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Les cafés littéraires

Intellectuels avides de ce calme très particulier qui naît du voisinage des maisons d’édition, des facultés et des cafés littéraires.

(Fargue, Le Piéton de Paris, 1939, p. 239)

Présentation 

À toutes les époques, il y a eu des lieux de réunions pour les esprits qu’un amour commun des choses de l’intelligence pousse à l’échange des idées par le jeu de la causerie et le mouvement de la discussion. Au temps des réunions littéraires, la bonne société et les gens de lettres se rencontrent soit dans les salons littéraires, soit dans les cabarets littéraires. Ces derniers ont été, en grande partie, remplacés par les cafés.

✳ Un article concernant les cabarets littéraires sera publié prochainement sur le site.

Le café est les graines du caféier, qui, torréfiées puis moulues, permettent la fabrication de la boisson du même nom. Par métonymie, un café désigne un établissement public dans lequel on consomme des boissons. Plus tard, les gens de lettres organisent des rencontres dans ces établissements, autour d’une boisson ou au cours d’un spectacle, pour mener des discussions variées. C’est ainsi que les cafés littéraires ont vu le jour…

→ À lire aussi : Les salons littéraires.

Aperçu historique

Le premier débit de café à Paris a été ouvert en 1672 par l’Arménien Pascal, dans une petite boutique du quai de l’École ; mais il n’a eu pour clientèle que des étrangers et des chevaliers de Malte, et il a bientôt fermé son établissement.

En 1674, un autre industriel, nommé Maliban, né également en Asie, fonde un nouveau débit dans la rue de Bussy, et ajoute au café du tabac et des pipes. Il a, peu d’années après, pour successeur un Arménien du nom de Grégoire qui transporte son commerce dans la rue Mazarine, près de la Comédie-Française. Cette idée est si heureuse et les habitués du théâtre lui font une si riche clientèle, qu’il suit les comédiens dans la rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés (aujourd’hui de l’Ancienne-Comédie), quand ils vont s’y établir en 1689, messieurs de la Sorbonne les ayant chassés de la rue Mazarine.

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Mais Grégoire ne tarde pas à trouver un rival dangereux, et après peu de temps victorieux, dans le fameux Procope. Celui-ci, Sicilien (ou Florentin ?), quitte la rue de Tournon, où il a d’abord fondé son café, et vient le placer en face de la Comédie. Il y déploie un luxe inconnu jusqu’alors dans les débits de boisson, et, outre le café, offre aux consommateurs du thé, du chocolat, des glaces, des sorbets, des fruits confits, des limonades et toutes sortes de boissons.

Cet exemple est imité et, vers 1715, on ne compte pas à Paris moins de trois cents « maisons de café ».

Elles furent, dit Jean de La Roque, le rendez-vous de quantités d’honnêtes gens, qui venaient se délasser en prenant du café en bonne compagnie, s’entretenant de choses agréables. Les gens de lettres et les personnes les plus sérieuses ne dédaignèrent point ces assemblées, si commodes pour conférer sur des matières d’érudition, sans gêne et sans cérémonie, et pour ainsi dire en se divertissant.

Il est facile de comprendre que la société polie et oisive se fait très facilement une habitude de fréquenter ceux des cafés où le luxe et le confortable se trouvent réunis. C’étaient, en quelque sorte, des salons ouverts à tous, où l’on pouvait entrer à toute heure sans être introduit, où l’on apprenait les nouvelles, où l’on rencontrait des amis ou des gens aimables, avec qui converser, discuter et même disputer. On lit dans les Lettres persanes (XXXVI) :

Le café est très en usage à Paris ; il y a un grand nombre de maisons publiques où on le distribue… Il y en a une où l’on apprête le café de telle manière qu’il donne de l’esprit à ceux qui en prennent ; au moins, de tous ceux qui en sortent, il n’y a personne qui ne croie qu’il en a quatre fois plus que lorsqu’il y est entré.

C’est sans doute du café Procope que Montesquieu veut parler ici. En effet, il est, durant le XVIIIe siècle, le lieu de réunion à la mode pour ceux qui s’intéressaient aux choses de l’intelligence et de l’esprit. Parmi les hommes connus qui s’y montrent le plus fréquemment, on cite Jean-Baptiste Rousseau, Danchet Boindin, Jacques Duclos, Aimé Piron, Nicolas Fréret, Jean-François Marmontel et la plupart des encyclopédistes.

La conversation et la discussion y touchent à toutes les matières et à tous les sujets : la littérature, les sciences, les arts, la politique, mais surtout le théâtre et la philosophie. On y réforme l’État. On y soumet au libre examen la religion et Dieu lui-même, sous le nom de M. de l’Être. Là, se nouent les trames et les cabales pour ou contre les œuvres et les hommes. C’est chez Procope que Jacques Rochette de La Morlière👤 a son quartier général, qu’il recrute la troupe prête, sur son signal, à applaudir ou à siffler une pièce, suivant ses relations d’intérêt avec l’auteur.

👤 Jacques Rochette de La Morlière
Charles-Jacques-Louis-Auguste Rochette de La Morlière, dit « Le Chevalier », né le 22 avril 1719 à Grenoble et mort le 9 février 1785 (à 65 ans) à Paris, est un mondain et un écrivain français. Intrigant sans scrupule, il cherche d’abord l’appui du parti de Voltaire en applaudissant les vers du maître, et lorsqu’il se soit suffisamment établi au café Procope, se fait entrepreneur de succès et de chutes dramatiques.

Un café a précédé celui de Procope comme réunion littéraire : c’est celui de la veuve Laurent, rue Dauphine, où s’assemblent Antoine Houdar de La Motte, Bernard-Joseph Saurin, Antoine Danchet, Jean-Baptiste Rousseau, Crébillon, Nicolas Boindin, etc., et où commence l’affaire des fameux couplets qui amènent la condamnation et l’exil de Jean-Jacques Rousseau.

À l’époque même où Procope est dans tout son éclat, le café Gradot, sur le quai de l’École, existe également comme centre littéraire. Jules Michelet fait allusion à ces établissements et à d’autres du même genre, quand il dit, dans son tableau de La Régence (1863) :

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Paris devient un grand café… Jamais la France ne causa plus et mieux… Les livres, et les plus brillants même, n’ont pas pu prendre au vol cette causerie ailée, qui va, vient, fuit, insaisissable.

Il ajoute plus loin que le café, « bu par Buffon, par Diderot, Jean-Baptiste Rousseau, ajouta sa chaleur aux âmes chaleureuses, sa lumière à la vue perçante des prophètes assemblés dans l’antre de Procope, qui virent au fond du noir breuvage le futur rayon de 89 ».

Parmi les cafés que recommandent des souvenirs littéraires, on cite encore :

  • le café de la Régence, célèbre surtout par ses joueurs d’échecs, et que fréquentent, à son origine, Jean-Baptiste Rousseau et Alfred de Musset ;
  • le café du Vaudeville, celui des Variétés, et la plupart des cafés attenant à un théâtre, qui ont servi ordinairement de rendez-vous aux comédiens et aux auteurs dramatiques ;
  • le café de Foy, qui vers la fin de la Restauration, devient un centre renommé pour les journalistes et les autres écrivains d’opinions libérales, mais qui reste surtout un centre politique.

On peut noter, en outre, plusieurs cafés qui sont, comme l’est avant le coup d’État de 1851 le Divan Le Pelletier, des lieux de réunions littéraires, surtout pour les écrivains des journaux et pour ceux du théâtre, lieux de réunions d’autant plus indispensables que les salons littéraires ont cessé d’exister, et qu’il n’existe pas encore de cercles ou de clubs littéraires.

Une mode plus récente, importée d’Allemagne, a introduit en France des Cafés-concerts (à lire ci-après), où les consommateurs viennent entendre des morceaux de musique vocale ou instrumentale et quelquefois des scènes comiques et petites pièces. Par ces dernières, les cafés ont fait aux théâtres une concurrence peu favorable aux progrès des mœurs et du goût.

Le café Procope

Le Procope est un café-restaurant parisien, fondé au XVIIe siècle et situé aujourd’hui au numéro 13 de la rue de l’Ancienne-Comédie dans le VIe arrondissement. Il est le plus ancien café littéraire de Paris.

Fondé en 1686 dans l’ancienne rue des Fossés-Saint-Germain par le Sicilien Francesco Procopio dei Coltelli, le Procope est pratiquement contemporain de l’introduction du café en France. Aménagé en vastes salles richement décorées, il propose des produits rares : café, chocolats, liqueurs, fruits confits, glaces et sorbets.

À partir de 1689, avec l’ouverture de la Comédie-Française dans son voisinage, le Procope devient le rendez-vous des beaux esprits : on y rencontre Jean de La Fontaine, Crébillon père et fils et Beaumarchais. Lorsque la Comédie-Française déménage en 1770, le Procope ne désemplit pas. Quartier général des Encyclopédistes, il demeure, durant tout le XVIIIe siècle, le carrefour des idées où l’on juge œuvres littéraires et théâtrales, où l’on s’informe et débat des événements politiques (malgré l’interdiction royale).

Pendant la Révolution, le Procope est fréquenté par les plus célèbres révolutionnaires, tels Georges Danton et Jean-Paul Marat. La petite histoire dit même que Bonaparte y a laissé son bicorne en gage.

Au XIXe siècle, son passé littéraire attire les romantiques comme Alfred de Musset, George Sand, Théophile Gautier, Honoré de Balzac. Fermé en 1872, le Procope rouvre ses portes en 1893. Joris-Karl Huysmans, Oscar Wilde et Paul Verlaine s’y croisent.

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Après avoir été vendu aux enchères en 1900, le Procope connaît de multiples propriétaires durant le XXe siècle alors que son décor se dégrade peu à peu. En 1987, les frères Blanc rajeunissent le vieux café et en ouvrent les portes pour le bicentenaire de la Révolution.

Aujourd’hui encore, on peut y admirer le bureau de Jean-Jacques Rousseau et la table de Voltaire.

Les cafés littéraires à partir du XVIIIe siècle

Au XVIIIe siècle, les cafés littéraires se multiplient, à tel point qu’on ne comptait pas moins de trois cents établissements de ce genre à Paris en 1716. Parmi eux, le café de La Régence devient célèbre pour avoir servi de cadre au Neveu de Rameau, de Diderot.

Outre leur fonction sociale (ils étaient des lieux de rencontre et donc de représentation où l’on venait se montrer), les cafés permettent aux auteurs dramatiques et aux directeurs de théâtre de recruter la « claque » des spectacles. À l’époque du romantisme, on leur préfère les cénacles privés. Cependant, Gérard de Nerval fréquente volontiers Le Divan, rue Le Peletier, tandis que Charles Baudelaire et Théodore de Banville se retrouvent au café Dagneaux. Plus distingué, Tortoni est le lieu de rendez-vous des élégants et des dandys de la capitale et compte notamment Alfred de Musset parmi ses clients prestigieux. Le symbolisme relance la mode des cafés littéraires, et le café Voltaire, puis la Closerie des lilas, à Montparnasse, sont assidûment fréquentés par les poètes issus de ce courant.

Vers 1920, le Certa, passage de l’Opéra, devient le centre de ralliement des surréalistes. Après la Seconde Guerre mondiale, ces derniers établissent leurs quartiers au Dôme, à Montparnasse, ainsi que dans les cafés de la place Blanche, au pied de Montmartre, où ils sont rejoints par de nombreux artistes.

Les dernières rencontres littéraires se tiennent aux Deux Magots, que les surréalistes partagent avec les existentialistes dans les années 1950, et au café de Flore, à Saint-Germain-des-Prés.

Aujourd’hui, des brasseries comme Lipp ou la Closerie des lilas perpétuent la tradition des cafés littéraires.

Le café-concert

Le café-concert est un café populaire. Il est l’ancêtre du music-hall. Né autour de 1770, ce que l’on appelle alors le café chantant est un lieu où l’on peut consommer et écouter des chansonniers de passage.

Peu de temps avant la Révolution, il déménage sous les galeries du Palais-Royal. Fermé sous l’Empire, il va prendre un important essor pendant le règne de Napoléon III et devenir un haut lieu du divertissement parisien. La nouvelle prospérité économique, qui contribue à l’épanouissement d’une petite et moyenne bourgeoisie, lui fournit un public moins enclin à la revendication sociale que celui des goguettes.

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Le répertoire du café-concert oscille entre romance, mélodrame grossier, valse lente, chanson patriotique et grivoiserie bon marché. Parmi les salles les plus célèbres, il faut citer l’Eldorado (ouvert en 1861), la Scala (fondée en 1876), l’Alcazar d’hiver et l’Alcazar d’été, sur les Champs-Élysées. Toutes accueilleront des artistes aussi populaires que Thérésa (1837-1913), Paulus (1845-1908), Dranem, Polin (1863-1927), Yvette Guilbert, ou encore Félix Mayol, le créateur de « Viens poupoule ».

L’autorisation de se produire en costumes de scène et non plus de ville — accordée en 1867 — ainsi que les attractions chantées ouvrent la voie au music-hall, qui remplacera, après la Grande Guerre, le café-concert.

Le café-théâtre

Le café-théâtre est un spectacle court, généralement comique, donné dans de petites salles.

Le café-théâtre est apparu aux États-Unis en 1960 avec une création intitulée La Mama. Un an plus tard, Maurice Azelra ouvre à Paris la Vieille-Grille et Bernard Da Costa, fondateur en 1966 du Royal, utilise pour la première fois l’appellation café-théâtre. Au Café d’Edgar et au Café de la Gare (parmi les plus connus), de jeunes auteurs-acteurs présentaient leurs travaux sans grands moyens mais dans la plus grande liberté. Les salles (des cafés, à l’origine) étant petites, le public était peu nombreux et proche des comédiens.

Héritier des cabarets de la rive gauche parisienne, le café-théâtre voit les premiers pas d’artistes qui vont devenir célèbres : Bernard Haller, Rufus, Coluche, Gérard Depardieu, Patrick Dewaere, Miou-Miou débutent chez Romain Bouteille au Café de la Gare, l’équipe du Splendid se produit au Poteau, Josiane Balasko, Sylvie Joly, Zouc et les trois Jeanne remportent un immense succès.

En 1974, se tient le premier festival de café-théâtre international à Rennes. Souvent sous la forme de one-man-show, les spectacles adoptent un ton insolent, anticonformiste, souvent grivois. Les jeunes artistes peuvent aussi s’exprimer. Parfois novateur, le café-théâtre s’égare malheureusement trop souvent, au fil des années, dans l’amateurisme ou la vulgarité.

Dans les années 1980, la vogue du café-théâtre s’est émoussée et rares aujourd’hui sont les troupes qui ont survécu comme le Café de la Gare mené par le dynamisme de Romain Bouteille. Loin de l’esprit gouailleur du café-théâtre, les jeunes comédiens se tournent vers de petits théâtres tels que le Tourtour ou le Point-Virgule, où ils peuvent montrer leur talent à un public curieux.

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Les cafés politiques et littéraires de Paris

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Le Salon de Madame Truphot

Le Salon Littéraire, 1842

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