?

L’épopée (du grec ancien ἐποποιία / epopoiía, de ἔπος / épos, « récit ou paroles d’un chant » et ποιέω / poiéô, « faire, créer » ; littéralement « l’action de faire un récit ») est un long poème narratif ou vaste récit en prose au style soutenu qui exalte un grand sentiment collectif souvent à travers les exploits d’un héros historique ou légendaire.

Les épopées racontent des événements historiques ou légendaires, de portée locale ou universelle, émaillés d’actions héroïques et grandioses. Elles s’organisent le plus souvent autour des exploits d’un seul personnage ou d’un groupe bien défini. La narration épique implique en général l’intervention de forces surnaturelles, la description de combats, ainsi que certaines conventions de style : une invocation à la Muse, une annonce liminaire du thème, une longue présentation des protagonistes, des discours conventionnels et exaltés. Si des détails de la vie quotidienne peuvent apparaître, ils ne constituent que l’arrière-plan de l’intrigue proprement dite, bien qu’ils soient décrits dans le même style que le reste du poème.

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Aristote distinguait l’épopée de la poésie lyrique : selon lui, la première doit être récitée, tandis que la seconde, qui exprime des émotions plus personnelles, doit être chantée. Les épopées ne visent pas à distraire le lecteur par la narration d’événements extraordinaires ; elles traduisent les idéaux et les valeurs de toute une nation à des moments essentiels de son histoire. C’est pourquoi le caractère du héros épique relève moins de la psychologie individuelle que de la morale patriotique. Les épopées grecques, comme L’Iliade et L’Odyssée, d’Homère, en sont de parfaits exemples.

Toutefois, les épopées peuvent aussi avoir d’autres thèmes que la gloire nationale. Ainsi, dans La Divine Comédie, de Dante, se dit la foi de la chrétienté au Moyen Âge ; Le Paradis perdu, de Milton, est une illustration des idéaux de l’humanisme chrétien.

Les épopées populaires

Dans la catégorie des poèmes épiques, on peut distinguer les épopées populaires des épopées littéraires. À l’origine, le genre populaire s’est développé sur un fond de tradition orale transmise par les bardes celtiques, les aèdes grecs, voire les griots africains.

Les poèmes épiques populaires les plus célèbres sont le Beowulf anglo-saxon, le Nibelungenlied (« Chanson des Nibelungen ») germanique, le Mahabharata (« la grande [geste] des Bharata ») et le Ramayana (« Geste de Rama ») indiens. Le fonds historique exploité par ces poèmes est généralement tellement ancien que la légende y tient une part importante, comme c’est le cas pour les chansons de geste médiévales, dont la plus célèbre est la Chanson de Roland (fin du XIe siècle).

→ À lire : Les chansons de geste. – La Chanson de Roland.

Les épopées littéraires

Les épopées littéraires sont écrites par des poètes qui ont repris le genre ou les thèmes épiques dans une perspective patriotique ou purement esthétique (il en est ainsi de L’Iliade et de L’Odyssée, d’Homère). À Rome, la poésie épique nationale atteint son sommet au cours du Ie siècle av. J.-C., avec L’Énéide, de Virgile, considérée comme une des plus grandes épopées littéraires qui soit. En Perse, le poète Firdoussi, s’inspirant de l’histoire de sa nation, compose une épopée persane Chahname (Le Livre des rois, 1010). Parmi les grandes épopées littéraires de l’Europe moderne, on retiendra : Les Lusiades (1572), du Portugais Luis de Camoens, Le Roland furieux (dont la première version date de 1516), de l’Arioste, Rinaldo (1562) et La Jérusalem délivrée (1581), du Tasse, ainsi que Le Paradis perdu, de Milton.

La forme épique, qui semble correspondre à des époques de foi profonde et d’idéalisme nationaliste, a été peu pratiquée depuis le XVIIIe siècle. Des œuvres comme La Henriade (1723), de Voltaire, ou les poèmes épiques de Victor Hugo (La Légende des siècles, 1859-1883) et de Leconte de Lisle (Poèmes barbares, 1862) ne sont que de lointains reflets de la tradition épique. Reste que certains auteurs ont parodié avec talent l’épopée traditionnelle, cherchant, par le burlesque, à donner un nouveau souffle à ce genre ; Scarron (Virgile travesti, 1648), Nicolas Boileau (Le Lutrin, 1674), Alexander Pope (La Boucle dérobée, 1712), ou encore, Voltaire (La Pucelle d’Orléans, 1755) sont parmi les plus représentatifs.

Le genre épique et les autres genres poétiques

Le genre épique ayant la narration ou le récit pour base essentielle, se distingue par là des autres genres poétiques. Ainsi, c’est grâce à ce caractère fondamental, qu’il diffère de la poésie lyrique qui est l’expression vive et animée du sentiment, du poème dramatique qui représente l’action au lieu d’en faire le récit, du poème didactique qui n’est qu’un tissu de principes et de préceptes, et des fastes en vers qui ne sont qu’une suite d’événements sans unité d’action.

Divisions de l’épopée

D’après ce que nous venons de dire à propos de l’épopée, il est facile de voir qu’il y a un grand nombre de sujets susceptibles de cette forme, depuis le poème épique proprement dit jusqu’au récit le plus ordinaire. Il y a donc, dans ce genre de poésie, plusieurs espèces de poèmes, que l’on peut distinguer selon la nature du sujet. Or, le sujet est grand, noble et sublime, ou il est commun, gracieux et familier. De là, deux classes bien distinctes dans le genre épique : la grande épopée ou poème épique proprement dit, et les épopées secondaires, parmi lesquelles on distingue le poème héroïque, le poème narratif, le poème héroï-comique, le poème badin et le poème burlesque.

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Extrait : La Chanson de Roland (deuxième partie : Roncevaux)

La mort d’Olivier compte parmi les épisodes les plus émouvants de la Chanson de Roland. Conscient du péril, Olivier, plus sage que Roland, l’exhorte à sonner du cor (l’olifant) pour avertir Charlemagne ; mais, trop orgueilleux, Roland refuse. Dans l’ultime assaut qui oppose l’armée chrétienne de Charlemagne aux Sarrasins, à Roncevaux, Olivier est mortellement blessé, et avant d’expirer il pardonne à son compagnon sa témérité funeste. Le combat semble s’être arrêté et la bravoure a cédé la place à la plus grande des vertus chevaleresques : la piété.

Olivier sent qu’il est blessé à mort. Jamais il ne saurait assez se venger. En pleine mêlée, maintenant, il frappe comme un baron. Il tranche les épieux et les boucliers et les pieds et les poings et les selles et les poitrines. Qui l’aurait vu démembrer les Sarrasins, abattre un mort sur un autre, pourrait se souvenir d’un bon vassal. Il n’oublie pas le cri de guerre de Charles : « Monjoie ! », crie-t-il, à voix haute et claire. Il appelle Roland, son ami et son pair : « Sire compagnon, venez donc près de moi : à grande douleur nous serons aujourd’hui séparés. »
Roland regarde Olivier : il est blême et livide, décoloré et pâle. Le sang tout clair lui coule par le milieu du corps : sur la terre tombent les caillots. « Dieu ! dit le comte, je ne sais plus que faire. Sire compagnon, votre vaillance fut votre malheur ! Jamais il n’y aura homme d’aussi grande valeur.
Ah ! France douce, comme aujourd’hui tu resteras dépouillée de bons vassaux, confondue et déchue ! L’empereur en aura grand dommage. » À ces mots, sur son cheval, il se pâme.
Voilà Roland, sur son cheval, pâmé, et Olivier qui est blessé à mort. Il a tant saigné que ses yeux sont troublés. Ni loin ni près il ne peut voir assez clair pour reconnaître homme mortel. Il rencontre son compagnon et le frappe sur son heaume gemmé d’or : il le lui tranche jusqu’au nasal, mais il n’a pas atteint la tête. À ce coup, Roland l’a regardé et lui demande doucement, amicalement : « Sire compagnon, l’avez-vous fait exprès ? C’est moi, Roland, qui vous aime tant ! Vous ne m’aviez pourtant pas défié ! » Olivier dit : « Maintenant je vous entends parler. Je ne vous vois pas : que le Seigneur Dieu vous voie ! Je vous ai frappé, pardonnez-le-moi ! » Roland répond : « Je n’ai pas de mal. Je vous pardonne ici et devant Dieu. » À ces mots ils s’inclinent l’un vers l’autre. C’est en tel amour qu’ils se séparent.
Olivier sent que la mort l’étreint. Les deux yeux lui tournent en la tête, il perd l’ouïe et toute la vue ; il descend de cheval, se couche contre terre. Péniblement, à haute voix, il dit sa coulpe, les deux mains jointes vers le ciel ; il prie Dieu de lui donner le paradis et de bénir Charles et France la douce, et son compagnon Roland, par-dessus tous les hommes. Le cœur lui manque, son heaume s’incline, tout son corps s’étend à terre. Il est mort le comte ; il ne s’attarde pas plus longtemps. Roland le baron le pleure et le regrette : jamais, sur terre, vous n’entendrez homme plus accablé de douleur.
Roland voit que son ami est mort, gisant la face contre terre. Très doucement, il se prit à dire son regret : « Sire compagnon, c’est pour votre malheur que vous fûtes hardi ! Nous avons été ensemble et des ans et des jours : tu ne me fis jamais de mal, et jamais je ne t’en fis. Quand tu es mort, c’est douleur que je vive. » À ces mots, le marquis se pâme sur son cheval, qu’il nomme Veillantif. Mais il tient ferme sur ses étriers d’or fin : où qu’il aille, il ne peut pas tomber.

(Daniel Nony et Alain André, Littérature française : histoire et anthologie, Paris, Hatier, 1990.

Extrait : L’Énéide de Virgile (La bataille d’Actium)

Vénus, protectrice d’Énée, lui a remis en présent un bouclier ciselé par Vulcain et sur lequel sont gravés l’histoire de l’Italie et les victoires futures des Romains. Énée apprend quelle sera la prospérité de sa descendance ; sous ses yeux défilent les faits d’armes des Romains jusqu’à la bataille d’Actium. Virgile rattache ainsi l’histoire à la légende, fondant le mythe d’une Rome née et protégée des dieux.

Au centre, la mer se gonflait à perte de vue, sur fond d’or ; mais les vagues, d’un bleu sombre, dressaient leur crête blanchissante d’écume. De clairs dauphins d’argent, qui nageaient en rond, balayaient de leurs queues la surface des eaux et fendaient les remous. Au milieu on pouvait voir les flottes d’airain, la bataille d’Actium, tout Leucate bouillonner sous ces armements de guerre, et les flots resplendir des reflets de l’or. D’un côté, César Auguste entraîne au combat l’Italie avec le sénat et le peuple, les Pénates et les Grands Dieux. Il est debout sur une haute poupe ; ses tempes heureuses lancent une double flamme ; l’astre paternel se découvre sur sa tête. Non loin, Agrippa, que les vents et les dieux secondent, conduit de haut son armée ; il porte un superbe insigne de guerre, une couronne navale ornée de rostres d’or. De l’autre côté, avec ses forces barbares et sa confusion d’armes, Antoine, revenu vainqueur des peuples de l’Aurore et des rivages de la mer Rouge, traîne avec lui l’Egypte, les troupes de l’Orient, le fond de la Bactriane ; ô honte ! sa femme, l’Égyptienne, l’accompagne. Tous se ruent à la fois, et toute la mer déchirée écume sous l’effort des rames et sous les tridents des rostres. Ils gagnent le large ; on croirait que les Cyclades déracinées nagent sur les flots ou que des montagnes y heurtent de hautes montagnes, tant les poupes et leurs tours chargées d’hommes s’affrontent en lourdes masses. Les mains lancent l’étoupe enflammée ; les traits répandent le fer ailé ; les champs de Neptune rougissent sous ce nouveau carnage. La Reine, au milieu de sa flotte, appelle ses soldats aux sons du sistre égyptien et ne voit pas encore derrière elle les deux vipères. Les divinités monstrueuses du Nil et l’aboyeur Anubis combattent contre Neptune, Vénus, Minerve. La fureur de Mars au milieu de la mêlée est ciselée dans le fer, et les tristes furies descendent du ciel. Joyeuse, la Discorde passe en robe déchirée, et Bellone la suit avec un fouet sanglant. D’en haut, Apollon d’Actium regarde et bande son arc. Saisis de terreur, tous, Égyptiens, Indiens, Arabes, Sabéens, tournaient le dos. On voyait la Reine elle-même invoquer les vents, déployer ses voiles, lâcher de plus en plus ses cordages. L’Ignipotent l’avait montrée, au milieu du massacre, emportée par les flots et l’Iapyx, toute pâle de sa mort prochaine. En face, douloureux, le Nil au grand corps, ouvrant les plis de sa robe déployée, appelait les vaincus dans son sein azuré et les retraites de ses eaux.

(Jean Chevalier , Bataille d’Actium, Marguerat, 1948)

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